Deux temps

Le patronat a initié cette semaine une rencontre intéressante placée sous le thème de la rentrée économique.

Au-delà du contenu développé lors de cette réunion, l’intérêt est plus dans la démarche et surtout les messages implicites. Et s’il fallait résumer le tout en un seul mot, ce serait incontestablement le temps.
Un des principaux messages délivrés a été d’abord que le monde des affaires et la communauté économique s’inquiètent du rythme de reprise jugé trop lent. Et qui dit rythme dit temps. Car, en parlant de lenteur, les chefs d’entreprises ont clairement signifié qu’ils ne peuvent plus attendre et que la machine économique doit impérativement redémarrer et aller à une cadence soutenue s’il l’on veut rattraper le temps perdu et compenser les pertes essuyées à cause de la crise sanitaire.
Or, l’approche des opérateurs économiques quant à la dimension temps n’est pas forcément la même que celle du législateur et des politiques en général.
Il est vrai que depuis le mois de mars, le volume du corpus législatif et réglementaire produit par les pouvoirs publics et par les élus a été exceptionnellement élevé.
Pour faire face aux effets de la pandémie, aussi bien sur l’économie que sur le social, pour les entreprises comme pour les ménages, rien que sur le plan de la gestion territoriale, on compte pas moins d’une quarantaine de textes toutes catégories confondues. A ceux-là, il faut ajouter tout ce qui a été produit au niveau national et par les différents départements pour arriver au bas mot à une centaine de textes, sans oublier, évidemment, la Loi de finances rectificative ou encore une multitude de textes réglementaires pris au niveau local. Tout cela, et c’est le plus important, a été fait en un laps de temps très court, soit cinq mois.
Le législateur et les pouvoirs publics ont donc suivi le rythme de l’économie, car il y avait une grande urgence à caractère national et parce que, aussi, les besoins sont flagrants. C’est là la preuve que le politique peut s’adapter au rythme de l’économie, il suffit de le vouloir.
Il se trouve qu’en temps normal, le besoin des opérateurs économiques en visibilité, en textes, en décisions, en clarification et en accompagnement est au même niveau d’urgence, sinon plus, sauf que ce n’est pas visible.
Les retards dans la prise de décision publique ont souvent des conséquences lourdes sur l’économie. Et cet épisode de la pandémie est une expérience grandeur nature qui illustre parfaitement comment en réadaptant leur conception du temps aux impératifs économiques, les politiques peuvent être déterminants et plus efficaces. Un enseignement de plus pour l’après-Covid…