Valorisation des déchets : en attendant la REP et le tri à la source

Un futur projet de loi sera bientôt introduit au Parlement pour adopter le principe de la Responsabilité élargie du producteur (REP). Trente projets pilotes viennent d’être lancés dans 80 quartiers au Maroc.

Les stratégies nationales en matière d’environnement et de développement durable ne devraient-elles pas rectifier le tir ? En fait, nombre de prérequis importants manquent à ces stratégies, avec, en premier, le manque de tri à la source des déchets industriels et ménagers. Ce constat rend inefficace toute politique de recyclage visant à valoriser les déchets. Même la Responsabilité élargie du producteur (REP), mesure qui implique la responsabilité des producteurs pendant tout le cycle de vie des produits qu’ils fabriquent, elle est à un stade embryonnaire d’implémentation. En tout cas, les deux principes peuvent sans aucun doute remédier au manque de valorisation des déchets au Maroc. Et ce sont deux idées principales débattues lors de l’événement organisé, jeudi 23 janvier à Casablanca, par la Chambre de commerce britannique au Maroc autour du thème «Economie circulaire & économie bleue : Quel avenir pour le Maroc ?».

La REP pourrait-elle être la solution ?

Selon Mohamed Benyahia, secrétaire général de l’environnement au ministère de l’énergie, des études préliminaires ont été effectivement menées par le département, en vue d’une implémentation future de cette mesure, une implémentation devant évidemment passer par le circuit juridique habituel. «Nous sommes aussi en train de réaliser un benchmark à ce sujet. Cela dit, il n’y a pas encore d’idée arrêtée sur le comment allons-nous implémenter cette mesure», a souligné M.Benyahia. Selon les informations que nous détenons, une proposition de révision de la 28.00 loi sera même bientôt déposée à la première Chambre du Parlement. Principe permettant d’opérationnaliser l’économie circulaire, la REP permet de «boucler la boucle de la fabrication. Cela se fait soit de manière volontariste de la part d’un secteur d’activité, soit il s’agit d’un dispositif que l’Etat met en place», poursuit M. Benyahia. Tout dépendra donc de la célérité du circuit juridique, une fois la proposition de loi déposée au Parlement.

Des expériences pilotes de tri à la source réalisées

C’est l’un des grands défauts de l’écosystème de la valorisation des déchets au Maroc : l’absence de tri à la source. Jusqu’à présent, il n’y a que quelques projets pilotes réalisés en collaboration avec la société civile. En dehors de cela, les déchets ne sont pas triés en amont, ce qui représente une grande faiblesse de tout le système de valorisation. Et un obstacle majeur aux opérations de recyclage, devant être réalisées ainsi en aval, avec des coûts supplémentaires. En tout cas, une première expérience a été réalisée à Marrakech, avec l’implication de la Commune et le délégataire de la collecte des déchets. «Le but de cette expérience est d’en tirer les enseignements, afin de pouvoir les dupliquer et les généraliser», souligne le secrétaire général du département de l’environnement. Et c’est ce qui a été fait. Actuellement, une trentaine de projets pilotes ont été menés dans 90 quartiers situés dans différentes villes au Maroc, en partenariat avec la société civile.

Un des premiers enseignements de cette expérience est la faisabilité d’un tri des déchets en deux catégories, au niveau des ménages marocains. Ce qui reste à déterminer actuellement est le mode de collecte des déchets triés. «Soit les délégataires s’en chargent ou cela se fera par le biais d’acteurs privés qui assureront le rôle de plateforme après le tri», précise Benyahia.

Le rôle des ménages sera central

Cela dit, pour faire adhérer les ménages, il faut qu’ils y trouvent un intérêt, surtout sanitaire et social. C’est ce que confirme Abderrahim Ksiri, président de l’Association des enseignants des sciences de la vie et de la terre au Maroc (AESVT), ayant mené la trentaine de projets pilotes cités. «L’intérêt de ces projets est qu’ils ont été menés en collaboration avec la société civile qui considère les déchets comme des ressources et non des ordures», souligne M. Ksiri. Résultat de cette démarche, un projet de 5000 ménages vient d’être mis en place par l’AESVT à Mohammédia, avec une première partie de 400 ménages devant commencer le tri sélectif des déchets.

La rencontre organisée par le Britcham le 23 janvier ambitionne de «lancer le débat sur l’avenir de l’économie circulaire et de l’économie bleue au Maroc». Pour cela, Britcham a invité comme intervenants un panel représentatif des parties prenantes de l’écosystème de l’économie circulaire au Maroc : Mohamed Benyahia, qui a annoncé la révision de la loi 28.00 sur la gestion des déchets adoptée en 2006; Mohamed Tamourou, responsable structuration à MASEN ; Mohamed Soual, conseiller auprès du président et Chief Economist au groupe OCP ; Abderrahim Ksiri, membre du bureau du Conseil économique social et environnemental (CESE) et président de l’AESVT.