Tournage de films étrangers au Maroc : le soutien de l’Etat tarde à venir

Pour attirer les productions étrangères, l’Etat a prévu dans la Loi de finances 2016 de reverser aux producteurs 20% des dépenses éligibles. Les investissements réalisés en 2015 sont évalués à 366,4 MDH.

Le Maroc a toujours été connu pour être la terre de tournage privilégiée pour Hollywood. Entre Gladiator, King Tut, Game of Thrones ou encore Prison Break récemment, il accueille des tournages exceptionnels. Stabilité politique, paysages magnifiques, main-d’œuvre qualifiée et abordable…, les atouts ne manquent pas. Néanmoins, les investissements des producteurs au Maroc ont baissé en 2015 par rapport à 2014 pour se situer à 366,4 MDH au lieu de 1,16 milliard, selon des sources intervenant dans ce secteur.

Le Centre cinématographique marocain n’est pas de cet avis, expliquant que les chiffres des investissements cinématographiques étrangers au Maroc étaient basés jusqu’en 2014 sur les déclarations des producteurs étrangers au Maroc lors de l’établissement de leurs demandes d’autorisation de tournage. «Ces chiffres étaient donc seulement déclaratifs et n’étaient ni corroborés ni justifiés par un quelconque document a posteriori (à la fin du tournage). Les chiffres 2015 sont donc réels et basés sur une attestation bancaire du montant rapatrié au Maroc (une mesure en vigueur depuis janvier 2015)», explique Sarim Fassi Fihri, directeur général du CCM. Pourtant, le nombre d’autorisations de tournage accordées aux productions étrangères a aussi diminué. De 631 en 2014, ils sont passés à 545 en 2015, avec une chute significative du nombre d’autorisations pour les longs métrages tombé de 27 à 20 au profit des courts-métrages qui montent de 6 à 11 et une quasi-stagnation des séries télévisées.

Pour Khadija Alami, productrice et DG de K Films, société de sous-traitance pour les grandes productions internationales en tournage au Maroc, le nombre d’autorisations délivrées suit les demandes adressées par les producteurs étrangers. Celles-ci auraient donc baissé. «Et pour cause, ceux-ci choisissent dorénavant de tourner dans des pays qui offrent la subvention sur l’investissement de tournage comme la Hongrie et l’Afrique du Sud qui reversent respectivement 30 et 20% du total de l’investissement. Le Maroc a voté en décembre dernier une loi pour le soutien aux productions étrangères au Maroc. Elle a été annoncée en grande pompe au festival de Berlin. Mais, depuis, rien n’a été fait», clame Khadija Alami. En effet, l’article 23 de la Loi de finances 2016 prévoit un soutien à la production étrangère au Maroc d’œuvres audiovisuelles et du cinéma à hauteur de 20% sur les dépenses éligibles.

Le CCM assure que les textes d’application sont déjà prêts

Selon le CCM, les textes d’application (décret, arrêté, cahier des charges) sont prêts et attendent leur signature. C’est déjà un pas, mais la lenteur du gouvernement risque de décrédibiliser la destination Maroc. «Certains producteurs ont repoussé leur tournage au Maroc de janvier à mai dans le but de bénéficier de ce soutien. C’est le cas de la série The Missing tournée en Belgique dont les producteurs espèrent poursuivre la 2e saison au Maroc à la mi-2016», précise Khadija Alami.

A noter qu’en Europe, seules la Suède et la Suisse ne proposent pas d’incitations financières aux cinéastes étrangers. Pour l’instant, les Américains optent pour des cieux plus cléments. A titre d’exemple, après 5 mois de repérages au Maroc, les producteurs de la série anglaise  The Last Post ont opté pour l’Afrique du Sud (profitant ainsi de 20% de soutien). La série, dont le budget s’élève à 180 MDH et qui nécessite 20 semaines de tournage et 10 semaines de préparation, va être entièrement réalisée dans ce pays où le Yémen sera reconstitué (alors que le Maroc a toujours servi de lieu de tournage pour le Moyen-Orient). Cela représente une perte conséquente pour le Maroc.

De grands studios ont opté pour l’Afrique du Sud

«L’industrie du cinéma est un business dont la stratégie de financement nécessite une injection continue de fonds (en prenant en considération la subvention). Et ce, pour développer plusieurs projets simultanément. Tous les studios, que ce soit la Warner Bros, Paramount ou encore Columbia Pictures, pour ne citer qu’eux, choisissent le lieu de tournage en fonction du gain qu’il apporte. Les scénaristes iront jusqu’à façonner leur histoire pour les pays de tournage fiscalement avantageux», déclare notre interlocutrice.

Pour attirer des tournages sur leur sol, certains pays offrent les mêmes spécificités que le Maroc : soleil et désert. C’est le cas des riches Emirats Arabes Unis. Malgré ses paysages, ses centaines de techniciens qualifiés, artisans, costumiers ou encore ses maçons, le Maroc risque une perte de compétitivité tant que la subvention n’est pas appliquée. Au cas contraire, l’industrie du cinéma au Maroc connaîtra une réelle renaissance. «Jusque-là, on impose aux productions étrangères un quota de 25% de techniciens marocains. Avec un soutien de 20% sur les dépenses éligibles, le Maroc pourrait exiger jusqu’à 75% de techniciens locaux. Ce qui permettra à la main-d’œuvre locale d’en profiter pleinement», souligne la même source.