Accepter pour avancer

Le rapport de GFI sur la fuite des capitaux peut être imparfait, il n’en est pas moins une base de travail à  partir de laquelle on peut réfléchir à  parfaire nos systèmes de contrôle, au lieu d’être considéré comme une offense.

Le rapport sur la fuite des capitaux en Afrique -il serait plus correct de parler de fuite de devises, dans ce cas- que vient de publier Global Financial Integrity, organisme basé au Luxembourg et créé en 2009 à l’initiative de citoyens d’Europe et des Etats-Unis, sous le patronage de Jacques Santer, ancien président de la Commission européenne, n’est certainement pas très bien accueilli par la plupart des dirigeants des 53 pays étudiés, encore moins au Maroc. Et pour cause, il est classé au quatrième rang des pays les plus poreux derrière le Nigéria, l’Afrique du Sud et l’Egypte. Le pavé qui vient de tomber peut faire désordre et donner du grain à moudre à tous ceux qui pointent tout signe de mal gouvernance.

D’un autre côté, il est tentant pour les nombrilistes de ruer dans les brancards pour fustiger une certaine campagne de dénigrement du Royaume ou le refus des cercles hostiles d’admettre les progrès réalisés ces dernières années. Ils sont dans leur rôle. Mieux, tout travail de cette nature peut être contesté du fait de la méthodologie. La pertinence de celle qui est adoptée par GFI (comparaison des balances des paiements) ne peut donc échapper aux critiques. Le risque est cependant de s’engluer dans un débat théorique et d’occulter le fait que des pratiques illicites existent dans tous les pays et qu’elles ne sont pas l’apanage des seuls responsables. D’ailleurs, 60 à 65% des montants répertoriés par GFI relèvent de la fraude fiscale reconnue dans une large acceptation comme illicite.

Le courage d’un décideur public est donc de considérer ce genre de rapports, comme du reste les différents classements effectués par des organismes internationaux et des ONG, à l’instar de l’indice de développement humain (IDH) du programme des Nations Unies pour le développement et du baromètre de la corruption de Transparency, comme un miroir, même s’ils peuvent refléter une image déformée de la réalité. Ne rien avoir à se reprocher est contre-productif. Pour progresser, on a besoin de référence. Et c’est en plaçant la barre très haut qu’on arrive à réaliser des performances.

Cela dit, il n’est point dans notre objectif de militer pour un retour à un régime de change plus restrictif. C’est plutôt dans la recherche d’un respect plus pointu de la réglementation que le débat se place.