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Marché automobile: Un début de reprise se profile

Évoluant en dents de scie depuis le début de l’année, le marché des voitures neuves au Maroc a enchaîné deux bons mois consécutifs, sur fond d’amélioration des conditions de la demande. Suffisant pour parler d’une reprise durable ?

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Le marché marocain des véhicules neufs a repris quelques couleurs, après avoir traversé trois années difficiles, durant lesquelles les chocs sur l’offre et la demande se sont succédé. Crise sanitaire, confinement, hausse des taux, renchérissement du crédit, pénurie des composants, indisponibilité des véhicules, hausse des prix du carburant, etc. Autant d’éléments qui ont brisé l’élan du marché du neuf au Maroc, passant d’un record de 178.000 véhicules neufs vendus en 2018 à un peu plus de 161.500 unités en 2023.

L’année 2023 s’était d’ailleurs terminée sur une note plutôt satisfaisante, avec une bonne dynamique des ventes durant le dernier trimestre, ce qui avait permis au marché de finir, in extremis, dans le vert, avec des ventes en très légère progression de 0,1% par rapport à 2022. Cette embellie de fin d’année ne s’est pas réellement confirmée en 2024, puisque les ventes ont évolué en dents de scie d’un mois à l’autre. Après un bon départ en janvier, les ventes se sont contractées à partir de février, avant de redécoller de manière sensible en avril. Un rebond qui s’est prolongé en mai, mois durant lequel 15.970 voitures neuves ont été écoulées, soit une progression des ventes de 8,46% par rapport à mai 2023. Selon les dernières statistiques de l’AIVAM, l’Association des importateurs de voitures neuves au Maroc, les ventes en cumul depuis le début de l’année sont dans le vert, affichant une hausse, légère certes, de 1,89% par rapport à la même période de l’année dernière, pour s’établir à près de 65.000 unités. Les concessionnaires espèrent qu’il s’agit là d’une tendance partie pour durer, à mesure que les conditions du marché, notamment la demande, s’améliorent.

L’évolution des ventes recouvre cependant des évolutions contrastées selon les segments. On constate ainsi que pour les véhicules particuliers (VP), qui représentent environ 90% des ventes globales, les ventes sont en recul de 0,29% (58.193 unités). A contrario, celles des véhicules légers particuliers (VUL) sont sur une bonne dynamique, enregistrant une progression de 18,82% au terme des 5 premiers mois de l’année avec 6.725 unités cédées. Une hausse solide qui profite toutefois d’un effet de base important, ce segment étant étroitement lié à la santé des entreprises, ayant été l’un des plus impactés par les crises successives, enregistrant trois années de baisses successives.

S’il est encore prématuré de parler de reprise durable du marché, les prémices d’un renversement de tendance des ventes sont bien là. Sur le plan macro, la reprise de l’économie nationale se confirme, et l’inflation est désormais maîtrisée. Par ailleurs, dans les showrooms, la disponibilité des véhicules est presque revenue à la normale, tandis que les prix se sont stabilisés. Des conditions meilleures qui devraient permettre au marché du neuf de finir l’année autour de 5% de croissance, pour se rapprocher des 170.000 véhicules cédés. Un bon score, mais qui reste tout de même encore inférieur au niveau des ventes d’avant-Covid. D’un autre côté, les conditions de financement pour l’acquisition de véhicules restent encore relativement élevées par rapport aux années précédentes, à cause de la hausse du taux directeur. La perspective d’une éventuelle baisse des taux par la banque centrale, maintenant que l’inflation est jugulée, afin de stimuler la croissance et, par ricochet, rendre l’accès au crédit plus facile, serait alors une bonne nouvelle pour les acheteurs.

Les marques chinoises se bousculent
Toujours est-il que le marché marocain garde son attractivité pour les constructeurs, car son potentiel est encore loin d’avoir été réalisé. Il faut dire qu’au Maroc, le marché des véhicules neufs demeure avant tout un primo-accédant au potentiel énorme, où le taux de voiture par habitant est quatre fois inférieur qu’en Europe. Bien des Marocains n’arrivent pas à payer une voiture neuve, et se tournent vers le marché d’occasion. Les transactions ou mutations de véhicules d’occasion représentent plus de trois fois la taille du marché du véhicule neuf au Maroc.

Les marques chinoises ont bien compris qu’il y a un énorme gisement à aller chercher. Plusieurs d’entre elles ont annoncé, ces derniers mois, des implantations commerciales au Maroc ou leur intention de le faire. C’est le cas de la marque Geely par exemple, qui a fait son grand retour dans le Royaume fin 2023. C’est le cas aussi du géant chinois de la mobilité électrique BYD, qui commercialise ses véhicules dans le Royaume depuis l’année dernière. Plus récemment, c’est le Changan Automobile, l’un des géants de l’industrie automobile chinoise, qui a annoncé son entrée sur le marché marocain. En mai dernier, la marque chinoise Lynk & Co, qui gravite dans le giron de Geely, annonçait à son tour son implantation au Maroc.

Ces marques ont un objectif en commun : gagner rapidement des parts de marché, avec des prix étudiés et des modèles connectés. Mais pour détrôner le leader incontesté du marché national, à savoir Dacia, il en faudra beaucoup plus. La marque la plus vendue au Maroc depuis une quinzaine d’années caracole toujours en tête des ventes, avec plus de 15.200 véhicules écoulés en 5 mois et une part de marché de 26%. Sur la deuxième marche du podium, on retrouve sa «cousine», Renault, avec une part de marché de plus de 15%. À elles deux, les marques du constructeur au Losange accaparent plus de 40% des ventes de voitures neuves au Maroc. La troisième marche du podium est occupée par la marque coréenne Hyundai, avec une part de marché d’environ 8%.


Le premium garde la forme
Plutôt hermétiques aux enjeux de pouvoir d’achat, et désormais beaucoup plus disponibles dans les showrooms, les véhicules du segment premium continuent d’afficher une forme olympique et de surperformer le marché. Les marques allemandes font la course en tête. Le leader, Audi, affiche des ventes en hausse de 10,4% pour 1.845 voitures vendues en 5 mois. La marque aux anneaux est talonnée par son rival, BMW, dont les ventes culminent à 1.612 unités, en progression de 21,2%. Mercedes complète le podium de ce segment, avec 1.238 voitures vendues de janvier à mai 2024, en hausse de 5,5%.
Porsche, de son côté, continue d’exploser les compteurs. La célèbre marque au cheval noir a écoulé pas moins de 276 véhicules, soit plus de 55 par mois, depuis le début de l’année 2024, en croissance de 43,01% par rapport à fin mai 2023 ! Une performance notable pour une marque dont le modèle le moins cher est commercialisé à partir de 650.000 dirhams.