Contradictions

Notre confrère Le Journal s’est récemment distingué en publiant un dossier réservé aux activités du Roi. Le Maroc, aujourd’hui, peut se targuer d’une liberté d’expression unique dans le monde arabo-musulman mais aussi dans tous les pays en situation de transition.

Notre confrère Le Journal s’est récemment distingué en publiant un dossier réservé aux activités du Roi. Le Maroc, aujourd’hui, peut se targuer d’une liberté d’expression unique dans le monde arabo-musulman mais aussi dans tous les pays en situation de transition. Ce dossier n’a donc rien de choquant. Chaque semaine, le Roi est à la une d’une série de journaux, rarement avec la déférence due à un chef d’Etat partout dans le monde.
Ce qui est choquant, c’est que la démonstration est d’une vacuité horrifiante. Ainsi, il est reproché au Souverain d’avoir prolongé son séjour en Amérique Latine. Point à la ligne. Cette approche appelle de notre part plusieurs remarques :
– Le Roi a droit à une vie privée, qu’en démocratie on se doit de protéger, en tout cas d’éviter de mêler à l’action publique.
– Il y a une incohérence absolue à réclamer le «rééquilibrage des pouvoirs» à longueur d’éditos et à s’émouvoir d’une absence prolongée du Roi.
– L’objectivité aurait été de noter que non seulement le Roi était à l’étranger pendant plusieurs semaines mais que son frère et son premier ministre ont effectué des voyages à l’étranger en même temps, ce qui était impensable du temps de Hassan II et nous renseigne sur l’avancement de «l’Etat des institutions» et la stabilité du pays.
Ceci étant précisé et sans vouloir engager de polémique inutile avec quiconque, il nous paraît judicieux de soulever quelques interrogations.
Ainsi, ce dossier et quelques autres de la même veine publiés sur d’autres supports ont le même substrat. L’encrier commun est constitué des préjugés de certains journalistes étrangers et d’un membre de la famille royale en rupture de ban. L’idée d’un monarque fâché avec sa fonction a été avancée dès le début du règne par le sieur Tuquoi. Les Marocains, eux, apprécient chaque jour le travail du Roi qui est leur premier serviteur. Il n’y a plus d’électron libre parlant au nom du Palais. Ni les conseillers, ni Fouad Ali Al Himma, ni aucun ministre n’ont la latitude de s’ériger en patrons. Parce que le Roi est démocrate, il ne monopolise ni les écrans, ni la communication du Royaume. Il faut savoir lui reconnaître ce mérite.
Au-delà, il nous paraît puéril de croire que la personnalisation du Pouvoir par la presse aboutira à une plus grande démocratisation. C’est bien le contraire qui risque de se produire.
La question des institutions au Maroc n’est ni un tabou ni un préalable. Ce débat est le bienvenu. A condition de ne pas faire de la personne du Roi un objet de sensationnalisme. La Constitution consacre sa sacralité, croire que c’est là le handicap à la démocratisation est un leurre. S’attacher continuellement à critiquer sans rien proposer, sans apport constructif, n’est pas l’attitude la plus positive. Réinstaller les vrais débats, sans exclusive, avec responsabilité, pour affronter les défis, nous paraît être la responsabilité de la presse marocaine aujourd’hui