15 millions de bras

Plus que jamais, l’équation de l’emploi va au-delà de sa dimension purement sociale qu’est la lutte contre le chômage. L’enjeu est éminemment économique.

En créant davantage d’emplois, une économie ne fait pas que procurer aux ménages des revenus qui seront par la suite réinjectés dans le circuit à travers la consommation, l’investissement ou l’épargne. Plus d’emplois c’est aussi et surtout plus de richesses pour le pays tout entier à travers l’augmentation de la valeur ajoutée grâce à la production individuelle.
Aujourd’hui, le PIB du Maroc, environ 1 110 milliards de DH (122 milliards de dollars), est la somme de valeurs ajoutées créées par les agents économiques dont les entreprises publiques et privées avec une force de travail de près de 10 millions de Marocaines et de Marocains. C’est ce qu’on appelle la population active effectivement occupée. Ils représentent donc moins du tiers de la population totale. Cela dit, et c’est là le chiffre qui doit le plus interpeller, il y a aujourd’hui au Maroc, selon le HCP, quelque 15 millions de personnes qui sont en âge et en mesure de travailler et de produire, mais qui se trouvent totalement en dehors du marché du travail. Ils ne sont ni en activité, ni à la recherche de travail.
Certes, l’inactivité peut s’expliquer pour certaines catégories comme les étudiants, les retraités, les personnes malades, invalides, inaptes ou encore les femmes au foyer.
Mais ne serait-il pas grand temps de faire justement une rupture à ce niveau de la réflexion ? Serait-ce une fatalité que certaines catégories, à cause d’un statut donné et pourtant en mesure de produire de la valeur, ne soient pas mises à contribution ?
Dans beaucoup de pays, le départ en retraite, par exemple, n’est pas du tout synonyme d’arrêt total de production et de travail. En Amérique du Nord, comme aux pays scandinaves, entre autres exemples, on a compris très tôt que l’apport d’un senior, même retraité, peut générer de la valeur pour une entreprise et pas forcément au détriment d’un emploi pour un jeune. Les deux se complètent. Dans ces mêmes pays, ce n’est pas par hasard que les universités ouvrent aux jeunes étudiants une multitude de passerelles et de connexions pour qu’ils puissent en même temps compléter leur cursus et commencer à gagner leur vie en travaillant donc en produisant de la valeur pour la communauté. Dans d’autres pays, la contribution de la femme au foyer est monétisée, valorisée voire rémunérée et on réfléchit mêm à l’intégrer dans le calcul du PIB. Aujourd’hui, le PIB annuel du Maroc rapporté à la population active occupée est d’environ 110 000 DH. Si sur les 15 millions de citoyens aujourd’hui complètement exclus des circuits, seulement le tiers, soit 5 millions, venaient à être insérés dans la chaîne de valeur et en supposant que leur contribution serait seulement la moitié de celles des 10 millions de personnes pleinement actives, cela représenterait au bas mot 250 milliards de DH, soit 25% de plus pour le PIB !
Mais exploiter ce gisement suppose d’abord une véritable révolution culturelle…