Accepter d’être comme les autres

Chaque parti a ses cadavres, ses hommes de valeur et ses hommes sans valeurs. Au fond, c’est cette assimilation totale dans le champ politique, avec ses lois, ses concessions et ses erreurs, que le PJD refuse.

L’instrumentalisation politique, faite par le PJD, de l’affaire de la révocation du président de la commune urbaine de Meknès, qui fait partie de ses militants, interpelle à plus d’un titre. Au cours de ses enquêtes, l’Inspection générale de l’administration territoriale (IGAT)  a effectué près de 200 missions qui ont abouti à la mise à l’écart d’une quarantaine d’élus. Parmi eux, un seul est un représentant du PJD alors que les autres sont inscrits sur les tables de six partis différents, dont l’USFP, l’Istiqlal et le RNI, formations de la majorité gouvernementale. Parmi les enquêtés mais non mis en cause figurent deux autres militants du PJD qui président, eux aussi, des communes.  
En allant plus loin dans la théorie du complot brandie par le PJD, on bute sur plusieurs questions. Si le gouvernement avait effectivement en tête l’affaiblissement du PJD à la veille des communales pourquoi affaiblirait-il également ses propres partis ? Si le gouvernement a dans sa ligne de mire le PJD, pourquoi n’en profiterait-il pas pour s’en prendre également au président de la commune de Témara ou encore à celui de Ksar El Kébir ? Est-ce à dire qu’il n’a rien trouvé contre eux ?  Mais dans ce cas cela voudrait dire qu’il a effectivement trouvé à dire sur la gestion de la commune de Meknès. L’affaire n’ayant pas encore trouvé son arbitrage devant la justice, nous ne pouvons porter un jugement, mais jusqu’à présent les arguments et contre-arguments apportés par les uns et les autres laissent planer un doute sur l’innocence totale clamée par le PJD à l’encontre de son représentant.
Au-delà de cette dernière question technique, c’est l’attitude du parti qui incite à réfléchir. Depuis sa naissance, il y a un peu plus d’une décennie, le PJD a toujours joué la carte de la religion, des valeurs et de la morale, un fonds de commerce qui lui a permis de bien se positionner sur l’échiquier politique. Seulement, il n’est pas le seul parti à avoir l’apanage de la probité. Les femmes et hommes du PJD, des Marocains comme vous et moi, comptent également des brebis galeuses parmi eux. Chaque parti a ses cadavres, ses hommes de valeur et ses hommes sans valeurs. Au fond, c’est cette assimilation totale dans le champ politique, avec ses lois, ses concessions et ses erreurs, que le PJD refuse. La carte de la virginité, sans cesse brandie, ne peut être le seul argument d’une belle femme. Il y a aussi la suite, la vie de tous les jours.