Achetez, nous taxons !

A l’achat d’un logement, les taxes diverses absorbent l’équivalent
de 6 mois de traites. Est-ce cela la politique du logement ?

à voir la rareté des terrains constructibles dans les grandes villes du Maroc, le citoyen lambda se dit naturellement que le logement, fût-il social, de moyenne gamme ou de haut standing, se vend bien. Il a raison. Depuis quelques années, les ménages, encouragés par des formules de crédit attractives et une offre diversifiée, hésitent de moins en moins à faire le grand saut.
Mais à quel prix et au prix de quels sacrifices ? Prenons l’exemple d’un appartement de moyen standing à Casablanca et dont la valeur déclarée est de 500 000 DH. Avant de l’acquérir, le futur propriétaire devra payer une flopée de taxes. Droits d’enregistrement, droits de mutation et taxe notariale. A cela s’ajoutent des frais de timbres et de légalisation. Et ce n’est pas fini car, bien entendu, comme tout le monde achète à crédit, il faut verser dans les caisses de l’Etat les frais d’hypothèque. En gros, pour ce logement de 500 000 DH, il faudra payer un peu plus de 26 000 DH. En supposant que l’acquéreur prenne un crédit sur 20 ans et que la banque veuille bien le financer à 100 %, il aura payé en taxes diverses l’équivalent de 6 mois de traites !
Il n’est pas pour autant tiré d’affaire, car il devra payer l’équivalent d’un mois de traite au notaire et le montant correspondant à l’assurance de son crédit immobilier et aux frais de dossier absorbera encore deux mois de traites.
Après tout cela, pourra-t-il enfin prendre possession du logement? Non, car les 500 000 DH ne sont que la partie déclarée et constituent 80% du coût réel de son appartement. Il lui restera à trouver les 125 000 DH correspondant au «noir», sans lequel l’achat d’un logement est presque impossible. Heureusement que, chez nous, la solidarité familiale joue à plein dans ces cas-là car, quand un crédit logement absorbe 40% de vos revenus, aucun organisme ne se portera volontaire pour vous prêter le montant de ce fameux «noir».
Enfin, comble du comble, dans un délai de quatre ans, il recevra un redressement fiscal qui devrait lui coûter encore un mois de traite.
Moralité : il est bien que l’Etat encourage l’achat du logement et il est tout aussi bien que le système bancaire propose des taux attractifs. Mais, de grâce, qu’on n’accable pas ce pauvre citoyen qui se saigne aux quatre veines pour s’offrir un toit décent. Et, à vouloir trop tirer sur la corde, on finit par en devenir indécent.