Traitement des déchets électriques et électroniques : deux projets lancés

Le Maroc produit 12,7 milliards de DH de déchets, dont 11 milliards pour la
seule branche électrique et 7,7 milliards exportés
Le recyclage est une pratique
artisanale effectuée sans aucune protection.

Le retraitement des déchets est une mine d’or que peu de personnes soupçonnent. Avec la conjoncture mondiale et la hausse des prix des minerais, les industriels s’intéressent de plus en plus au traitement des déchets électriques et électroniques. Rien qu’en 2005, le Maroc a produit l’équivalent de 12,7 milliards de DH de déchets, dont 11 milliards pour la seule branche électrique. L’équivalent de 7,7 milliards de DH a été exporté. Suffisant pour inciter la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM) à  lancer un projet d’assistance technique et financière aux entreprises intéressées. HP, le numéro un mondial et local de l’ordinateur, s’est associé à  l’initiative en finançant une enquête nationale pour évaluer le potentiel du retraitement de ces déchets.

Ce travail est confié au Centre marocain de production propre (CMPP), une structure issue du partenariat entre la CGEM et le ministère du commerce et de l’industrie. Cet organisme créé en 2000 vise à  se positionner en tant que centre technique d’excellence auprès des pouvoirs publics, de l’industrie marocaine et des organisations internationales, en matière de promotion des modes de production durable, notamment par l’application du concept de la production plus propre et le transfert de technologies propres.

Déjà , deux opérateurs se sont déclarés intéressés par cette industrie. Le premier, IVSEP, est une société qui s’est déjà  signalée au niveau international, précisément lors d’une rencontre sur l’environnement et les technologies propres organisée à  Paris en novembre 2007 dans le cadre du salon Pollutec Horizons. Elle compte investir 1,5 à  2 MDH dans cette activité et bénéficie des conseils du CMPP pour son équipement et le choix des technologies qui seront utilisées. Le second projet, au stade du montage, est initié par un opérateur privé. Le financement sera assuré par plusieurs organismes dédiés. On peut citer par exemple le Fonds de dépollution industrielle qui financera les installations de dépollution comme les filtres pour les rejets atmosphériques.

Les produits du recyclage seront exportés en Suisse
Croire que le recyclage des déchets est une nouveauté au Maroc serait toutefois une erreur. En effet, depuis toujours, les Marocains recyclent les matériaux selon un schéma classique. Des détaillants revendent les déchets ramassés à  des grossistes régionaux qui les collectent pour ensuite les acheminer vers Casablanca. La capitale économique fait figure de centre de collecte de ces déchets qui sont ensuite retraités. Cependant, le processus est artisanal. Les ouvriers, peu informés quant à  la dangerosité de certains gaz qu’ils inhalent quotidiennement et des produits cancérigènes qu’ils manipulent, travaillent sans aucune protection. «C’est un problème de santé publique en plus d’une question d’environnement», explique Salah Eddine Laissaoui, expert auprès du CMPP.

Mais pourquoi cet intérêt soudain pour le retraitement des déchets ?
L’initiative de la CGEM est en fait conforme à  sa charte qui comprend un engagement déontologique vis-à -vis du développement durable et de l’environnement. Les projets retenus sont des initiatives purement privées. Les entreprises concernées vendront directement leurs marchandises à  des partenaires privilégiés installés en Suisse. Cette destination n’est pas choisie au hasard. C’est, en effet, le secrétariat d’Etat à  l’économie de ce pays qui est le principal bailleur de fonds du CMPP. Le souci de toutes les parties prenantes, c’est de structurer la filière pour, entre autres, couper court aux intermédiations qui sont de nature à  augmenter artificiellement les prix de ces minéraux. Il s’agit aussi de former une maind’Å“uvre locale apte à  réaliser ce genre de travail dans des conditions sanitaires et de sécurité optimales.

Les projets en cours peuvent donc être considérés comme des vitrines qui devraient susciter l’appétit de nouveaux investisseurs. Compte tenu de la forte croissance du marché du matériel électrique et électronique, il n’y a pas de doute que la production des déchets sera à  l’avenant. Ne restera plus qu’à  les transformer en devises.