Tribulations d’un projet de banque pour PME

Le tour de table devrait comprendre le promoteur, en l’occurrence le Crédit
International & Financier Experts Conseil Inc, la BAD et une banque locale
La rentabilité du projet est assurée dès la troisième
année.

Un projet pouvant améliorer la vie des PME ? Il existe, mais sa concrétisation n’est pas pour demain. Un projet de création d’une société spécialisée dans les techniques de financement et d’accompagnement des PME a été présenté à différentes banques marocaines à fin 2002. L’initiative vient de CIF (Crédit International & Financier Experts Conseil Inc), spécialiste canadien de l’accompagnement des PME. Il s’agit de la création d’une institution financière pour l’assistance technique, la formation et le financement d’actifs.
Une étude de faisabilité relative au marché marocain a été réalisée par CIF en partenariat avec Corporation Financière Brome, filiale de la Banque Laurentienne du Canada. Les conclusions sont éloquentes. Non seulement le besoin est patent, mais la rentabilité de la future institution y est fortement soulignée.

Les fonds propres de départ arrêtés à 300 MDH
Selon des sources bien informées, les promoteurs canadiens ont été séduits par le taux de croissance des PME au Maroc. Dans la présentation qui a été soumise à Abderrazzak El Mossadeq, ministre des Affaires économiques et générales et de la Mise à niveau, les promoteurs du projet soulignent que la croissance annuelle de 5 % du nombre de PME au Maroc est une opportunité pour les affaires.
L’étude financière démontre, quant à elle, qu’avec une pénétration de seulement 4% des entreprises inscrites à la CNSS, les prévisions tablent sur une cible clientèle de 4 000 entreprises marocaines. Les mêmes prévisions annoncent la création de 100 000 emplois de haute qualification.
La répartition par affectation des revenus de financement fait ressortir une belle part pour le financement des PME (63%), suivi du service conseil à hauteur de 32 % et des services formation avec 5 %. «L’ensemble des hypothèses utilisées dans les prévisions démontre que le rendement annuel sur fonds propres pourrait se situer entre 12 et 15 % à la fin de la cinquième année et que le seuil de rentabilité serait déjà atteint au cours de la troisième année», explique la note de présentation du projet.
Le tour de table de l’institution devrait être constitué par CFI et la BAD (Banque africaine de développement), qui a conditionné son entrée dans le tour de table à la participation d’une banque de la place. Les fonds propres au démarrage sont fixés à 300 MDH, répartis à part égale entre les trois partenaires.
Avec ces chiffres à l’appui et une étude de 300 pages, les promoteurs du projet tournent en rond depuis fin 2002. Après des consultations avec la BNDE et la CDG, ils ont pris contact avec BMCE Bank. Mais depuis l’été dernier, c’est le statu quo. «Nous sommes intéressés par ce projet car il est complémentaire à notre métier», confie pourtant M’Fadel El Halaïssi, directeur général adjoint à BMCE Bank. Effectivement, le dossier a atterri chez BMCE Capital qui a demandé une contrepartie financière pour la consultation et la facturation de la contre-étude de faisabilité. Les Canadiens n’ont pas donné suite à cette requête et les contacts sont rompus depuis. Ils reviennent à la charge au cours de ce mois de janvier. Hammad Kessal, président de la Fédération de la PME, n’arrive pas à expliquer ce blocage : «J’ai suivi ce dossier depuis le début. Il est important pour notre secteur, mais je n’arrive pas à expliquer pourquoi il a traîné alors que Abderrazak Mossadeq a formulé son soutien politique et que toutes les personnes contactées ont manifesté leur enthousiasme face à la pertinence du projet», explique-t-il. La prochaine visite des promoteurs de ce projet devra-t-elle le relancer ? Personne ne peut le confirmer. Il faut attendre pour en avoir le cœur net.