Veillée d’armes chez les nouveaux opérateurs du fixe

Le décret les consacrant comme opérateurs de téléphonie tarde à sortir alors que leurs packages produits sont finalisés.
Meditelecom choisit le Wi Max pour la boucle locale, la fibre optique et le
hertzien pour l’interurbain.

Les opérateurs attributaires des licences du fixe fourbissent leurs armes pour pouvoir concurrencer Maroc Telecom dans la téléphonie fixe, dernier bastion du monopole qui a sauté depuis juillet 2005. Sauf que… pour le passage à la phase concrète, ils attendent toujours le décret instituant Meditelecom et Maroc Connect comme opérateurs (voir commentaire ci-dessous).
Chez Maroc Connect, même si on affirme que le travail sur les offres produits est pratiquement bouclé, aucune information ne filtre sur le déploiement des infrastructures alors que chez Meditelecom on semble être plutôt bien avancé : packages, prix, conditions, tout est ficelé, assure-t-on.

Pour ce qui est des offres, comme partout ailleurs dans le monde, ce sont les entreprises qui auront la primeur des nouvelles offres. Quant au résidentiel (grand public et PME/PMI qui représentent 80 % du marché, légèrement inférieur à 1,5 million d’abonnés), il devra attendre le deuxième trimestre de 2006, probablement à partir de juin prochain, pour voir venir les premières offres. Le deuxième opérateur mobile sera visiblement le premier à titiller Maroc Telecom sur le nouveau segment de concurrence. Les prix, eux, connaîtront une tendance baissière dont on voit déjà les prémices, alors que nous sommes encore, dans la pratique, en situation de monopole.

Des partenariats avec les offices et l’administration
Où en est Meditelecom dans sa préparation à l’entrée sur le marché ? Il y a d’abord les choix technologiques, où la neutralité est de mise (l’opérateur choisit la technologie qui lui convient) : le deuxième opérateur a opté pour le Wi Max (Wi fi à usage extérieur) technologie radio dont la mise en place et le coût sont les points forts. Ce sera, en effet, la première offre industrielle de «voix sur IP» en technologie radio, permettant de s’affranchir des contraintes des réseaux traditionnels de téléphonie fixe et mobile. On imagine les économies que cela va permettre en matière de chantiers de travaux publics pour enterrer des kilomètres de fibres optiques. Bien évidemment, cette technologie ne remplace pas entièrement, en tout cas pas pour le moment, les moyens traditionnels. C’est pour cela que Meditelecom a passé deux accords de déploiement ou de location de fibre optique avec l’ONCF et avec le ministère de l’Equipement et du Transport. Les enveloppes des deux partenariats sont respectivement de 140 et 200 MDH. Mais ce n’est là qu’une partie de l’infrastructure mise en place et il est, de ce fait, difficile d’évaluer le coût total des infrastructures nécessaires. On parle toutefois de 1 200 km de fibre optique déployés en trois années. Mais il est évident que, grâce au déploiement des équipements de l’ONCF et du département de l’Equipement, la filiale de Telefonica est déjà en mesure d’arroser toute la clientèle dans les villes traversées, que ce soit à proximité de la voie ferrée, des gares intra-ville et entre les villes desservies, ou le long des routes nationales ou secondaires.
Offres globales et non segmentées

En gros, chez le deuxième opérateur du mobile, on parle de technologie Wi Max pour la boucle locale (à l’intérieur des villes) et de fibre optique et de liaisons hertziennes pour l’interurbain. Pour l’international, le choix de la co-localisation est tout indiqué, mais le deuxième opérateur évoque ou redoute des obstructions de l’opérateur historique. Mais, dit-on, ce sera une autre paire de manches.
En matière de préparation au déploiement des nouvelles offres, on apprend que le réseau de distribution GSM actuel servira de support à l’activité du fixe – le groupe Mifa, maison mère de Ilaicom, se prépare déjà à cette échéance (voir La Vie éco du 6 janvier 2006). Il sera renforcé par d’autres distributeurs ou intégrateurs pour assurer recrutement et suivi de la clientèle. Ce qui est sûr, c’est que l’actuel deuxième opérateur du mobile veut entrer dans la téléphonie fixe avec des offres globales et non pas segmentées. A la demande, ce sera des solutions où tout peut être compris : services, facturation et maintenance. On est dans une démarche similaire à ce qui se passe en Europe, où la téléphonie n’est qu’une partie des produits qui comprennent Internet, bouquets numériques et pourquoi pas télésurveillance…

Retard involontaire ?
Meditelecom et Maroc Connect ont signé des conventions avec l’Etat en juillet et septembre derniers. Le décret les consacrant comme opérateurs du fixe est prêt…
Et puis c’est tout. La concurrence dans le domaine de la téléphonie fixe risque d’être reportée de quelques mois alors qu’on parlait initialement de fin 2005. En effet, il faut que le décret soit validé par un Conseil de gouvernement, adopté par le conseil des ministres puis publié au BO. Ensuite, il faudra que les opérateurs remettent leurs offres à l’ANRT un mois avant leur lancement (délai légal). Tout cela nous ramène à fin mars, dans l’hypothèse la plus optimiste. Pourquoi cette inertie ? Pourquoi le décret en question ne figure-t-il pas sur l’agenda gouvernemental ? En se basant sur l’expérience de la libéralisation des télécoms au Maroc, on ne peut s’empêcher de penser que ce retard, apparemment involontaire, n’est que du temps accordé à l’opérateur historique pour
se positionner avant les starting-bloks… Nous espérons nous tromper – F.A.