Crédit confiance

Une sortie à l’international est toujours une occasion idéale pour un pays de tester ce qu’il en est de sa réputation, de sa solvabilité et la solidité de son économie auprès du gotha mondial de la finance et surtout des investisseurs et bailleurs de fonds.

La dernière levée réalisée par le Maroc, pour un milliard d’euros, indique que la confiance dont il a toujours été crédité auprès des places financières internationales est visiblement intacte ou, du moins, qu’elle n’a pas été fortement affectée par la crise pandémique.
L’indicateur par excellence n’est autre que le niveau de souscription qui mesure le volume des fonds offerts au Maroc comparé au niveau des besoins qu’il a exprimés. Alors qu’il demandait un milliard seulement, le Maroc s’est vu proposer 2,5 milliards d’euros de la part de 197 institutionnels étrangers.
En revanche, les effets de la crise se sont reflétés dans les conditions légèrement moins avantageuses que par le passé. C’est le cas des Spreads, en d’autres termes les taux d’intérêt appliqués, qui sont plus élevés que ceux obtenus en 2019. Cela veut dire que les investisseurs, bien que disposés à toujours prêter au Maroc, estiment le risque plus élevé que par le passé. Ce qui est normal au vu du contexte mondial.
Certes, il est important que de grandes signatures institutionnelles mondiales n’hésitent jamais à miser leurs fonds sur le papier «Maroc». C’est un signe de confiance et surtout que les fonds levés permettront à l’Etat marocain de rééquilibrer ses finances dans une conjoncture compliquée. Une bouffée d’oxygène en somme. Cela dit, de tels canaux de financements ne peuvent pas, à eux seuls, garantir la santé et la durabilité de l’économie. Cette dernière a besoin d’une autre catégorie de “preneurs de risques“, ceux qui le font à travers l’investissement dans l’économie réelle, à travers des projets productifs créateurs de valeur pour le pays et d’emplois. Donnant lieu à de l’endettement sur le long terme, le financement du Trésor via des emprunts ne peut donc véritablement fonctionner comme levier que si, et seulement si, il est complété par le financement de l’économie réelle qui, elle, génère des recettes, entre autres fiscales, permettant à l’Etat de boucler la boucle pour rembourser sa dette.
L’endettement, et donc le déficit budgétaire, ne peut être sain que quand il est adossé à un véritable plan de relance et de dynamisation de l’économie à court, moyen et long terme. La confiance de bailleurs de fonds devrait, en toute logique, rassurer les opérateurs quant à l’acte d’investir.
Autrement, contracter des dettes juste pour boucler les fins de mois serait purement et simplement suicidaire. Le projet de Loi de finances qui sera dévoilé dans quelques jours apportera probablement des réponses intéressantes dans ce sens…