Un déficit budgétaire de 487 MDH pour les 5 premiers mois

A la même période en 2007 et 2008, les comptes de l’Etat enregistraient des excédents respectifs de 2,6 et 8,1 milliards DH.
En cause, une forte baisse des recettes fiscales et une hausse des investissements.

Après l’aisance financière des années 2007 et 2008, voici venu le temps des vaches maigres pour les finances de l’Etat. Comme cela est déjà prévu dans la loi de finances de 2009, l’actuel exercice devrait en effet se solder par un déficit budgétaire, et la seule inconnue reste le niveau de ce déficit : est-ce 3% du PIB comme le prévoit le gouvernement ? Ou bien un peu moins, selon les estimations du Haut commissariat au plan (HCP) ? Ou encore, hypothèse à ne pas exclure, un déficit au-delà de 3% ? Tout dépendra du comportement de l’économie au second semestre, donc des recettes fiscales, mais aussi, on l’oublie souvent, du niveau de réalisations des dépenses ; sachant que certaines rubriques de dépenses ne sont pas toujours réalisées en totalité.
Pour le moment en tout cas, l’exécution de la Loi de finances 2009, sur les cinq premiers mois de l’année, comme en attestent les derniers chiffres publiés par la direction du Trésor, s’est soldée par un déficit de 487 MDH. Ce résultat, pour l’apprécier, est à comparer aux mêmes périodes de 2007 et 2008 au cours desquelles, au contraire, un excédent respectivement de 2,6 et 8,1 milliards de dirhams avait été enregistré.
C’est que cette année, les recettes budgétaires n’ont pas été aussi vigoureuses qu’elles l’avaient été en 2008. En particulier les recettes fiscales (90% des ressources budgétaires), qui sont en baisse de 9,4 milliards DH (-12,6%)  par rapport à leur niveau de mai 2008, reculant de 74,4 milliards DH à 65 milliards DH.
Faut-il y voir là l’impact de la stagnation de l’activité hors agriculture, ou bien y a-t-il aussi dans ce résultat un effet de correction, sachant que 2008 a été une année de forte envolée des recettes fiscales ? Les chiffres, en tout cas, montrent bien que si sur les cinq mois de 2009, les recettes fiscales ont baissé de 9,4 milliards DH par rapport à leur niveau de mai 2008, elles demeurent malgré tout supérieures de 8,5 milliards DH par rapport à mai 2007. Ce qui laisse penser que la baisse de cette année trouve au moins une partie de son explication dans l’exceptionnelle recette réalisée en 2008, au cours de laquelle en effet la hausse avait été de 17,9 milliards DH par rapport au même mois de 2007. Et ce constat, c’est-à-dire l’influence de l’effet correcteur sur le résultat de cette année, semble être corroboré par le fait que 2008 aussi, et quoi qu’on dise, a été affectée par la crise au cours du dernier trimestre, au minimum.
S’agissant des recettes non fiscales, en revanche, elles ont quasiment stagné : 6,83 milliards DH contre 6,86 milliards DH (-0,4%). Il faut préciser ici qu’en mai 2007, les recettes non fiscales s’élevaient à 7,6 milliards DH, un niveau légèrement plus élevé donc que les deux années suivantes.

Les dépenses de compensation reculent de 77,7 %
Mais le déficit budgétaire aurait pu être beaucoup plus important si les dépenses ordinaires n’avaient pas, elles aussi, baissé. Avec la dégringolade des prix des matières premières notamment, les dépenses de compensation ont chuté de 77,7% (-9,5 milliards DH), revenant de 12,5 milliards DH à 2,7 milliards entre les deux périodes. Et cette baisse a largement couvert la hausse des charges de biens et services qui se sont, elles, appréciées de 11,4% (+5,1 milliards DH), en liaison notamment avec les revalorisations salariales (+7,5% ou
+2,15 milliards DH); les dépenses de personnel s’élevant à 30,8 milliards DH contre 28,66 milliards un an auparavant.
La dette du Trésor, par contre s’est repliée de 3,7%
(-311 MDH), sous l’influence de la baisse des intérêts de la dette intérieure. Au total, les dépenses ordinaires ont reculé de 7,1%  (-4,7 milliards DH) à 61,4 milliards.
Les dépenses d’investissement, en revanche, ont fortement augmenté (+21,6% ou +4,3 milliards DH), s’établissant à 24,6 milliards DH, soit 64,4% de l’enveloppe prévue dans la loi de finances 2009. Il faut dire que le gouvernement s’est montré résolument volontariste en engageant des crédits d’investissement fort élevés (plus de 38 milliards DH) au titre du budget général 2009 (sans compter les investissements publics, faisant monter l’enveloppe globale à 135 milliards DH). Et c’est cette dynamique d’investissement public qui sert en quelque sorte d’amortisseur de la crise. De ce point de vue, le déficit budgétaire enregistré sur les cinq premiers mois de cette année découle certes de la baisse des recette fiscales, mais il trouve aussi son origine dans la hausse des investissements. Et c’est là où, souvent, naît la polémique. Les keynésiens par exemple, diront qu’il s’agit là d’un «bon» déficit puisqu’il sert à financer la relance, alors que pour les partisans de l’orthodoxie budgétaire, il n’y a que de «mauvais» déficits.
Au-delà de ce débat, qui ne sera de toute façon jamais tranché, se pose, dans tous les cas, la question du financement de ce déficit : recourir à l’endettement ou augmenter les impôts ?
Vu la tendance à la baisse de la fiscalité, le seul moyen de financer le déficit c’est le recours à l’emprunt.
Et l’on peut considérer que cette alternative ne présente pas vraiment de contrainte, sachant que la dette du Trésor est aujourd’hui largement en dessous du seuil (60% du PIB) généralement admis dans ce domaine, puisqu’elle s’établit plus exactement à 47,3% du PIB. Autrement dit, l’Etat dispose d’une marge confortable pour pouvoir, au besoin, s’endetter. Mais, à en croire le ministère des finances, on n’en est pas encore là et, pour l’instant, l’Etat n’a pas encore des fins de mois difficiles..