Transport : l’Etat fait appel au privé pour les formations obligatoires

Après l’agrément de Promotrans Maroc et Alsa Transport Maroc pour la formation des conducteurs professionnels, c’est au tour de 2ESR d’obtenir l’autorisation de dispenser des formations obligatoires.

Le secteur privé vole au secours du ministère en charge du transport. Depuis la promulgation du nouveau Code de la route en octobre 2010, la tutelle peine à assurer aux conducteurs un nombre suffisant de sessions de formation imposées par la réglementation. Du coup, nombre de conducteurs se sont retrouvés interdits de conduite en raison de leur incapacité à suivre ces formations. Il s’agit d’abord des conducteurs professionnels. Ceux-ci doivent en principe suivre une formation continue obligatoire de 20 à 30 jours après l’obtention de leur permis de conduire afin d’obtenir la carte professionnelle qui leur permet d’exercer. Le renouvellement de cette carte exige également une formation allant de 3 à 5 jours. Dans la pratique, ces conducteurs devaient attendre que l’OFPPT programme des sessions. Récemment, le ministère a accordé l’autorisation à deux entités privées, en l’occurrence à Alsa Transport Maroc et Pormotrans Maroc, pour dispenser également ces formations.

En plus de ces deux établissements, un autre centre de formation privé vient d’ouvrir à Casablanca. Il s’agit de l’établissement d’éducation à la sécurité routière (2ESR). A la différence des deux premiers, celui-ci est destiné principalement au conducteur jugé par le tribunal comme responsable d’un accident de la circulation ayant causé des dommages corporels. Dans la pratique, si la victime d’un accident de la circulation présente un certificat médical d’une durée de 21 jours ou plus, le juge peut condamner le conducteur responsable à un retrait de permis pour une durée déterminée, allant d’un mois à quelques années. Pour récupérer son permis après cette durée, le conducteur doit présenter au centre d’immatriculation dont il relève un certificat attestant qu’il a suivi une formation de conduite d’une durée de 3 jours. Par le passé, seul l’OFPPT était habilité à dispenser cette formation. Or, dans de grandes villes comme Casablanca où le nombre de conducteurs concernés peut être important, il fallait souvent attendre des mois avant de trouver une place libre pour suivre la formation. «Le conducteur se retrouvait alors avec une double peine : la durée d’interdiction de conduire décidée par le tribunal, et le temps d’attente pour trouver une place dans les salles de l’OFPPT», explique Najib Benhaddou, directeur de 2ESR.

La formation coûte 700 DH

C’est pour remédier à cette lacune que le ministère de tutelle a choisi de dupliquer l’expérience des formations relatives à la carte professionnelle à ce type de formation, en autorisant 2ESR à les dispenser depuis le 22 février dernier. «La formation est dispensée dans les mêmes conditions tarifaires que l’OFPPT vu que les prix sont réglementés», ajoute Najib Benhaddou. Selon la loi en vigueur, un conducteur doit s’acquitter de 700 DH de frais, qu’il opte pour l’OFPPT ou pour 2ESR. Au terme de sa formation, il obtient une attestation reconnue par les pouvoirs publics qu’il devra présenter pour récupérer son titre de conduite. A ce jour, 92 personnes ont déjà transité par l’établissement privé et le nombre d’inscrits est en hausse continue. «Dans un premier temps, nous prévoyons d’investir dans de nouvelles salles dans le même local, avant de réaliser une expansion dans d’autres quartiers, voire d’autres régions du Maroc si le besoin s’en fait sentir», annonce le directeur de 2ESR. D’autres établissements pourraient voir le jour dans les mois à venir, ce qui ne manquera pas de soulager les centres de l’OFPPT qui doivent déjà faire face à une forte demande.

En attendant, il convient de rappeler que la formation en question est complémentaire avec celle que suivent généralement les conducteurs chez les auto-écoles avant l’obtention du permis. Plusieurs conducteurs ne l’assimilent pourtant pas encore. Selon le témoignage de Najib Benhaddou, il arrive souvent que des conducteurs se présentent à l’établissement pour demander une attestation contre le paiement des frais exigés par la réglementation, voire plus, sans avoir à se présenter au cours. Or, selon la loi, le conducteur doit justifier sa présence à l’ensemble des modules dispensés durant les trois jours de formation. «Il suffit de rater un module pour ne pas être éligible à l’attestation», insiste le directeur de 2ESR. Ce dernier reconnaît qu’il est parfois contraignant, surtout pour les salariés du secteur privé, de devoir se libérer en milieu de semaine. Néanmoins, il insiste sur le caractère pédagogique de cette formation qui se veut plus riche que celle dispensée dans les cours pour l’obtention du permis. Ainsi, parmi les modules dispensés et qu’exige le ministère de tutelle, il y en a qui traite de l’accidentologie, de la sécurité routière et même du comportement des usagers de la route.