Voyages organisés à  l’étranger : la demande est en baisse par rapport à  2007

Les packages plus chers à  cause du cours élevé de l’euro et de la hausse du prix du pétrole Les lourdes dépenses prévues pour le Ramadan poussent les clients à  limiter la durée et le budget des vacances.

Assurément, la déprime économique mondiale a eu des effets sur le consommateur marocain. Et comme dans d’autres pays, le premier poste du budget familial qui subit les coupes est celui des voyages et vacances. Les agences de voyages l’ont d’ailleurs nettement ressenti en cet été 2008. Les responsables de nombre d’entre elles affirment, en effet, que la demande pour les voyages organisés est moins importante que l’année dernière, alors qu’en parallèle la demande pour les voyages à la carte (une petite niche) monte en flèche.

Par rapport à l’année dernière, «il est certain que le marché est plus calme», explique Mehdi Ouazzani, responsable du département export chez Hollidays Services. En outre, ajoute-t-il, «pour la deuxième quinzaine d’août, la demande est quasi-inexistante en raison de l’approche du Ramadan, alors que d’habitude on travaille bien jusqu’à la fin août». Quand on sait que la saison d’été se joue entre le 15 juillet et le 15 août, il n’y a donc plus de temps à perdre pour attirer la clientèle.

Cette année, il est sûr que le Marocain amateur de dépaysement est obligé de procéder à un arbitrage entre les vacances à l’étranger et le Ramadan qui pèse comme toujours sur le budget. Et dans ce genre de configuration, c’est souvent le voyage qui est sacrifié.

La Turquie cartonne
Ce n’est pas le seul facteur à l’origine de la mévente des voyages organisés. Les prix des packages ont en effet bien augmenté par rapport à la saison précédente : le prix du pétrole, la hausse de l’euro et même la baisse du dollar ont concouru à cette évolution. Grosso modo, les tarifs ont augmenté en moyenne de 10 à 20%, voire beaucoup plus dans certains cas.

«L’été dernier, nous avons commercialisé la Thaïlande à 10 500 DH pour un circuit de 10 jours, cette année, le même circuit est vendu à 14 500 DH», affirme Fourat Abouharb, directeur de l’agence Yacout Voyages & Tourisme.

Les 4 000 DH supplémentaires découlent directement de l’augmentation du prix du billet d’avion en raison de la flambée du prix du pétrole et de l’augmentation des taxes aéroportuaires, mais aussi «du prix des prestations sur place qui ont connu une hausse pour compenser la baisse du dollar», argumente notre voyagiste qui souligne que l’année dernière, à pareille époque, tous ses packages pour l’été avaient été quasiment vendus, alors que cette année, l’agence en est à environ 60 %.

Autre exemple : un voyagiste qui a organisé l’année passée un voyage à Prague à 17 000 DH pour une dizaine de jours le propose actuellement à 21 000 DH. En effet, le dollar, monnaie de transaction avec les prestataires étrangers hors Union européenne, s’est déprécié d’un dirham environ. Et quand il s’agit de voyages vers les pays de la zone euro, le cours de la devise européenne se charge de grignoter les marges des organisateurs de voyages, ce qui les incite à revoir leurs prix à la hausse. Certains prestataires turcs, rapporte un autre voyagiste, ont tout simplement abandonné le dollar pour basculer vers l’euro, et c’est une autre manière d’augmenter leurs prix.

Il faut dire que, pour les destinations préférées des Marocains, c’est la Turquie qui cartonne cet été, en raison de la non-exigence du visa, mais aussi en raison d’une promotion tout à fait inattendue. Plusieurs agents de voyages affirment que deux feuilletons turcs à l’eau de rose, diffusés actuellement sur la chaîne MBC, ont fait un joli coup de promotion pour cette destination.

Par ailleurs, relèvent la plupart des responsables des agences, le voyage à la carte est en train de prendre les devants. Beaucoup de Marocains, du moins ceux qui ont un pouvoir d’achat élevé, commencent à demander des destinations lointaines. La mode est aujourd’hui aux îles Maldives, Bali et certains pays asiatiques autres que la Thaïlande ou la Malaisie, déjà largement commercialisées sur la place. Ils s’intéressent aussi de plus en plus aux pays de l’Europe de l’Est, notamment la Croatie ou la République tchèque.

Pour les autres, l’Espagne et notamment la Costa d’El Sol continuent d’être demandées par les familles, en raison de possibilités offertes en matière de logement approprié et de restauration bon marché.