Critique facile

Agir, oser des réformes, même au risque de se tromper, et rectifier le tir après vaut mieux que rester inactif dans l’attente de parfaire sur papier un schéma cible et d’obtenir un consensus avant d’agir.

Agir, oser des réformes, même au risque de se tromper, et rectifier le tir après vaut mieux que rester inactif dans l’attente de parfaire sur papier un schéma cible et d’obtenir un consensus avant d’agir. Dans le premier cas, on avance malgré tout quitte à corriger la trajectoire. Dans le second, on fait du surplace.

Le Maroc que nous vivons aujourd’hui est une résultante de plusieurs processus. Notre modèle sociétal est un mélange insaisissable d’un héritage de plusieurs siècles d’usages et de coutumes, de quarante années de protectorat français avec tout ce que cela a laissé comme séquelle sur notre mode de vie et de cinquante ans d’indépendance durant lesquels les Marocains, toutes catégories et sphères confondues, ont recherché un modèle. Dans tout cela, une chose est sûre en tout cas : le pays a évolué. Quand, il y a plusieurs années, la politique des grands barrages avait été décidée, beaucoup d’observateurs y voyaient une démarche impertinente car, à l’époque, il n’y avait pas encore d’urgence sur les ressources hydriques. Ce n’est que trente voire quarante années plus tard que le caractère salutaire et visionnaire de cette décision fait l’unanimité. Idem pour les autoroutes et on peut en dire autant pour tant d’autres politiques ou réformes. Certes toutes n’ont pas réussi pleinement, d’autres ont été des échecs et d’autres encore ont plus fait de tort que de bien. Il n’y a pas si longtemps, beaucoup se posaient la question quant à l’utilité d’un port Tanger Med. Pourtant c’est ce même port qui a permis au Maroc de damer le pion aux pays de l’Europe de l’Est qui étaient en course pour attirer un géant mondial comme Renault. Dans quelques années, il en sera probablement de même pour de grands projets comme le TGV ou le tramway.

Affirmer aujourd’hui que la nouvelle Constitution, à peine votée il y a un peu plus d’une année, est un échec relève soit de la mauvaise foi soit de l’ignorance. Déployer le nouveau texte est un long processus qui prendra des années. La réussite ou l’échec de cette nouvelle Constitution dépendra de la manière avec laquelle ce déploiement sera mené. Elle dépendra également du niveau et de la qualité du débat, du degré d’implication de toutes les composantes de la société.

Au final, et indépendamment du domaine dans lequel elle est menée, une réforme est un processus qui s’étale souvent sur plusieurs années voire des décennies. Il est nécessaire, bien entendu, de faire des bilans d’étapes pour enrichir, renforcer ou corriger au besoin. Mais on ne peut aucunement décréter au bout d’un an ou deux l’échec d’une réforme surtout quand elle est lourde. Le plus important au tout début c’est l’existence d’une vision claire et la volonté sincère de réformer dans l’intérêt du pays.