Anticiper pour survivre

La Commission Benmoussa, en charge de réfléchir sur le nouveau modèle de développement, a démarré ses travaux depuis quelques semaines et dans six mois elle devrait rendre sa copie.

Dans ses premières sorties officielles, le président de ladite commission a tenu à recadrer la mission, le fonctionnement et la nature du livrable attendu. Il ne s’agira pas de concevoir un modèle au sens économétrique du terme mais seulement de donner un référentiel global et, surtout, des programmes types à implémenter dans l’immédiat inspirés d’expériences réussies.

Evidemment, le travail se fera sur la base de référentiels actuels et passés. Quand il s’agira de sujets en relation avec l’économie de production réelle, notamment dans les secteurs de l’industrie et des services, les experts se baseront sur une compilation analytique de tout ce qui se fait au Maroc aujourd’hui en la matière. Or, ce qui se passe aujourd’hui dans le monde de l’industrie et des services ressemble aux débuts d’un tsunami technologique qui a déjà commencé et qui, une fois passé, aura complètement changé la face du monde dans quelques années.

Alors que le Maroc vient à peine, depuis une dizaine d’années, de se lancer en force dans quelques industries de pointe, beaucoup d’entre elles sont en train de passer à de nouvelles générations. La voiture, telle qu’elle est fabriquée aujourd’hui dans les usines de grands constructeurs, dont celle de Renault à Tanger, a de fortes chances de ne plus exister dans 15 ou 20 ans, du moins sur les plus grands marchés mondiaux et les plus avancés. Si le Maroc, qui est probablement déjà légèrement en retard, n’entame pas dès aujourd’hui la construction d’une industrie automobile tournée vers les énergies nouvelles, l’électrique, l’intelligence artificielle et la voiture autonome, il se retrouvera dans 20 ans avec des usines complètement obsolètes qui seront condamnées à fermer. Avec les changements climatiques et les nouveaux défis qu’ils posent, l’agriculture mondiale de 2030, 2040 et 2050 sera très différente de ce qui s’est fait jusqu’à ce jour. Et certains pays ont déjà commencé.

La métamorphose planétaire annoncée et inévitable s’appuiera sur les nouvelles technologies et la science. Les pays qui auront le leadership sont ceux qui auront misé dès aujourd’hui sur le savoir, la connaissance, ceux qui auront dès aujourd’hui investi massivement dans la recherche et le développement appliqués. Le Maroc, qui réforme son école, doit prendre en considération que pour coller aux nouvelles économies et sociétés des décennies à venir, l’école ne ressemblera en rien à l’école d’aujourd’hui.

Si le «modèle», dévoilé en juin prochain, n’est pas entièrement (ou presque) construit autour de cette tendance centrale qu’est la transformation profonde du monde dans les années à venir, il ne pourra pas projeter le Maroc dans une compétition mondiale qui s’annonce d’ores et déjà plus violente.