Visite guidée au cœur du chantier de Souk Al Had à Agadir

• Onze hectares en complète réorganisation et mise à niveau dans un environnement qui enregistre chaque jour une forte affluence commerciale.
• Le chantier du plus grand souk d’Afrique est véritablement hors du commun.
• La période du confinement n’a pas arrêté les travaux, c’était le moment opportun pour augmenter la cadence.

Nouvelles places, des portes majestueuses finement décorées aux styles architecturaux des différentes régions du Royaume, réorganisation des espaces… Le plus grand souk du Maroc et d’Afrique, implanté à Agadir, ne cesse de se métamorphoser. Malgré la Covid, le chantier ne s’est pas arrêté, bien au contraire, la cadence des travaux a été renforcée. «Nous avons profité du confinement et l’arrêt de plusieurs activités au sein du complexe pour réaménager des espaces qu’il aurait été difficile de réaliser si vite en temps d’activité», souligne Samira Saoudi, architecte en charge du projet avec son collègue Ali Arizi. Ce jeudi 19 juin, le maître d’œuvre tient une réunion de chantier avec les entreprises en charge de l’exécution des travaux. Maryam Kabbadj, directeur adjoint de la société Al Omrane Souss Massa est également présente. L’établissement public est rappelons-le, maître d’ouvrage délégué du projet et suit de très près le chantier. Avant de faire le point sur l’état d’avancement du projet, une visite de terrain s’impose à travers les différents ouvrages en cours de réalisation.
La tournée du chantier commence par la future rahba de vente de blé en cours de réalisation. Ce sera, à terme, une structure semblable dans son aménagement aux greniers de la région. A quelques mètres de là, les constructions des nouveaux locaux administratifs avancent. Comme une maison traditionnelle au style local, ces futurs bureaux s’implantent désormais près de la porte 14. Et comme rien ne se perd et tout se transforme, les anciens locaux administratifs, situés entrée porte 2, jusqu’à présent en fonction, devraient être réhabilités en lieu d’exposition de produits artisanaux ou de produits du terroir, indique le maître d’œuvre. Tout au long des allées de cette structure géante, le changement est visible et les espaces les uns après les autres. La mise à niveau et la modernisation de la zone alimentation du souk est un des plus importants volets de ce projet d’envergure. A terme, au niveau des commerces de volailles, un nouveau concept d’unité d’abattage de proximité sera mis en place. Pour l’heure, pour le réaménagement des espaces, il faut déplacer ces commerçants le temps de leur offrir des locaux dans les normes annoncées. La zone boucherie sera aussi réorganisée et modernisée, précisent les responsables du projet. Fait d’importance dans cette métamorphose, le traitement des déchets solides et liquides. La mise à niveau du réseau d’assainissement est le chantier d’urgence au programme. Ce volet se particularise par la mise en place de fosses de décantation de manière à décongestionner le réseau.
Le projet de fait, dans toutes ses composantes, s’inscrit dans le développement durable. Il est question, en effet dans ce cadre, d’implanter des panneaux photovoltaïques de manière à assurer l’autonomie énergétique d’une partie du complexe en premier lieu pour permettre une économie d’échelle en matière de consommation énergétique. Toujours sur le plan écologique, une gestion environnementale des déchets générés par le souk à travers le tri, la collecte et le recyclage est prévue. Pour l’heure, l’expérience en la matière commence par la mise en place de conteneurs enterrés. Dans la structure, le traitement des déchets peut être générateur de revenus, selon Samira Saoudi. Cela sachant que le complexe génère 15 à 30 tonnes de déchets par jour.
Une attention toute particulière est aussi portée dans cette mise à niveau à la sécurité. Les premiers ouvrages du chantier ont concerné les volets sécurité-incendie et aujourd’hui en accord avec les Sapeurs pompiers il faut libérer cinq places pour permettre un rassemblement en cas d’incendie.
Dans ce centre commercial en effervescence du matin jusqu’au soir, où, en temps normal, un nombre de 3000 points de vente sont en activité sur 11 hectares, drainant six jours sur sept au quotidien plus de 50 000 visiteurs, c’est un vrai challenge de réorganiser et de réaménager les zones les unes après les autres. Et dans ce chantier la communication a été incontournable avec les commerçants du souk pour leur adhésion et assurer l’avancée des travaux. La mobilisation des autorités locales et des élus a permis aussi de relever le défi. Ce chantier bénéficie de fait d’un suivi en continu et d’une implication toute particulière d’Ahmed Hajji, wali de la région Souss Massa. La veille permanente sur ce programme est indispensable. Il faut faire vite et accélérer la cadence pour réaliser les étapes dans le temps.
Démarré en octobre 2017, le chantier est aujourd’hui au stade de la dernière tranche de construction et d’aménagement. C’est une étape qui a démarré en novembre 2019 pour s’achever après 16 mois de travaux. Parmi les ouvrages en construction actuellement, une nouvelle mosquée dans l’enceinte du complexe. Implanté côté porte 6, le bâtiment est au stade des gros œuvres et laisse entrevoir déjà ce que sera la mosquée avec ses plafonds de 8 à 12 mètres de haut. En attendant, une mosquée provisoire a été réalisée. Il s’agit d’une structure de 1 025 m² en profilé aluminium allemand qui a nécessité un budget de 2,5 millions de DH. Un investissement qui pourra être amplement amorti car l’équipement sera exploité par la suite pour l’organisation d’événements, une fois la mosquée du souk réaménagée, avance Samira Saoudi.
En deux ans et demi, beaucoup d’ouvrages ont été réalisés à travers ce complexe qui se distingue également par la mise en place d’une charte architecturale. Près de la porte 10, des magasins modèles sont en cours d’aménagement. Soubassement en zelliges, auvent en bois, le patrimoine architectural du Sud avec l’utilisation des matériaux de la région et les techniques d’aménagements locales sont mis en avant. Cette approche se concrétise notamment à travers les faux-plafonds mis en place et le design architectural des portes qui met en exergue le savoir-faire des maîtres maalems du Sud. Ce sont plus de 4 ha de faux-plafonds qui ont été mis en place et jusqu’à présent, sur les 17 portes que compte le souk 9 portes sont achevées et 5 sont en cours de réaménagement. La réhabilitation de la muraille avec ses 1025 mètres de long et ses six mètres de haut, semblable à une enceinte de médina a été réalisée. Elle constitue aujourd’hui un véritable hommage à nos murailles historiques.
Pour rappel, ce chantier est d’un coût global de 160 millions de DH. Le Conseil communal s’est impliqué financièrement dans l’opération à travers 60 millions de DH. Les contributions des autres partenaires sont de l’ordre de 20 millions de DH financés par le ministère de l’habitat et 40 millions de DH par le Conseil régional Souss Massa. La Société Al Omrane Souss Massa contribue pour sa part à hauteur de 40 millions de DH. L’intérêt économique, social, urbanistique, culturel et sécuritaire de ce projet de rénovation et de réhabilitation explique cette mise à niveau et la synergie qui l’entoure. Cette mise à niveau ne saurait être complète sans le réaménagement des places extérieures avec des parkings sous-sol. La bonne nouvelle sur ce plan, c’est l’engagement par les maîtres d’ouvrage pour la réalisation de ce volet, aujourd’hui au stade d’étude.
Pour la petite histoire, Souk Al Had a depuis toujours fait partie du paysage de la ville d’Agadir dans différents emplacements. Le premier souk de la cité remonte à bien avant1920 et était implanté dans le quartier Founti. De 1927 à 1945, un marché baptisé Souk Bougam se tenait le dimanche et le mercredi en front de mer. Mais on raconte que le véritable lieu d’approvisionnement des habitants de la région était le Souk Ksima à Inezgane. En 1947, c’est dans le vieux quartier Talborjt de l’ancien Agadir que se tenait le souk. Il faut attendre 1974 pour le voir s’implanter dans le quartier industriel derrière les abattoirs de la ville. A l’époque c’était un souk hebdomadaire qui ne se déroulait que les fins de semaines en plein air avec pour seuls abris des tentes artisanales. Son aménagement en dur au fil des ans s’inscrit dans le cadre de la reconstruction d’Agadir. Le nouveau visage de Souk Al Had et de son environnement permettra de réconcilier le citoyen d’Agadir avec son patrimoine culturel perdu lors du tremblement de terre de 1960. Une fois mis à niveau, Souk Al Had sera assurément une belle contribution à l’urbanisme de la ville que tout habitant d’Agadir pourra s’approprier avec fierté.