Cités oubliées

• La gestion de la pandémie ne peut pas donner des résultats sans une approche régionale et territoriale.

Les acteurs locaux, qu’ils soient de l’administration ou des instances élues, ont naturellement une connaissance plus fine de la réalité du terrain et sont les mieux placés pour proposer et piloter des actions adaptées, et donc plus efficaces. Le tout, bien entendu, en parfaite cohérence avec les directives sanitaires décrétées par l’administration centrale à l’échelle nationale. Depuis la levée du confinement, ce schéma a démontré sa pertinence comme dans les cas des villes comme Tanger, Kénitra et plus récemment Casablanca. Cette articulation entre le national, central, le régional et local, se situe au cœur même de la nouvelle conception du développement en cours de construction. Il y a quelques jours, et comme c’est le cas de manière cyclique généralement à la veille de rendez-vous électoraux, le ministère de l’intérieur a procédé à des réajustements du découpage territorial.
De nouvelles circonscriptions et communes font leur apparition sur la carte administrative, le plus souvent justifiées par des considérations d’ordre démographique. Quand un groupement de foyers et d’habitations dépasse la taille d’être considéré comme un simple douar ou quartier, il est naturel de le promouvoir en circonscription, voire en commune. Mais, jusque-là, force est de constater que l’évolution de la configuration territoriale s’est faite plus sur un plan administratif que dans une optique véritable de réaménagement territorial profond englobant surtout la dimension économique.
Or, tout comme pour la gestion de situations telles que la pandémie, les acteurs locaux et régionaux sont les mieux placés pour remodeler leur territoire et le développer, parce qu’ils sont censés en avoir une meilleure connaissance.
Il y a aujourd’hui une soixantaine de villes dites moyennes au Maroc qui concentrent plus du tiers de la population urbaine du pays, soit environ 7 millions d’habitants.
Dans un schéma où le développement est censé être équitablement réparti dans l’espace, ces villes de taille moyenne peuvent être des pôles attractifs à l’échelle régionale en termes d’investissements et de création d’emplois.
Ces villes peuvent et doivent être les locomotives pour une nouvelle dynamique socioéconomique. D’autant plus que selon les derniers chiffres officiels, la soixantaine de villes moyennes produisent en fait 75% du PIB national. Un peu comme le schéma de l’économie où le plus gros est produit par les PME. C’est dire qu’aucune évolution de la production de la richesse au Maroc ne pourra se faire sans ces mêmes PME.
Mais pour cela, les décisions, politiques publiques et programmes de tous genres à caractère central et national ne pourront jamais à eux seuls apporter toutes les réponses, quel que soit leur niveau de volontarisme, en l’absence d’un réel et profond réaménagement du territoire national.