Transport international routier : hausse de 9% de l’activité à fin novembre 2015

Le TIR reste sur la lancée de 2014, avec une nouvelle hausse du nombre de camions transitant par les ports. 5,18 millions de tonnes, soit quasiment le tiers de l’ensemble du trafic unitarisé, ont été transportées. Les opérateurs nationaux subissent la concurrence de leurs confrères étrangers et du transport maritime.

L’année 2015 semble avoir été un exercice fructueux pour le transport international routier de marchandises. D’après les statistiques sur l’activité portuaire à fin novembre dernier, le nombre de véhicules dédiés ayant transité par les différents ports du Royaume a poursuivi sa croissance, atteignant les 227 085. C’est 8,9% de plus qu’à la même période de 2014, année qui avait également connu une forte croissance (+18,2% sur les douze mois). En volume, ces véhicules ont transporté 5,18 millions de tonnes, soit quasiment le tiers de l’ensemble du trafic unitarisé (incluant notamment les conteneurs).

«2015 a connu une augmentation sensible du trafic de marchandises entre le Maroc et l’Europe», explique Jamal Haddi, président de l’Association marocaine des transports routiers internationaux (AMTRI). Selon ce dernier, cette augmentation s’explique par le bon comportement des entreprises d’import/export, notamment les équipementiers automobiles. «Nous avons enregistré une importante croissance chez les équipementiers, que ce soit à Tanger ou dans la zone franche de Kénitra», précise-t-il.

En plus des équipementiers, la bonne campagne agricole de la saison dernière a également fortement contribué à la performance du secteur du transport international routier.

Le démarrage laborieux de la campagne agricole suscite des incertitudes pour 2016

Les exportations agricoles, et particulièrement celles des agrumes, constituent une part importante des produits transportés par camions. D’après les statistiques de l’Office des changes, les exportations des secteurs de l’agriculture et l’agroalimentaire ont augmenté de 10,8% en valeur en 2015. Cette donne est particulièrement importante pour analyser le comportement du secteur du TIR. En effet, c’est dans ces produits que les opérateurs nationaux sont les plus compétitifs, contrairement aux autres produits où la concurrence des entreprises étrangères installées au Maroc est très agressive. A en croire les professionnels, les nationaux assurent généralement jusqu’à 50% des exportations d’agrumes. Du coup, leurs performances au titre de l’exercice 2015 devraient être bien orientées.

Qu’en sera-t-il alors de 2016 ? A l’orée d’une campagne agricole qui s’annonce moins bonne que la précédente, des questions se posent quant à la capacité des opérateurs nationaux à faire preuve de résilience. Pour le président de l’AMTRI, «ce n’est pas la campagne agricole en soi qui devrait inquiéter, mais plutôt la concurrence de plus en plus importante des transporteurs maritimes». Agadir, principale région émettrice des agrumes à destination de l’export, est désormais desservie par plusieurs opérateurs maritimes assurant la liaison avec les pays européens. L’offre en transport maritime s’est tellement développée qu’elle couvre aussi les pays du nord de l’Europe. Or, celle-ci est réputée être moins coûteuse pour l’exportateur que le transport routier. Pour des exportations en conteneurs sur un trajet entre Agadir et le sud de la France, la différence de coût peut même atteindre 30%. «Pour l’instant, les opérateurs du TIR résistent grâce à des efforts conséquents pour améliorer leur compétitivité», assure Jamal Haddi. Ces efforts ont principalement concerné les délais de livraison qui se sont nettement améliorés, un facteur de taille lorsque l’on sait que les agrumes ou tout autre produit alimentaire frais sont périssables.

Hormis cette concurrence, les opérateurs marocains du TIR continuent de faire face à la concurrence des entreprises de transport étrangères. Et selon des sources dans le secteur, il semblerait que celle-ci va davantage s’accentuer avec l’arrivée, dès cette année, d’un nouvel opérateur espagnol. Celui-ci disposerait de capacités financières suffisantes pour s’introduire sur le marché avec une flotte conséquente. Cette information, si elle venait à se confirmer, n’aura rien de rassurant pour les opérateurs nationaux qui déplorent déjà l’agonie du «pavillon national». Pour rappel, sur certains segments d’activité, notamment l’exportation de produits industriels tels que le textile, la part de marché des nationaux ne représenterait que 5%. D’aucuns dénoncent une réglementation européenne contraignante pour les opérateurs marocains, tandis que d’autres renvoient à des pratiques malsaines des transporteurs étrangers qui asphyxient le marché, notamment l’application de tarifs extrêmement bas.

Le port de Tanger Med reste de loin le port d’entrée et de sortie préféré des transporteurs routiers internationaux. En 2015, il a même renforcé sa part de marché. Ainsi, sur les 227 085 véhicules ayant transité par les différents ports du Royaume, 219 692 sont passés par l’enceinte, soit une hausse de 9,3% comparativement à fin novembre 2014. Sur cette même période, les différents ports gérés par l’ANP n’ont enregistré que 7 393 mouvements, soit 2,7% de moins que sur les onze premiers mois de 2014. Les données de l’activité portuaire nous apportent un autre enseignement. Les ports gérés par l’ANP enregistrent plus de mouvements à l’importation qu’à l’exportation. 2 533 véhicules sont en effet comptabilisés à l’export contre 4 860 à l’import. En d’autres termes, les transporteurs préfèrent sortir de Tanger Med, en raison vraisemblablement des contraintes rencontrées dans les autres ports tel que celui de Casablanca (www.lavieeco.com).