Un début d’année morose pour le tourisme

Les touristes français boudent la destination Maroc. Les professionnels sont inquiets, mais restent néanmoins optimistes. Les marchés anglais et allemand, encore relativement solides, ne sont pas en mesure de combler la chute des arrivées françaises.

Les statistiques du secteur du tourisme à fin février ne doivent vraiment pas être bien brillantes pour que les professionnels rechignent à nous les communiquer. Seule Agadir a publié ses chiffres. En les parcourant, il apparaît évident que la situation est morose: les arrivées sont en baisse de 3,11% et les nuitées de 8,64% par rapport à la même période de l’année dernière. La perte d’activité enregistrée du côté des marchés français (-10,58% en arrivées et -15,01% en nuitées) et polonais (-39,71% et -24,70%) sur le seul mois de février explique en grande partie cette tendance confirmée par un taux d’occupation moyen de 43,96% en février contre 49,42% au même mois de 2015. Inquiets, les professionnels espèrent beaucoup des partenariats conclus par l’Office national marocain du tourisme (ONMT) avec des tour-opérateurs russes.

A Marrakech, le constat est légèrement plus optimiste. «La fréquentation des hôtels de la ville est loin d’être catastrophique, mais nous pourrions faire beaucoup mieux, notamment en matière d’aérien», nous confie un professionnel de la ville ocre. «Personne ne veut parler des chiffres car ils sont mauvais, les touristes français ne sont pas là. De nombreux marchés émetteurs sont en berne, à l’exception des marchés anglais et allemands, mais ces derniers sont encore incapables de compenser le marché français», ajoute une autre source. En 2015, 3,3 millions de Français ont visité le Maroc. Ils étaient un peu plus de 600000 Allemands et près de 660000 Britanniques.

A Fès, une légère reprise se profile. «Le secteur repart très doucement mais je ne pense pas que nous ferons mieux que l’année dernière. Cette année, le début de la haute saison pour la région, généralement à compter du début du mois de mars, a pris 15 jours de retard», confie Driss Faceh, président du Conseil régional du tourisme (CRT). Ce dernier ajoute qu’un plan d’action «ambitieux» a été arrêté avec l’Office national marocain du tourisme (ONMT).

Un plan d’action ambitieux se met en place à Fès

Deux axes de travail sont en train de se mettre place. Le CRT espère d’abord développer le tourisme religieux en facilitant notamment l’arrivée des pèlerins tijanis en provenance d’Afrique de l’Ouest (Sénégal, Ghana, Côte d’Ivoire, etc.). «Un appel d’offres sera lancé pour l’ouverture d’une ligne aérienne Dakar-Fès. Si nous avons l’aérien, nous pouvons dans un premier temps espérer atteindre 1% de ce que représentent les pèlerins tijanis, à savoir près de 300 millions de personnes dans le monde. Actuellement, Fès en accueille chaque année environ 100000», explique Driss Faceh. Ce dernier a également prévu de renforcer les éductours puisque 1200 agents européens, contre moins de 400 en 2015, seront invités à visiter la région pour la programmer dans leurs agences de voyages.  Si la tendance semble morose dans les destinations marocaines, il faut toutefois relativiser. Les seuls mois de janvier et février ne peuvent à eux seuls donner une tendance de début d’année et encore moins présager du reste de l’année. Néanmoins, les professionnels réfléchissent d’ores et déjà à la meilleure façon d’éviter le pire.