Un an que la recherche biomédicale est suspendue, les chercheurs s’inquiètent

En attendant, les chercheurs réclament une circulaire pour débloquer la situation. 44 millions de DH de budgets alloués à  la recherche ont été perdus en 2010.

Le ministère de la santé veut mettre de l’ordre dans la recherche biomédicale. Un projet de loi dans ce sens déjà examiné par le conseil des ouléma sera incessamment remis au Secrétariat général du gouvernement (SGG). Ce projet de loi fixe les conditions de réalisation des travaux de recherche qui portent sur quatre points essentiels : l’acceptation, après réflexion, de la personne se soumettant aux travaux de recherche, la possibilité de se désister à tout moment sans aucune conséquence, la prise en charge de tout risque d’aggravation de l’état du patient par une assurance internationale et la compétence reconnue du chercheur. Le projet prévoit une prise en charge post-recherche et une protection pour les malades mentaux, les enfants, les femmes enceintes et les mineurs. Par ailleurs, il fixe les règles de la rémunération des chercheurs qui est établie par le Comité d’éthique. Le contenu du projet de loi est largement inspiré de la codification internationale de la recherche adoptée en 1996 par les Etats-Unis, l’Europe, le Japon et le Canada.

Amalgame entre la recherche biomédicale et celle concernant la promotion de la prescription ?

Mais en attendant que le projet soit adopté, la recherche biomédicale est suspendue depuis janvier 2010. Cette décision a surpris les médecins chercheurs dans la mesure où elle était pratiquée depuis une quinzaine d’années malgré le vide juridique. «On a laissé faire pendant 15 ans et subitement on décide d’arrêter ! Cela constitue une triple perte : sociale puisque les patients ne peuvent pas bénéficier des innovations scientifiques, technique, puisque le transfert de technologie ne peut se faire sans recherche et financière, puisque l’on perd les budgets de recherche octroyés par des institutions privées étrangères», déplore Farid Hakkou, professeur de médecine en pharmacologie clinique et président du Comité d’éthique de la Faculté de médecine de Casablanca. Les budgets de recherche estimés à 4 millions d’euros (44 MDH) par an sont octroyés par des institutions privées qui sont généralement des laboratoires pharmaceutiques ou des fabricants des appareillages médicaux.
Et pour mieux comprendre la décision du ministère de la santé, le professeur Hakkou pense que «probablement l’administration fait l’amalgame entre la recherche biomédicale et la recherche pour la promotion de la prescription». En effet, il est important, de l’avis des professeurs chercheurs, de faire la distinction entre les deux types de recherche. Dans le premier cas, les travaux ont pour objectif de développer des innovations à caractère thérapeutique (médicaments et opérations) ainsi que des méthodes nouvelles de diagnostic. Alors que le second cas, contesté par la majorité des médecins chercheurs, vise la promotion des médicaments. Outre cette précision, les professeurs chercheurs estiment que la confusion, si elle est faite par l’administration, risque de créer un grand flou dans le domaine scientifique. Et ceci dans la mesure où la suspension peut aboutir à la paralysie de tous les travaux de recherche y compris les thèses qui sont en cours dans les Centres hospitaliers universitaires (CHU).
Des contacts ont eu lieu, début 2011, entre les professeurs chercheurs et le ministère de la santé a donné son accord de principe pour l’organisation d’une réunion avec les commissions de chercheurs des CHU et les Comités d’éthique pour étudier le problème, apprend-on.
Nous avons tenté en vain de joindre Yasmina Baddou, ministre  de la santé. On rappellera toutefois  que, depuis 1995, son département a octroyé les autorisations de recherche suite à la validation des projets d’essais par les Comités d’éthique des Facultés de médecine de Casablanca et de Rabat.
Durant les quinze dernières années, douze à seize essais en moyenne sont réalisés annuellement. En 2010 et suite à la suspension décidée en janvier, aucune recherche n’a été effectuée. Cette situation risque de durer, déplore Farid Hakkou qui réclame, à l’instar des autres membres de la communauté scientifique, la publication d’une circulaire réglementant la recherche, en attendant l’adoption du projet de loi.