Un plan de relance pour le textile en préparation

A la demande du ministère, le cabinet McKinsey a finalisé une étude. Elle devait être présentée à  la profession jeudi 4 décembre.
Les industriels veulent des mesures urgentes pour la logistique, la douane et la flexibilité de l’emploi.
Un accord devrait être signé entre le gouvernement et le secteur avant fin décembre.

Le ministère du commerce et de l’industrie se prépare à annoncer, dans les prochains jours, un plan de soutien aux secteurs industriels stratégiques retenus dans le plan Emergence. Elaboré sur la base des conclusions d’une étude entamée en septembre dernier par le cabinet McKinsey qui a travaillé en collaboration avec les associations professionnelles concernées, ce plan comporte des mesures transversales s’inscrivant dans la politique industrielle globale. Le ministre du commerce et de l’industrie, Ahmed Chami, a entamé les discussions sur ces conclusions, tenues jusque-là secrètes, avec les partenaires concernés, notamment le ministre des finances, celui du commerce extérieur et l’administration des Douanes. L’étude sera aussi présentée par le ministère aux associations professionnelles. Et la première réunion devait avoir lieu jeudi 4 décembre, avec l’Association marocaine des industries du textile et de l’habillement (Amith) dont les responsables, bien qu’associés à l’étude de McKinsey, soulignent «ignorer le détail du contenu de ce plan de soutien».

Baisse de consommation sur tous les marchés importateurs de textile et habillement marocain en 2009
En attendant, à l’Amith, on explique que, suite à une réunion tenue le 11 octobre, la profession a interpellé les pouvoirs publics sur l’état du secteur, pour qui 2009 risque d’être beaucoup plus difficile que les derniers mois de 2008. «Non pas parce qu’il y a une crise de compétitivité de notre industrie textile, mais en raison de l’impact de la crise financière internationale et donc de la baisse de la consommation qui a fortement touché les clients du Maroc», est-t-il expliqué auprès de l’Amith.
Au sein de l’association, on dit vouloir transformer la menace qui pèse sur le secteur en opportunités. Et cela ne peut se faire que par la mise en place rapide de réformes. Pour 2009, le risque a été évalué, selon l’Amith, durant les deux dernières semaines, dans le cadre de plateformes de réflexion organisées à Marseille avec les acheteurs qui ont rendu publics leurs pronostics, et à Marrakech, avec des enseignes françaises et avec l’Institut français de la mode (IFM) qui a également fait part de ses perspectives pour l’année 2009.
De ces réunions, il ressort une baisse de la consommation sur pratiquement tous les marchés importateurs du textile et habillement marocain. Cette baisse sera respectivement de 5 %, 4 % et 3 % pour l’Allemagne, l’Espagne et la Grande-Bretagne. Le marché français résistera mieux car les Français n’ont pas, semble-t-il, réduit leurs achats de vêtements. D’ailleurs, selon les statistiques d’octobre, une légère reprise (+1%) des exportations marocaines est enregistrée sur ce marché. Pour faire face à ces perspectives, l’association a soumis aux pouvoirs publics des mesures qui devraient, de l’avis de ses membres, entrer en vigueur d’ici la fin décembre.

Les exportations reculeront de 8 à 10% au terme de cette année
L’Amith estime que, pour l’heure, le plus grand atout du Maroc est sa proximité de l’Europe. Pour garantir une forte réactivité, il faut toutefois dépasser certaines rigidités qui font obstacle au «just in time». Tout d’abord, les professionnels estiment qu’il faut transcender la rigidité de la Douane, même si celle-ci a fait de gros efforts ces dernières années.
Le plus urgent est cependant de s’attaquer à la logistique, donc à l’acheminement des intrants, qui se fait sur une à deux semaines. Sachant que la commande est à réaliser sur 3 semaines, cette lenteur est un gros désavantage. L’idéal pour les industriels du textile serait de créer un pont aérien entre le Maroc et la Turquie, fournisseur d’intrants, notamment le coton, pour pouvoir gagner deux semaines.
Par ailleurs, les opérateurs recommandent plus de souplesse au plan social, notamment sur deux points : la reconduction du contrat à durée déterminée et les heures supplémentaires. Celles-ci sont aujourd’hui plafonnées à 100 heures par an et par salarié (soit 2 heures par semaine), un dispositif qui n’existe encore qu’au Maroc.
Sur le volet financier, et pour couvrir les entreprises qui prennent des risques, on préconise d’agir sur la durée des crédits documentaires et sur les lignes de préfinancement. D’ailleurs, l’Amith a signé une convention avec la Société marocaine d’assurance à l’export (Smaex) renforçant le dispositif d’assurance-crédit à l’exportation.
Ce sont là, en gros, les mesures jugées prioritaires par le secteur textile dont les exportations enregistreront, pour l’exercice en cours, une baisse de 8 à 10 %. Selon les dernières statistiques arrêtées à fin octobre, la baisse se situe à 7,5% et les exportations représentent en valeur 26 milliards de DH, contre 28 milliards pour la même période de l’année dernière. La plus forte baisse, soit 35 %, a été enregistrée sur le marché britannique en raison d’une perte de change de l’ordre de 24%.
Si de telles baisses peuvent paraître normales au vu de la conjoncture actuelle en Europe, il n’en demeure pas moins que l’industrie du textile-habillement, pourtant retenue comme un des moteurs de l’économie dans le programme «Emergence», attend depuis longtemps la concrétisation de son propre plan qui, contrairement à l’offshoring, n’a pas beaucoup avancé.