CAN, y a pas CAN

«La crédibilité du Maroc est engagée». «Le Maroc risque des sanctions de la part de la CAF». «Il ne faut pas donner l’occasion à d’autres pays qui n’attendent que ça». Voilà en substance le type de réactions qu’on a pu lire cette dernière semaine çà et là, y compris dans les médias nationaux au sujet de la Coupe d’Afrique de football prévue au Maroc en janvier 2015. Cette histoire de report de la CAN déchaîne toutes les passions comme à chaque fois qu’il est question de football chez nous. Mais elle nous donne surtout l’occasion de voir combien l’opinion publique peut être conditionnée et orientée par des avis obtus.

Si l’on doit parler de crédibilité, et si le Maroc doit choisir entre la crédibilité sur le plan footballistique et celle institutionnelle, il n’y a pas photo : la demande de report exprimée officiellement par le gouvernement et les responsables marocains est le meilleur signe de crédibilité d’un pays qui sait faire la part des choses entre un jeu, le football en l’occurrence, et l’intérêt général et de ses citoyens en particulier. Et ce devoir de préserver l’intégrité et la santé des personnes, le Maroc l’a aussi envers ses invités africains qui seraient exposés au risque de contamination au même titre que les Marocains.

Dans l’histoire du sport, ce ne serait d’ailleurs pas une première. Durant les pires moments de la guerre froide, combien de fois les Etats-Unis et d’autres pays occidentaux avaient interdit à leurs sportifs de prendre part à de prestigieux tournois planétaires comme les Jeux olympiques. Il s’agissait de boycott, certes, et les raisons sont plus d’ordre politique. Mais l’état d’esprit est le même : le jeu, la compétition sportive, aussi importante soit-elle, est reléguée au second rang quand il s’agit d’intérêts nationaux.  

Si l’on doit encourir des sanctions de la CAF qui considérerait que le report n’a pas lieu d’être, cela serait au contraire un signe d’irresponsabilité de la part des instances footballistiques africaines.
Dire qu’il ne faut pas donner l’occasion à d’autres pays qui n’attendent que la première occasion pour doubler le Maroc est aussi un argument fallacieux. Le leadership marocain sur le continent est bien plus ancré pour être tributaire de l’organisation ou non d’une compétition. D’ailleurs, Marrakech vient d’accueillir ces jours-ci des invités de marque, notamment des chefs d’Etat, venus discuter au Maroc de questions économiques et sociales bien plus sérieuses et vitales pour le continent qu’un ballon qui ne tourne pas toujours rond.