Un nouveau taux plancher pour les crédits à  taux variables

Les taux d’intérêt ne seront plus indexés sur les bons du Trésor pour éviter les perturbations. Une référence monétaire unique servira de base au calcul des taux dès 2009. Une courbe monétaire est nécessaire pour être en ligne avec les standards internationaux.

C’est une mini-révolution. Bank Al Maghrib (BAM) se prépare à annoncer, au cours des semaines à venir, un changement dans le mode de calcul du taux de référence pour les crédits à l’économie à taux variable. BAM est en effet en train de revoir, en concertation avec le ministère des finances et le Groupement professionnel des banques du Maroc (GPBM), le mécanisme d’indexation des taux d’intérêt.

L’objectif étant de permettre aux banques d’accorder des financements à des conditions conformes à celles du marché monétaire et non à des conditions influencées par les perturbations de l’offre et de la demande des opérateurs sur le marché de la dette.

Jusqu’à présent, les crédits à taux variable étaient indexés sur les bons du Trésor. A titre d’exemple, le taux d’un crédit logement à long terme (durée supérieure à 7 ans) est indexé sur le taux moyen pondéré (TMP) des bons du Trésor de maturités 10 et 15 ans sur les six derniers mois. Ainsi, quand les rendements de ces bons varient, les banques révisent les taux d’intérêt appliqués à la clientèle aux dates anniversaires des crédits et proposent aux nouveaux clients des taux conformes aux nouvelles références.

Ce système d’indexation arrangeait tout le monde ces dernières années puisque la tendance des rendements des bons du Trésor était à la baisse. En effet, la surliquidité structurelle qui caractérisait le système financier marocain jusqu’en 2006 a favorisé la détente des taux obligataires et, par conséquent, ceux des crédits à l’économie (les taux variables des crédits à long terme ont baissé jusqu’à 5,07%).

Les banques ont vu la demande sur les crédits exploser et les clients pouvaient accéder au financement à des conditions très avantageuses. Cependant, en 2007, les rendements des bons du Trésor ont connu une forte correction à la hausse suite à l’assèchement des liquidités sur le marché, ce qui devait normalement tirer à la hausse les taux des crédits.

Heureusement, le Trésor n’a pas levé de fonds sur les maturités longues du marché primaire (référentiel pour les taux variables), empêchant ainsi la répercussion de la hausse sur les crédits. Par conséquent, les taux d’intérêt des crédits sont restés inchangés. Cette situation dure depuis mars 2007 et les observateurs se demandaient jusqu’à quand l’Etat allait tenir sans lever de fonds à long terme ?

Les taux seront corrélés au loyer de l’argent sur le marché monétaire
Afin de permettre au marché de la dette de fonctionner sans perturber les taux des crédits, et aux banques d’accorder des financements en ligne avec les conditions du marché, Bank Al-Maghrib et ses partenaires étudient les modalités d’indexation des taux d’intérêt sur le marché monétaire. Selon une source autorisée à la banque centrale, «il s’agira, dans un premier temps, d’indexer les taux de référence sur le TMP du marché monétaire sur une période donnée».

Concrètement, ce sera la moyenne du taux interbancaire sur une échéance donnée, par exemple six mois, qui servira de base au calcul des taux. Ces derniers seront ainsi corrélés au loyer de l’argent sur le marché monétaire.

Il faudra de prime abord fixer la référence pour chaque maturité (court, moyen et long termes), déterminer le traitement des anciens dossiers de crédit ainsi que plusieurs autres aspects qui seront touchés par la nouvelle indexation. «Le nouvel indice de référence sera mis en place au courant de l’année prochaine», précise-t-on à la banque centrale.

Normalement, l’indexation sur les bons du Trésor devait céder la place à un indice de référence établi par les banques elles-mêmes, à l’instar de ce qui se pratique à l’international, Euribor en Europe, par exemple (voir encadré). Mais, en l’absence d’une courbe monétaire au Maroc (cotation des banques en matière de taux), il ne peut y avoir pareil référentiel pour les taux d’intérêt. Notre secteur bancaire doit dans ce sens, et rapidement, s’aligner sur les standards internationaux.