Crises salvatrices

Dans le business, les crises sont souvent porteuses de nouvelles opportunités d’affaires pour peu que les opérateurs, surtout du secteur privé, ne soient pas effrayés de sortir de leurs zones de confort.

Le secteur touristique vient de vivre l’une de ces crises qui peuvent s’avérer fertiles plus tard. L’onde de choc produite par la faillite du géant du voyage, Thomas Cook, a été évidemment ressentie au Maroc. Le voyagiste en question drainait chaque année au Maroc quelque 100 000 touristes de différentes nationalités. Vue sous cet angle, une telle faillite se présente en effet comme un événement catastrophique. Certes. Mais de l’autre côté, la disparition de Thomas Cook va, en même temps, libérer un marché qui était captif et qui, lui, pèse quelque 3,5 millions de touristes clients de l’ancien tour-opérateur britannique à travers le monde. De quoi, donc, compenser largement les 100 000 perdus. Dans les jours, semaines et mois qui viennent, les réseaux de voyages turc, espagnol, tunisien, égyptien et autres vont s’activer pour puiser dans ce gisement de touristes. Et les opérateurs marocains ont tous les atouts pour prendre une belle part du gâteau.

Un autre secteur, et non des moindres, à savoir le textile, a eu lui aussi des moments de crise et de doutes dont il est finalement sorti plus fort. Dans les années 90, au moment où les usines de confection marocaines tournaient à plein régime, survint un événement de taille : le démantèlement d’un accord international de contingentement, le célèbre accord multifibres (AMF). Résultat immédiat : une vague de délocalisation européenne vers des pays à main-d’œuvre peu coûteuse, notamment l’Asie du Sud-Est et particulièrement la Chine au détriment de pays proches dont le Maroc.
Devant la fuite massive des commandes, les industriels marocains avaient le choix entre fermer boutique ou s’adapter. Et pour s’adapter, ils étaient obligés de repenser leur métier, leur secteur et de se réinventer de nouvelles vocations. Et c’est finalement cette crise qui a permis au textile marocain de figurer aujourd’hui comme l’un des fournisseurs majeurs de la fast-fashion en Europe. L’histoire de la renaissance de l’industrie automobile telle qu’on la connaît aujourd’hui est partie de la défaillance d’un constructeur qui fabriquait la voiture économique pour le marché local et qui avait annoncé l’arrêt de ses activités au Maroc pour manque de rentabilité et pour cause de marché réduit. C’est au lendemain de cette crise qu’ont poussé les premiers germes du grand projet de Renault à Tanger.

Jean Monnet, une des figures françaises qui ont porté très tôt, et entre autres, la nouvelle économie mondiale basée sur l’ouverture, disait bien un jour que «les hommes n’acceptent le changement que dans la nécessité et ne voient la nécessité que dans la crise».

Alors, vivement d’autres crises salvatrices de ce genre.