Chapeau M. Ghellab !

Après trois ans de débats, contestations et grèves, le nouveau Code de la route est enfin là  : c’est une victoire pour la sécurité des citoyens, pour la démocratie et c’est la victoire d’un homme à  convictions

On pensait, dans le meilleur des cas, qu’il passerait l’étape législative, d’ici 4 à 5 mois. On le disait complètement dépouillé de sa philosophie…, finalement il est arrivé à son terme en ayant conservé l’essentiel : un nécessaire arsenal de sanctions, détaillé et suffisamment dissuasif, une normalisation des droits et obligations de chacun et une meilleure protection pour les conducteurs professionnels.Trois ans après avoir été déposé au Parlement, le projet de Code de la route devrait en sortir dans les jours qui viennent et devenir loi.
C’est une véritable victoire pour le Maroc, une victoire à trois niveaux.

Une victoire pour la sécurité des citoyens d’abord. 64 700 accidents sur les routes en 2008, 4 162 décès dont 70% en ville, 12 406 blessés graves et 86 000 blessés légers et un rapport décès/parc de véhicules parmi les plus élevés au monde : 16 fois plus que celui enregistré en France. Certes, la loi ne suffit pas et il reste les problèmes d’opérationnalité et de corruption à résoudre, mais, un Code de la route est une affaire de dizaines d’années et il n’y a pas de recette miracle : seul un arsenal législatif sévère, fixant clairement les responsabilités de chacun, permet d’inverser la tendance.

Une victoire pour la démocratie ensuite. Contesté violemment, discuté, débattu, re-contesté, remis sur la table. Des concessions sur des seuils mais pas sur le fond. En somme, ce que tout texte de loi structurant pour l’avenir d’un pays devrait connaître, brouhaha électoraliste en moins. Il a fallu trois ans, pas d’intervention de haut niveau et au final un large consensus. En Algérie, il y a un peu plus d’un an, c’est quasiment la première mouture du projet de Code marocain qui avait été reprise, retouchée et transformée en loi par une ordonnance présidentielle. On gagne du temps mais on sacrifie le débat.

La victoire d’un homme, enfin. Un ministre qui s’est battu pour un texte qu’il aurait très bien pu abandonner, arguant de la levée de boucliers. Grève générale des transporteurs au printemps 2007 au cours de laquelle, lâché par son gouvernement, il a joué sa carrière. Même scénario en 2009 et même ténacité en vue de faire aboutir un projet, des convictions, un souci de l’intérêt collectif. On ne peut que féliciter Karim Ghellab pour son courage et applaudir le bon sens qui a prévalu de la part des professionnels du secteur et des députés qui ont pris la mesure des enjeux réels du texte. Ce n’est pas tous les jours qu’un pays arrive à dépasser ses contradictions internes, pour le bien de tous.