Transport par autocar : Karim Ghellab propose une catégorisation des sociétés

Le ministère du transport cherche un consensus en soumettant son projet de réforme aux professionnels.
Le secteur est très atomisé ; La tutelle veut inciter les opérateurs à  se regrouper.

Le ministère du transport et de l’équipement aurait-il décidé de s’attaquer à la réforme du secteur du transport de voyageurs ? En tout cas, les professionnels de ce secteur ont été invités, à travers leurs organisations professionnelles, à donner leurs avis et remarques sur une série de mesures que compte prendre ce département. Ces mesures sont consignées dans un document intitulé Mise à niveau et classification du transport public de voyageurs, et qui n’est sans doute qu’une partie d’un projet de loi en cours d’élaboration.Cela montre que l’on a retenu la leçon de ce qui s’est passé pour le projet de code de la route, actuellement en discussion au Parlement, et ce, au moins sur deux plans.
D’une part, la nécessité d’une concertation avec les professionnels avant l’élaboration du texte. D’autre part, la prudence de mise face à un secteur atomisé et dans lequel les entreprises de taille importante et structurées se comptent sur les doigts d’une main. Du reste, l’un des buts des mesures proposées est d’inciter les entreprises au regroupement. Quelques chiffres suffisent pour illustrer cette situation: 83% des entreprises de transport de voyageurs comptent moins de deux autocars et, malgré une offre pléthorique, plus de 3 000 agréments dans le circuit, le secteur assure tout juste 3% des déplacements des Marocains. Ces derniers sont plus de 42% à se déplacer en voiture, ce qui montre que l’offre de transport de voyageurs reste globalement inadaptée par rapport à la demande, surtout en l’absence d’un réseau ferroviaire dense. En effet, le maillage actuel des lignes de chemin de fer ne permet pas à l’ONCF de dépasser 5% de parts de marché dans le transport du million de personnes qui se déplacent chaque jour entre villes. Cette situation fait que la concurrence entre transporteurs se fait par la baisse des tarifs, au détriment de la qualité.
Aujourd’hui, le ministère propose de classifier les entreprises de transport en fonction du niveau d’organisation et des prestations qu’elles offrent. Trois catégories seraient ainsi définies en fonction de critères liés aussi bien à l’entreprise, qu’au chauffeur et à l’autocar, sans qu’une distinction ne soit faite entre le transport interurbain et le transport touristique.
La première catégorie est celle des transporteurs qui proposent une qualité de prestations minimale, sans pour autant négliger les équipements de sécurité. Ces sociétés seront autorisées à desservir le réseau interurbain à l’intérieur d’une région donnée.
Une catégorie intermédiaire regroupera les autocars qui assureront des liaisons interurbaines sur longue distance.
La troisième catégorie est dite supérieure. Elle concernera les sociétés de taille importante, dont le parc dépasse 20 autocars.
Ces sociétés devraient avoir l’autorisation dite «carte réseau», et non des autorisations de lignes, à l’instar de ce qui se fait actuellement pour une société comme la CTM. En d’autres termes, elles pourront desservir n’importe quelle direction sans limitation de fréquence.

Difficile de trouver un compromis entre petits et grands transporteurs en matière de standards
S’agissant des critères de classement, ils sont nombreux et varient selon la catégorie. Ainsi pour la catégorie supérieure, les conducteurs doivent, par exemple, passer un test de conduite et un test psychotechnique, avoir un contrat de travail en bonne et due forme, suivre des formations de recyclage, avoir une tenue standard et un certain niveau en matière de communication.
De même que le véhicule doit être équipé d’un limiteur de vitesse, d’un chronotachygraphe, de ceintures de sécurité sur tous les sièges, d’une couchette pour le deuxième chauffeur, d’un fichier et d’un contrat de maintenance, sans oublier les écrans vidéo. Quant à l’entreprise, elle doit respecter les normes internationales, disposer d’un système d’information en amont et en cours de route et d’une liste des passagers. Par ailleurs, ces entreprises doivent disposer d’un système de réservation électronique et d’une gestion des bagages efficace.
Les réactions des professionnels face à ces propositions varient selon que les entreprises sont organisées ou non. Ainsi, pour les premières, ces critères ne sont pas trop contraignants, sachant qu’elles répondent déjà à la majorité de ces critères.
Certains ont même proposé de rajouter sur la liste le niveau du chiffre d’affaires pour, disent-ils, lutter contre l’informel. En revanche, les petits transporteurs crient au scandale et redoutent d’être fragilisés davantage. Ce sera donc un exercice difficile que de trouver un compromis pour les trois fédérations regroupant les grands et les petits transporteurs.