Très bonne campagne céréalière ? Encore tôt pour se prononcer

Les réserves en eau du sol sont abondantes et la croissance végétative est bonne.
Pour le reste de la campagne, des précipitations normales devraient suffire pour l’obtention d’un bon rendement.
Le respect de l’itinéraire technique constitue toutefois un facteur déterminant.

Le niveau des précipitations jusque-là enregistré augure d’une campagne parmi les plus performantes de ces dernières années, même s’il faudra encore deux mois pour déterminer si la récolte sera très bonne, ou juste bonne. Cette dernière appréciation étant aujourd’hui une quasi-certitude. Selon des observateurs, les inondations qui ont réduit les espoirs de beaucoup d’agriculteurs dans le Gharb ne devraient pas avoir de graves conséquences sur le résultat final global, si, bien sûr, la situation pluviométrique reste favorable. Cette région ne représente, en effet, que 6 % de la superficie céréalière totale et les pertes sont estimées à 50 %, soit entre 100 000 et 150 000 ha.
Pour le reste, les réserves en eau du sol sont abondantes et la croissance végétative est bonne. Le stade prédominant dans les différentes régions du pays est la montaison avec début d’épiaison par endroits. Mais il est constaté des variations importantes dans chaque région et quelquefois au sein de la même parcelle.
Relevons à ce propos que les besoins en eau des céréales varient selon les stades de développement de la culture (voir encadré). La phase la plus sensible au déficit hydrique est la montaison-épiaison (selon les régions, la montaison s’étale de mi-février à fin mars et l’épiaison, courant avril), suivie de la phase de  maturation du grain (mai). Les précipitations printanières sont donc habituellement déterminantes pour la composition du rendement, et les sécheresses de fin de cycle peuvent être dommageables (échaudage).

Le désherbage chimique est souvent négligé
Pour la suite de cette campagne, des précipitations normales devraient suffire pour l’obtention d’un bon rendement, sachant que sur les sols lourds, là où les réserves hydriques sont plus élevées, la forte capacité de rétention permet aux cultures de terminer le cycle même avec de faibles précipitations.
Cependant, l’excès de pluies a provoqué un lessivage des engrais azotés et les parcelles où des apports d’engrais de couverture ont été effectués se distinguent nettement. Il a également rendu plus difficile l’accès aux parcelles pour le désherbage chimique, alors que la réalisation de ces opérations constituera un facteur déterminant pour le rendement final.
Et même sans cette contrainte, il faut dire que ce désherbage chimique est souvent peu et mal effectué. Ainsi, selon les professionnels du secteur phytosanitaire, seulement 450 000 ha, soit 15 à 20% des superficies totales semées en blés (dur et tendre), sont désherbés en année normale contre les dicotylédones. Pour les anti-graminées, les produits étant plus coûteux et peu utilisés par les agriculteurs, 50 000 à 60 000 ha sont traités annuellement, soit 2,5 % environ des superficies totales en blé.

Un meilleur encadrement des producteurs permettrait de maximiser les rendements
En plus des produits de qualité, la principale condition pour réussir le désherbage est l’utilisation de matériel de traitement approprié. Or, malgré la subvention du matériel agricole, dont les pulvérisateurs, les agriculteurs sont peu nombreux à s’en équiper. Parmi les raisons invoquées, le manque de vulgarisation auprès des petits agriculteurs, peu conscients des dégâts causés par les adventices, pouvant réduire le rendement final de 15 à 70 %, selon le degré d’infestation, la nature des adventices ou la région.
En amont, l’autre aspect important de l’itinéraire technique garantissant un bon rendement porte, en plus d’un bon assolement (précédent cultural) et d’une préparation du sol et des engrais de fond adaptés, sur l’utilisation de semences sélectionnées offrant des potentialités génétiques que les bonnes méthodes culturales permettent d’exploiter au mieux.
Le problème c’est que, là aussi, on note une faible adhésion des producteurs. Sur le disponible annuel, qui peut aller jusqu’à 1 million de quintaux, seulement 660 000 qx environ sont utilisés alors que les besoins sont estimés entre 7 et 8 Mq pour les 5 millions d’ha emblavés annuellement, indiquent des distributeurs.
En outre, malgré les subventions étatiques, les prix de ces semences sont toujours jugés élevés par les petits producteurs qui préfèrent recourir aux semences communes prélevées sur leur production ou achetées sur les marchés.
L’utilisation de méthodes raisonnées de fertilisation basées sur les analyses du sol, fortement subventionnées par le ministère (50 à 80% selon les années), et sur l’adaptation des apports aux besoins des différentes phases des cultures est un autre facteur permettant d’améliorer le rendement. Cependant, les prix des engrais doivent être mieux contrôlés pour éviter la spéculation lors des périodes de forte demande.
Pour l’avenir des céréales au Maroc, des itinéraires techniques doivent être mis au point pour différentes situations de production en prenant en compte les régions, les cultures, les variétés, les types de sol, la fertilisation…. Ceci, en plus de la recherche de variétés plus performantes.
De plus, la vulgarisation doit être intensifiée; les fournisseurs d’intrants (semences, engrais, produits phytosanitaires) et de machines agricoles peuvent être mis à contribution dans ce cadre. En somme, les actions de promotion que ces derniers effectuent régulièrement auprès des producteurs pourraient être encadrées et orientées vers plus d’efficience et de généralisation. «Pour preuve, les opérations de vulgarisation menées au cours des années 1960 par le ministère de l’agriculture (opérations mécanisation et engrais) avaient donné des résultats spectaculaires», rappelle un ingénieur agronome. Il est nécessaire d’aller plus loin en affinant les techniques et en généralisant l’information surtout chez les jeunes agriculteurs.