Une accélération progressive de la croissance est attendue après 2022

• Le PIB réel devrait croître de 2,4% en moyenne sur la période 2022-2024
• Les déficits jumeaux devraient s’améliorer à mesure que la crise s’estompe
• Le Maroc doit faire face à des défis liés entre autres aux vulnérabilités macro-financières.

L’économie marocaine se remet progressivement du choc de la pandémie. C’est ce qui ressort du dernier rapport de la Banque mondiale sur le pays. En effet, la croissance du PIB réel devrait atteindre 5,3 % en 2021, et 3,4 % en moyenne sur la période 2022-2024. Le rebond en 2021 serait principalement dû à une croissance du secteur agricole à deux chiffres grâce à une pluviométrie favorable, et un important effet de base suite à une année de pandémie. Ainsi, le PIB réel ne retrouvera son niveau pré-pandémique qu’en 2022, avec un taux de croissance de 3,2%, en raison notamment de la normalisation de la production agricole qui entraînera une légère contraction du secteur primaire.

Cela dit, cette reprise devrait rester asymétrique, étant donné que le tourisme international et le secteur des services resteraient affectés par les restrictions mondiales liées à la pandémie, dont la suspension récente des liaisons maritimes et aériennes avec l’Europe. En revanche, une accélération progressive de la croissance est attendue après 2022, en lien avec la mise en œuvre progressive de l’important agenda de réforme du gouvernement.

Sur le plan macroéconomique, la Banque mondiale prévoit une diminution progressive du déficit budgétaire, pour s’établir à 6,7% du PIB. Cette amélioration est soutenue par le redressement attendu des impôts indirects, qui devraient compenser les dépenses croissantes liées à la masse salariale et aux subventions au gaz de pétrole liquéfié. De 2022 à 2024, le déficit budgétaire devrait continuer de se résorber, du fait du redressement des recettes fiscales et de la modération des dépenses publiques.

Les besoins de financements bruts du Trésor devraient également se stabiliser d’ici à 2024 et atteindre en moyenne 16,5% du PIB par an, contre 20,1% du PIB en 2020. A contrario, le déficit du compte courant devrait augmenter à 3,7% en 2021, puis progressivement diminuer d’ici à 2024. En cause, une augmentation des importations expliquée par la reprise de la demande intérieure et la hausse des prix de l’énergie, à laquelle contribuera la récente interruption du gazoduc Maghreb–Europe.

Certaines exportations devraient retrouver leurs niveaux d’avant-crise, telles que l’automobile, au moment où d’autres, comme l’agro-industrie, devraient maintenir leur rythme d’expansion. Cependant, le redressement des recettes touristiques devrait prendre du temps et le niveau des transferts des MRE devrait se stabiliser à mesure que l’impact économique du choc se dissipe. Idem pour les flux nets d’IDE, qui continueront à couvrir une partie substantielle des besoins de financement extérieur du Maroc.Il faut dire aussi que le bon accès du gouvernement marocain aux prêts bilatéraux et multilatéraux et aux marchés financiers internationaux contribuera également à financer l’économie, et à maintenir les réserves internationales à un niveau confortable.

En somme, des perspectives de développement favorables sont attendues et qui s’inscrivent dans le cadre du processus de réformes qu’a lancé le Maroc comprenant entre autres celle du secteur public, la modernisation du système de protection sociale et le soutien de la reprise de l’investissement privé. Le gouvernement compte notamment rendre opérationnel le Fonds Mohammed VI pour l’investissement pour soutenir les PME, mettre en place un système fiscal simplifié et incitatif, adopter la nouvelle charte de l’investissement et appliquer la loi-cadre sur la réforme fiscale, ainsi que la nouvelle feuille de route sur la formation professionnelle.

Le Nouveau modèle de développement vise également à accélérer la croissance de la productivité et l’accumulation de capital humain. Néanmoins, la croissance résultant de l’ensemble de ces réformes ne pourrait se matérialiser que graduellement, surtout aussi que la crise a accru les vulnérabilités macro-financières du Maroc.

La Banque mondiale a rappelé que les enquêtes existantes suggèrent que le secteur des entreprises est encore loin d’être entièrement rétabli, et de nombreuses entreprises déclarent être dans une situation de liquidité difficile. Dans ce contexte, une recrudescence des faillites d’entreprises et des défauts de paiement ne peut être écartée. Dans un tel scénario, l’assise financière et la capacité de prêt du secteur bancaire seraient compromises, affectant les finances publiques par le biais des passifs éventuels associés aux programmes de garantie des prêts.

De même, la stratégie de soutien et de relance a également accru les risques budgétaires. Les différents systèmes de garantie mis en place pour soutenir la trésorerie des entreprises face à l’impact de la pandémie tels que Damane Oxygène, ont jusqu’à présent contribué à prévenir les faillites d’entreprises. Cependant, ces garanties s’ajoutent à un stock préexistant élevé de dettes garanties aux entreprises publiques, et constituent un risque budgétaire important, car certaines des entreprises récipiendaires pourraient encore faire faillite, en particulier dans des secteurs comme le tourisme, toujours confrontés à une situation difficile et dont l’activité devrait rester en dessous du niveau pré-pandémique à court terme.

En effet, la dette totale des entreprises publiques s’élevait à 27,2 % du PIB à la fin de 2020, et la dette extérieure garantie par l’État, principalement libellée en devises étrangères, représentait 60 % de ce montant (16 % du PIB à fin 2020), exposant les emprunteurs au risque de change. Dans ce contexte, les réformes en cours de la Caisse centrale de garanties et du secteur des entreprises publiques sont particulièrement pertinentes, non seulement comme moyen d’améliorer l’efficacité du secteur public, mais aussi d’atténuer les risques budgétaires.