Attendre 2 040…

Modèle de développement inclusif, généralisation de la protection et des filets sociaux, démocratisation de l’accès aux nouvelles technologies, aux télécoms et aux services financiers, appui à la création des activités génératrices de revenus, lutte contre le travail informel…, les politiques et programmes ciblant en priorité les catégories de population vivant dans la précarité se multiplient et s’intensifient. La pandémie, avec ses effets, est venue elle aussi accélérer le processus.

Mais la réussite de ce type de programmes, surtout sociaux, suppose des prérequis dont le plus important est la participation des populations concernées elles-mêmes. Et cette participation requiert, à son tour, une certaine conscience chez le citoyen qui doit disposer d’un niveau minimal d’instruction et être outillé pour comprendre les enjeux et agir en conséquence.

Or, à ce jour, il y a encore un obstacle de taille que l’on oublie souvent, à savoir l’analphabétisme qui se résume en un seul chiffre parlant :
Dans le Maroc de 2020, il y a encore 30%, presque le tiers de la population, qui ne savent ni lire ni écrire. Oui, près de 10 millions de Marocaines et de Marocains, très probablement en grande partie dans les catégories précaires ciblées par les programmes sociaux, ne sont malheureusement pas en mesure de lire, de déchiffrer ou de comprendre des messages ou des discours qui peuvent pourtant paraître basiques.
Il est évident qu’en termes de lutte contre l’analphabétisme, le Maroc a réalisé de grandes avancées. Le taux est passé de 87% au lendemain de l’indépendance, précisément en 1960, à 30% aujourd’hui.

Mais un autre chiffre beaucoup moins connu vient nuancer ce constat. En effet, au rythme auquel le Maroc déploie aujourd’hui son programme d’alphabétisation et avec les moyens et structures actuels, il faudra au moins 20 ans pour éradiquer totalement l’analphabétisme. Ce sont des prévisions et projections très officielles établies par l’instance en charge du programme, à savoir l’agence nationale dédiée.

Comment peut-on expliquer à ces 10 millions de personnes des actions, des projets, des initiatives, des politiques ou des programmes dont ils sont censés être les premiers bénéficiaires et dans lesquels ils doivent être aussi des acteurs à part entière ?
Le Maroc est sur le point d’enclencher une nouvelle dynamique sociale et économique à travers le nouveau modèle mais en même temps il sera pendant au moins 20 ans encore amputé du tiers de sa population marginalisée de facto, parce que ne sachant ni lire ni écrire. Un handicap qu’il faudrait vraisemblablement supporter encore jusqu’en 2040… !