Agilité

La révision de l’accord de libre-échange avec la Turquie vient d’être officiellement actée par le Maroc dans le prolongement des récentes négociations entre les deux parties qui avaient fini par trouver un terrain d’entente. Quels enseignements tirer de cet épisode pour le moins spécial ?

Le premier est qu’aucun accord ou traité n’est gravé dans le marbre, ni figé ad vitam aeternam aussi solennel soit-il et quand bien même il serait signé par des Etats représentés par leurs plus hautes instances. Au-dessus de tout, il y a une seule considération qui prime, c’est l’intérêt national.
D’un autre côté, et c’est le deuxième enseignement, même quand une cause est juste et fondée, cela ne suffit pas pour qu’elle soit facilement acceptée de tous. Seuls la négociation, le plaidoyer, l’argumentation, la démonstration, le tout avec persévérance et fermeté, peuvent permettre d’imposer son point de vue sans en arriver à la confrontation.
Au terme de plusieurs années d’explication et de pédagogie, les partenaires turcs ont fini par comprendre le bien-fondé de la position marocaine. Et c’est tant mieux.
Le cas de l’accord avec la Turquie peut servir aussi d’enseignement pour l’avenir. Le Maroc a fait le choix irréversible d’une économie ouverte et connectée au monde. Il est impliqué aujourd’hui dans des projets de libre-échange, notamment celui continental, la Zleca, ou encore celui régional avec les pays de l’Afrique de l’Ouest, regroupés au sein de la CEDEAO. Sans oublier des projets en gestation comme le libre-échange avec le Canada.
Depuis 2004, année durant laquelle le Maroc avait signé son accord avec la Turquie, la géographie économique mondiale a considérablement bougé. Qui, en 2004, aurait pu prévoir l’évolution fulgurante qu’a connue l’économie turque en l’espace de 15 ans seulement? Qui aurait pu imaginer qu’aujourd’hui, l’un des piliers et fondateurs de l’Europe, en l’occurrence le Royaume-Uni, serait aujourd’hui en dehors de cet espace ? Qui aurait pu prédire qu’en l’espace de 15 ans seulement, l’économie mondiale allait traverser un cycle infernal de trois crises complétées, en 2020, par la deuxième plus grande récession de ces cent dernières années, après celle de 1929 ?
Les choix et les décisions opportuns aujourd’hui peuvent être des handicaps dans le futur. Ceci est valable aussi bien pour les accords commerciaux et les relations internationales que pour les choix en matière de politiques publiques économiques ou sociales. Dans un environnement mondial qui sera davantage perturbé et imprévisible à l’avenir, l’enjeu pour un décideur public n’est pas de tout prévoir mais d’avoir la capacité d’adaptation et d’être agile en concevant des solutions efficaces dans le présent mais évolutives et modelables pour le long terme…