«Une performance économique pérenne passe par la performance sociale»

• Dans son ouvrage «Seeds of Change», l’auteure propose aux entreprises une nouvelle approche de gestion pour affronter sereinement un environnement volatil, incertain, complexe et sans pitié, notamment depuis la crise actuelle.
• Faire évoluer son business model n’est plus une option mais une nécessité pour la survie de l’entreprise.

Semer les graines du changement pour affronter les défis actuels et futurs. C’est ce que détaille l’ouvrage de Hanane Benkhallouk ‘‘Seeds of Change’’ (éd. Passion Preneur Publishing, 2021). L’auteure qui a plusieurs arcs à son actif (Cf encadré) propose aux entreprises, une nouvelle approche de gestion pour affronter sereinement un environnement volatil, incertain, complexe et sans pitié, notamment depuis la crise actuelle. Une entreprise solide et résiliente doit obligatoirement remettre l’humain au cœur de la transformation…Il n’est de richesse que d’hommes, a dit Jean Bodin au 16e siècle. Au 21e siècle on parle d’une approche ‘‘human centric’’. Pour mettre la lumière sur cette approche et d’autres points abordés dans son ouvrage, nous avons donné la parole à Mme Benkhallouk.

• Selon vous, le business model actuel de la majorité des entreprises serait figé et ne saurait être compétitif face aux défis post-covid. Quelles sont les limites du modèle d’entreprise d’aujourd’hui ( sa relation avec l’humain, la profitabilité, l’environnement…) ?
Qu’ils soient économiques ou sociaux, la crise sanitaire a indéniablement bousculé tous les modèles. Elle a aussi mis au grand jour les faiblesses du business model (BM) traditionnel. Pour ne citer que ces limites, le BM classique de l’entreprise est faussé par un fonctionnement en silos avec des process séquentiels, un manque de partage de data entre les différentes business units. Une organisation principalement (pour ne pas dire exclusivement) centrée sur les ventes que sur le consommateur et une culture orientée productivité plutôt qu’efficacité.
Le contexte inédit que nous vivons donc depuis l’année dernière, avec tous ses défis et difficultés, fait que les organisations de tous les secteurs d’activité ayant un modèle d’entreprise figé ont de plus en plus de mal à faire face à cet environnement.
Dans un paysage aussi complexe, en évolution rapide et parsemé d’imprévus, l’heure est à l’évaluation constante et continue. Faire évoluer son business model n’est donc plus une option mais une nécessité pour la survie de l’entreprise.
Pour créer l’avenir que nous souhaitons, il faudra réinventer fondamentalement la relation entre les entreprises, la société, et l’environnement. Et déployer diverses approches pour détecter les nouvelles réalités émergentes.

• Quels sont les changements majeurs qu’elles devraient opérer ? Que devraient-elles prioriser ?
La volatilité, l’incertitude, la complexité et l’ambiguïté inhérentes au monde (VUCA) d’aujourd’hui représentent une nouvelle donne. Cela change non seulement la façon dont les entreprises font des affaires, mais aussi la façon dont les dirigeants managent leurs équipes.
L’agilité et la capacité de transformer est la première priorité. Pour ce faire, l’entreprise devra sortir de sa zone de confort et surtout réapprendre, pour pouvoir subvenir aux nouveaux besoins de consommateurs qui sont plus informés et moins fidèles.
Adopter une architecture organisationnelle ouverte pour une fluidité des échanges, et une flexibilité pour agir rapidement. Il est également question de créer des esprits de «dirigeants entrepreneurs» et non pas «des dirigeants managers», qui pourront innover, prendre des décisions rapides, qui ne vont peut-être plus décider seuls, mais s’appuyer sur l’intelligence collective.

• Dans votre ouvrage, vous insistez sur l’importance de l’humain au sein de l’entreprise et de la société en général. Comment réussir ce pari dans un contexte mondial plus que jamais baigné dans la transformation numérique, responsable pour plusieurs, de la déshumanisation de la société ?
Certes, l’économie numérique force à réinventer les valeurs et les approches dans tous les domaines. Je pense que la digitalisation de l’entreprise est aussi une aventure humaine et elle ne peut en aucun cas être envisagée de façon isolée qui se limite à un point de vue technologique (Big data, Iot, Blockchain par exemple).
L’approche human-centric veut simplement dire qu’il faut remettre l’humain au cœur de la transformation: client, collaborateur ou partie prenante de l’écosystème de l’entreprise, qu’il ne faut pas oublier, entre toute cette data, automatisation, collecte de données, etc., que l’Humain est un élément essentiel qui doit rester au centre des préoccupations. Il est clair que les données collectées n’auront aucune valeur sans le jugement humain, sans un contexte humain. Il est temps d’engager un process créatif où le client potentiel est au centre de la stratégie de l’entreprise, où l’adhésion des collaborateurs à la vision et la mission de l’entreprise et leur bien-être au travail sont à la base de la démarche. Un esprit innovant et entreprenant remplace la prise de risque et la lourdeur des process qui ont tendance à paralyser un nombre important d’organisations. Face aux enjeux environnementaux mondiaux et la prise de conscience des citoyens et consommateurs, je dirai qu’il n’est plus possible d’envisager la performance économique à long terme sans la performance sociale.

ENC• Avec un tissu économique majoritairement conçu de TPME, les graines du changement seraient-elles adaptées au sol marocain ?
Absolument. Après tout, les principes de SEEDS of change, ou graines du changement, s’articulent autour de l’agilité et la résilience. Ce sont là deux principes fondamentaux pour développer le business model du futur. C’est le mindset même de la TPME : L’agilité et la forte capacité à adapter des changements constants, et évoluer en continu. La culture start-up est moins rigide, et encourage aussi l’innovation frugale, dont on a été témoins en 2020. Le Maroc a fait preuve d’expérimentation et d’opérationnalisation de solutions concrètes disruptives.
Le monde change à une vitesse vertigineuse, pour suivre la cadence l’on devrait semer les bonnes graines de changement pour co-créer un futur durable.