Ville nouvelle de Chrafate : les promoteurs immobiliers se font attendre

Un seul promoteur a soumis un dossier pour l’acquisition d’un lot. Le retard des chantiers des sous-traitants industriels de Renault serait à  l’origine des hésitations.

Le projet de ville nouvelle de Chrafate lancé en janvier 2010 marque le pas. Si les retraits de dossiers ont été d’un niveau satisfaisant depuis le lancement, en décembre dernier, d’un appel d’offres national pour la réalisation de la première tranche (trois grands lots d’un total de 224 000 m2) de la ville nouvelle de Chrafate, les promoteurs hésitent à soumettre des propositions. Pour l’instant, un seul promoteur candidat à l’acquisition d’un lot a déposé un dossier.
Selon une source proche du holding Al Omrane qui conduit le projet, «le retard enregistré dans le début des chantiers des sous-traitants industriels de Renault et du centre de formation automobile programmé n’encourage pas les promoteurs immobiliers à se ruer sur les offres qui leur sont faites». Effectivement, le chantier de l’usine Renault Tanger Med avance bel et bien sur le terrain de 260 ha, mais aucun sous-traitant n’a encore entamé la construction de son usine.
Prévue pour accueillir 150 000 habitants, la ville doit à terme compter 30 000 unités d’habitation, des espaces verts, des complexes touristiques, des équipements administratifs, de santé, d’enseignement, de sports et de loisirs. Le site s’étend sur 1 300 ha, dont 770 pour le logement et le reste aux équipements collectifs et à la zone industrielle Tanger Med Automotive City spécialisée dans les métiers automobiles.
Le retard des chantiers industriels n’est pas le seul problème. L’autre souci des promoteurs est que le prix du m2 fixé par Al Omrane, 650 DH, pour une zone à défricher et située à quasi égale distance (entre 25 et 30 km) de Tanger, Tétouan et du port de Tanger Med est élevé. Les investisseurs souhaitent un prix d’entrée moins élevé et «des garanties sur le développement global du projet», ainsi que l’affirme le directeur d’une entreprise de construction. Car par rapport à un chantier sur Tanger par exemple, une petite entreprise de construction aujourd’hui choisira de «rester en ville». Chrafate c’est encore un «désert» lointain où les coûts de démarrage sont élevés. Il restera toujours éventuellement la Caisse de dépôt et de gestion (CDG) ou un groupe coté en Bourse pour enclencher le mouvement de construction de logements économiques et de standing moyen.

Routes et réseaux d’assainissement et d’eau sont réalisés en partie

Il semblerait qu’un subtil bras de fer soit en cours entre le holding Al Omrane et les promoteurs immobiliers. Ces derniers, habitués aux largesses de l’Etat, niches fiscales et difficulté pour la direction des impôts de lutter contre l’épidémie du «noir» incluses, font baisser les enchères. Pourtant, ils avaient déjà obligé Al Omrane à modifier son projet de cahier des charges.
Au départ, Al Omrane préconisait, pour chaque lot, 30% de logements à 140 000 DH, 50% de logements à 250 000 DH et 20% de logements à prix libres. Pour plusieurs intervenants du secteur, l’idée de logements à 140 000 DH et à 250 000 DH n’était pas séduisante pour des promoteurs privés qui sortaient des fastes années 2002-2008 où les marges étaient très élevées, sans compter la part non déclarée.
Du coup, Al Omrane a révisé sa copie avec une proposition de 30% de logements à 140 000 DH et 70% de logements à prix libres.
Mais le temps n’a pas joué en faveur de l’aménageur, le secteur de l’immobilier dans son ensemble étant rentré dans une phase de ralentissement.
Au départ du projet en janvier 2010, l’idée était que les premiers logements seraient livrés en janvier 2012 en même temps que le démarrage de la production à l’usine Renault voisine.
Ensuite, en mai dernier, à l’issue d’une réunion d’Al Omrane à Tanger, on parle de fin 2012. Aujourd’hui, en janvier 2011, on peut parler de début 2013. Pourtant Renault doit créer 6 000 emplois directs et 30 000 emplois indirects avec une première ligne de production de 170 000 véhicules par an pouvant monter «à près de 400 000 par an si le marché l’exige», comme l’affirmait un dirigeant du groupe français en septembre dernier, lors des journées Automotive Meetings organisées à Tanger.
Sur le site, les routes sont tracées, certaines sont goudronnées et les réseaux d’eau et d’assainissement sont posés en partie.