Tramway de Casa : la grève s’arrête comme elle a commencé, sans raison

Le syndicat a présenté un long chapelet de revendications, parfois fantaisistes. La direction de Casa Tram affirme avoir répondu favorablement à  une partie des exigences du personnel.

La société Casa Tram qui a démarré son activité en décembre 2012, soit il y a tout juste 9 mois, a vécu ces derniers jours une drôle de grève. Déclenchée par les conducteurs et les agents chargés de la sécurité, du contrôle et de l’information des usagers, soit une population de quelque 500 employés, cette grève a été bien suivie puisque au moins 300 employés ont adhéré au mouvement, reconnaît-on auprès de Casa Tram. Certes, un service minimum a été assuré depuis le début du mouvement, mais la perturbation de l’activité de la société fut visible, au grand dam des usagers qui ont la chance de se trouver sur le trajet de cette première ligne: non-respect des horaires, surcharge des rames et vitesse minimale sans parler des incidents constatés à l’intérieur des rames et en dehors. Ceci jusqu’à ce que le bureau syndical de Casa Tram décide de mettre fin à cette grève. Selon une source autorisée, les représentants des grévistes ont contacté la direction de l’entreprise pour l’informer de la reprise du travail, demandant toutefois que les jours de grève leur soient payés par l’entreprise. Chose que la direction a refusé.
A l’heure où nous mettons sous presse (mercredi 9 octobre), la circulation du tramway avait repris son cours normal.

A l’origine de ce mouvement, le moins que l’on puisse dire prématuré, le Syndicat d’union des fédérations nationales des professionnels du transport au Maroc. Ce syndicat au nom évocateur, qui a sous sa coupe une partie des taxis, des camions et des autocars, a essayé tant bien que mal d’avoir aussi dans son portefeuille la première ligne du tramway de Casablanca. Il a réussi à paralyser une société de service public durant une semaine avec un cahier de revendications qui place la barre très haut. Celui-ci comprend des doléances raisonnables et d’autres que l’on peut qualifier d’irréalisables pour une jeune entreprise, voire fantaisistes. Qu’on en juge.

La question du paiement des heures supplémentaires est réglée

Au niveau des revendications salariales, le syndicat demande pour les conducteurs un salaire net de 6 500 DH, soit 2 000 DH de plus que ce qu’ils perçoivent actuellement. Pour la catégorie des «managers polyvalents de l’exploitation», le salaire demandé est de 9 000 nets, et pour les agents de sécurité et de contrôle, le syndicat exige une hausse de 2 000 DH pour les chefs de zone, de 1500 DH pour les agents et les superviseurs de contrôle et de
1 000 DH pour les agents et les superviseurs des stations.

Selon Chama Cherradi, directrice des ressources humaines de Casa Tram, l’entreprise ne peut pas répondre favorablement à ces revendications salariales sous peine de mettre en péril sa survie, rappelant au passage que ces employés ont été recrutés sur la base de salaires qu’ils ont acceptés ; qu’ils ont reçu une formation durant plusieurs mois pour apprendre des métiers qui sont nouveaux au Maroc et qu’à l’occasion de leur recrutement et de leur formation ils avaient été avertis de la pénibilité du travail qui les attendait. Elle souligne que la direction de Casa Tram, qui respecte à la lettre le Code du travail, s’engage à donner les augmentations légales prévues et mettra en place dès 2014 une commission d’évaluation qui valorisera les salaires des plus méritants.

A côté de ces revendications relatives aux augmentations du salaire net de ces catégories d’employés, le syndicat réclame le versement du 13e mois à la fin de l’année et une série de primes mensuelles non chiffrées (prime de risque, de panier, de logement, aide scolaire…). Par ailleurs, le syndicat demande une prime de 3 000 DH à l’occasion de Aïd Al Adha pour toutes les catégories de personnel, des cartes d’abonnement gratuites pour les conjoints et les enfants des employés et même «un séjour annuel dans les villages touristiques durant les périodes de congés». Le nombre de jours de congé annuel doit, selon le syndicat, passer de 18 à 24 jours, et le temps de travail doit être limité à 8 heures dont 6 heures de conduite effective.

Cette liste de revendications n’est pas exhaustive, car, en effet, le syndicat demande «un plan d’évolution de carrière et de salaire qui répond à nos attentes» et d’autres fantaisies relatives aux accidents de travail et aux jours d’absence pour maladie, deux domaines régis par une réglementation qui ne semble pas satisfaire ceux qui ont initié cette grève.

En face, la direction de Casa Tram affirme avoir répondu favorablement à de nombreux points contenus dans le cahier revendicatif, dont notamment l’aménagement du temps de travail. L’entreprise a, pour ce faire, recruté de nouveaux conducteurs et porté leur nombre de 104 (comme stipulé dans le contrat d’exploitation qui la lie à Casa Transports) à 124. On signale aussi que la question du paiement des heures supplémentaires est réglée, que la société est en train de négocier pour mettre en place une mutuelle pour le personnel et une retraite complémentaire, et pour finir, que le règlement intérieur réclamé par le syndicat sera mis en place dans les délais légaux, c’est-à-dire dans les deux ans qui suivent la création de l’entreprise.

La direction de Casa Tram affirme continuer le dialogue qui dure depuis le mois de juillet dernier pour voir clair dans cette histoire.