Chauvinisme ou pragmatisme ?

L’une des conséquences de la pandémie actuelle a été incontestablement la montée en puissance des discours et courants de pensées en faveur de la cause nationaliste défendant généralement les politiques publiques volontaristes pour la production locale.

Dans cette mouvance, il y a évidemment des points de vue extrêmes, mais l’essentiel de l’argumentaire est fondé sur la nécessité pour un pays de pouvoir être autonome quand cela est nécessaire. Certains pays, et non des moindres, se sont retrouvés entièrement impuissants et dépendants des autres pour des produits, même très basiques, comme des blouses, des masques, des gants, des produits pharmaceutiques, médicaux ou même alimentaires. D’où, comme on l’a vu, la colère de l’opinion publique dans ces pays. Au Maroc, le débat s’est posé tout autrement. Car, avec le peu de moyens dont ils disposent, comparativement aux grandes économies, les Marocains se sont ingéniés pour fabriquer des masques, en convertissant des intrants et des machines destinés initialement à produire des articles d’un tout autre usage. A partir de composants destinés à des pièces d’avions, des appareils respirateurs ont été conçus et produits.

Des articles de protection ont été produits avec la technologie d’impression en 3D. Des systèmes de communication et de veille avec drones ont été réalisés dans des laboratoires d’universités et écoles marocaines. Des plateformes technologiques ont été développées par des start-up marocaines pour permettre de rendre des services et des prestations à distance…

C’est devant l’expression inattendue de tous ces talents et de cette débrouillardise que le débat s’est posé différemment au Maroc. Car tout ce qui a été conçu, réalisé, inventé, fabriqué en si peu de temps, prouve simplement que des choses que l’on pensait impossibles, il y a tout juste un mois, ont été rendues possibles.

Comment, alors ne pas être tenté de vouloir aller encore plus loin. Pour peu que l’on s’inspire de ce qui vient de se passer, il est aujourd’hui permis de penser, raisonnablement, que des industriels marocains peuvent parfaitement produire ce qui nous coûte aujourd’hui des milliards de DH à l’importation. Ce n’est pas tant une affaire de moyens ni d’équipement et d’outils techniques mais essentiellement de volonté.

Evidemment, le produit local, le «Made in Morocco» n’est viable que si la boucle est bouclée du côté du marché qui doit assurer un débouché à travers la consommation. Le produit marocain ne pourra jamais être compétitif à l’international s’il ne l’est pas déjà sur son marché domestique immédiat. Et le consommateur marocain sait faire dans le chauvinisme quand il s’agit de contribuer à promouvoir le Made in Morocco. Un exemple, parmi tant d’autres, ce sont les Marchés solidaires, où les produits de terroir sont plébiscités par les consommateurs.