Des ressources

Un des défis majeurs auquel sera confrontée l’économie marocaine dans les années et décennies à venir résidera plus dans l’allocation et la qualité des ressources que dans leur volume.

Les ressources étant entendues dans leur sens le plus large, que l’on parle de ressources naturelles, financières et matérielles et même humaines auxquelles on pourrait rajouter une ressource jamais vraiment considérée en tant que telle : le temps !
Pour les ressources naturelles, l’eau illustre parfaitement ce changement d’approche dicté par la pénurie. Déjà, au lendemain de l’indépendance, le Maroc a très vite pris conscience de l’aspect vital de l’eau, de l’importance qu’elle allait prendre dans les décennies qui suivent et a mis, en conséquence, le paquet pour que cette denrée soit gérée de manière optimale. Dans les années 60, puis 70 et même 80, l’approche de l’Etat en la matière était axée d’abord sur la mobilisation des ressources en volume suffisant pour subvenir aux besoins de la population mais aussi de l’agriculture et de l’industrie. Mais au fil des décennies et au gré des cycles de sécheresse devenus de plus en plus fréquents et rapprochés, il ne suffisait plus de mobiliser la ressource mais de la consommer de manière rationnelle pour en préserver la durabilité.
C’est ce qui a donné, plus tard, des projets tels que les grandes infrastructures de transfert d’eau d’une région à l’autre, les stations de recyclage des eaux ou, plus récemment, la transformation et la modernisation des techniques d’irrigation dans l’agriculture ou plus récemment encore le vaste programme des stations de dessalement de l’eau de mer. Pour ce qui est des ressources financières ou matérielles, l’histoire récente des finances publiques foisonne d’exemples qui montrent clairement que l’efficacité d’une politique publique, d’une réforme ou d’un programme n’est pas fonction seulement des budgets mobilisés mais aussi et éminemment de la manière avec laquelle les fonds sont alloués et gérés. De même, les politiques sectorielles réussies dans des domaines comme l’agriculture ou l’industrie sont la preuve qu’avec des budgets pas nécessairement plus volumineux ou très peu par rapport au passé, les résultats peuvent être de loin meilleurs grâce à une meilleure allocation des fonds. Pour l’humain, le fait de parler désormais de capital et non plus de ressources est en soi la confirmation que l’enjeu n’est pas seulement dans le volume, en l’occurrence les effectifs, mais plus dans la qualité des compétences et de leur employabilité qui n’est autre que l’expression de la réallocation de la ressource travail.
Quant au paramètre temps, ce sera peut-être là le plus grand défi, car le Maroc est condamné plus que jamais à accélérer la cadence des réformes et à réduire ses délais de réalisation au vu des impératifs qui l’attendent.