Touristes allemands : ils veulent de la plage mais découvrent également le Maroc culturel

Ils représentent à  peine 2.3% des arrivées aujourd’hui mais c’est un marché qui est en croissance continue depuis trois ans. Ils aiment bien Agadir mais s’intéressent de plus en plus à  Marrakech, Fès et Essaouira. Un potentiel sous-exploité en l’absence de grandes capacités litières balnéaires.

En dépit de la faible part, en proportion, des touristes allemands dans le total des arrivées dans le Royaume, le Maroc a tenu a sortir le grand jeu lors de sa participation à l’ITB Berlin (Internationale Tourismus-Börse Berlin), la Bourse internationale du tourisme organisée annuellement dans la ville allemande. Le Maroc y a installé son tout nouveau stand sur une superficie de 470 m2 au sein duquel 26 co-exposants, dont 11 CRT, 14 professionnels (hôteliers et voyagistes) et l’incontournable RAM ont vendu les charmes de la destination. Autre nouveauté, une table tactile d’environ 2m x1m permettant de découvrir de manière originale et ludique les principales villes touristiques en images et en vidéos et la projection du tout récent film institutionnel sur le pays sur un écran géant. Bref, un stand avec un cachet traditionnel (motifs, décoration…) mais dans l’air du temps.
Pourtant, des Allemands, le Maroc n’en reçoit pas des masses. En 2011, ils ne représentaient que 2,3% des 9,35 millions de touristes qui ont visité le Maroc et à peine près de 5% des arrivées si l’on en exclut les MRE du compte. Mais, d’une part, il faut bien noter qu’en dépit d’une décrue dans le nombre de ses nuitées enregistrées, le marché allemand reste parmi les rares qui ont émis un nombre de visiteurs en hausse. 219 667 Allemands ont visité le Maroc en 2011, soit une progression de 7% (supérieure à la progression moyenne globale : 1%) en un an, alors même que les marchés fortement pourvoyeurs comme la France (3 millions de touristes par an) ou encore l’Espagne (1,8 million) se sont inscrits en baisse.

En dix ans, la capacité litière d’Agadir n’a que peu évolué

D’autre part, et malgré sa taille réduite à l’heure actuelle, le marché allemand reste stratégique pour le Maroc et il fut un temps où il était parmi les plus gros pourvoyeurs de vacanciers étrangers du pays, notamment dans le segment du balnéaire. Depuis 3 ans d’ailleurs, il a repris des couleurs. Une transformation due à des efforts de repositionnement, selon Hamid Addou, DG de l’Office national marocain du tourisme qui explique qu’auparavant «on a toujours appréhendé le marché allemand strictement sous le prisme du balnéaire. Or, nous n’avons pas d’offres de masse en la matière, Agadir ne croît pas et les autres stations balnéaires restent, pour le moment, de taille très modeste. Cela alors que la situation a changé chez nos concurrents turcs, égyptiens et tunisiens qui ont développé la capacité. Il fallait donc vendre le Maroc sous plusieurs facettes, dont notamment le culturel sur lequel nous avons des atouts à faire prévaloir». Il est vrai, par exemple, que la station égyptienne Marsa Alam, située au bord de la Mer rouge, et qui était absente des circuits touristiques il y a dix ans, peut se prévaloir aujourd’hui d’une capacité de 20 000 lits, soit autant qu’Agadir.
Miser donc sur le culturel est-il suffisant pour contrebalancer la faiblesse de capacité litière en bord de mer ? Certes, non, nuance M. Addou, «mais cela permet de diversifier la clientèle. Aujourd’hui, par exemple, les Allemands vont de plus en plus à Marrakech et l’on vend aussi la station de Saïdia».
Résultat de cette évolution, le Maroc qui accueillait, au cours des années 80 et 90, une clientèle allemande en bonne partie constituée de vacanciers du 3e âge, attire aujourd’hui des touristes plus jeunes et ne s’adressant pas nécessairement aux tour-opérateurs. Précision importante apportée en effet par le DG de l’office : si en 2005, les TO ramenaient au Maroc 50% des 7 millions de touristes qu’ils recevaient à l’époque, la part des voyagistes est descendue aujourd’hui à 25% seulement des 10 millions de visiteurs non résidents qui se sont rendus au Royaume au cours de l’année écoulée.
25% seulement des touristes sont aujourd’hui ramenés par des TO
Cela est dû au fait que le Maroc est d’abord vu comme une destination culturelle et qu’en la matière c’est le circuit préparé de manière individuelle avec vente sur internet et vols low cost qui s’impose.
Il reste que le balnéaire continuera à représenter un enjeu stratégique, s’agissant du marché allemand. «A 3 ou 4 heures de vol et avec des zones où le climat et la durée d’ensoleillement sont optimaux, il y a un potentiel à faire prévaloir», juge Hamid Addou.
Reste à développer la capacité. Avec Taghazout et Oued Chbika qui seront opérationnels dans trois ans, il y a des raisons d’y croire et de justifier la présence dans cet ITB où l’on ne rencontre d’ailleurs pas que les professionnels allemands, loin de là. Les représentants des pays de l’Est par exemple y sont également présents en force. Et, ne l’oublions pas, l’ITB Berlin c’est d’abord et avant tout le plus important salon du tourisme au monde.