Fès-Meknès : Une région en quête de reconnaissance

Avec Fès, ville impériale qui aligne 1 200 ans d’histoire, Meknès, inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco et Ifrane, ville de la quiétude et de la beauté, la région présente une vitrine alléchante. L’arrière-pays est riche en produits du terroir à mettre en valeur… Les professionnels insistent sur l’augmentation de la capacité d’hébergement et la densification de la desserte aérienne.

Deux villes impériales, un savoir-vivre ancestral et une culture raffinée, un arrière-pays à couper le souffle avec ses plaines du Saïss, ses montagnes du Moyen-Atlas, ses sources thermales, ses espaces rêvés pour le sport et les loisirs et ses produits du terroir comme le foie gras, le safran, les truffes noires et le fromage de chèvre… La région de Fès-Meknès regorge de richesses encore mal exploitées, voire non reconnues. Malgré tout, elle plaît et attire de plus en plus de touristes locaux et étrangers. Une reprise a été même ressentie durant le 1er trimestre 2017 après une année 2016 jugée morose. A elle seule, Fès affiche une hausse de 25% du nombre de nuitées au 1er trimestre 2017 par rapport à la même période en 2016. «L’année 2016 n’était pas un bon cru pour le tourisme. Par contre, on ressent une reprise qui a débuté durant le dernier trimestre 2016 et qui se confirme aujourd’hui. Sur toute la région Fès-Meknès, nous avons réalisé une hausse de 35% du nombre d’arrivées», se réjouit Driss Faceh, directeur du Conseil régional du tourisme (CRT) de Fès-Meknès.

Ces performances ont été réalisées avant même l’activation du plan d’action de l’ONMT (2017-2021) pour la région doté d’un budget de 38 MDH en publicité institutionnelle. Fès-Meknès qui appartient au territoire touristique «Maroc Centre» sera repositionnée par une valorisation de son patrimoine culturel et historique et une capitalisation sur ses atouts relatifs aux produits du terroir et sites naturels. Outre le repositionnement, la densification des vols aériens est l’un des principaux projets avec 14 vols supplémentaires annoncés par Air Arabia depuis Fès vers les principales destinations européennes, notamment Lyon, Strasbourg, Bordeaux, Rome, Amsterdam, Londres et Barcelone, dès juin 2017 pour 126 000 passagers supplémentaires dans le but de dépasser le seuil d’un million. Un vol interne entre Fès et Marrakech est également programmé en juin à raison de trois fréquences hebdomadaires pour un prix à partir de 450 DH. «En termes de rotations aériennes, l’aéroport de Fès est desservi par 135 vols/semaine. En 2005, on comptait seulement 18 rotations hebdomadaires», remarque M. Faceh. Seul bémol: le terminal de l’aéroport Fès-Saiss dont les travaux sont déjà achevés n’est pas encore entré en service. Destiné à accueillir 5 millions de passagers par an, ce terminal devrait être inauguré prochainement.

Les arrivées de touristes allemands, américains et japonais en forte hausse

Et pour attirer plus de clientèle de la confrérie Tijania (estimée à 350 millions en Afrique de l’Ouest) qui vient en pèlerinage chaque année à Fès, le DG l’ONMT ainsi que les professionnels du tourisme de la ville ont visité Dakar en février dernier pour lancer un vol direct reliant Fès à Dakar à prix réduit. «Nous attendons l’accord des autorités sénégalaises. Pour l’instant, Fès reçoit 15 000 adeptes de la Tariqa Tijania chaque année. Grâce à ce vol, on pourrait atteindre facilement un million d’adeptes/an, d’autant plus que ces touristes dépensent environ 1 000 euros/personne en cadeaux achetés dans la Médina. Ce qui permettra de dynamiser l’activité économique de la ville», ambitionne M. Faceh. Autre action pour encourager ces touristes à visiter Fès, le CRT de la région, l’Agence de développement social (ADS) et l’INDH (initiative nationale de développement humain) ont créé le concept de logement chez l’habitant. «Nous avons aujourd’hui 100 maisons recensées pour l’opération qui facturent la nuit à 100 DH en Bed and Breakfast», remarque le directeur du CRT de la région.

Les autres marchés étrangers ont pour leur part très bien évolué durant le 1er trimestre 2017. Le marché allemand se classe premier avec 17 314 nuitées réalisées, en hausse de 41% par rapport à janvier-mars 2016. Il est suivi du marché français (14 068 nuitées), américain (13 404) et japonais (10 092). Le marché japonais a pour sa part explosé les compteurs avec 149% de hausse entre janvier et mars 2017 et la même période en 2016.

La durée moyenne de séjour reste, elle, limitée à 2,2 nuitées. Et pour cause, Fès est encore considérée comme une ville de passage commercialisée dans le cadre d’un circuit touristique. Cependant, les professionnels déplorent l’insuffisance de la capacité d’hébergement évaluée à 4 431 chambres toutes catégories d’établissements touristiques classés, soit environ 10 000 lits. «Il faut dépasser les 12 000 lits pour satisfaire la demande», souligne le directeur du CRT de Fès qui rappelle que le palais Jamaï, en rénovation depuis 2 ans, devrait fournir 160 chambres. Pour un professionnel du secteur hôtelier, il est impératif de créer des clubs de vacances en All Inclusive dans la ville et densifier les connections aériennes pour pousser les tour-opérateurs à vendre la destination.

Le développement de l’arrière-pays porté par la SMIT

Pour l’instant, Fès essaie de drainer des visiteurs grâce à sa richesse culturelle et son Festival des musiques sacrées. «Mais la Fondation Esprit de Fès, initiatrice du festival, compte également programmer dès 2018 deux autres festivals : Jazz & Riad et le Festival d’art culinaire. Dès 2018, la ville sera dotée de 3 festivals annuels. Mais l’idéal est d’atteindre un festival par mois», espère M. Faceh. La ville demeure attractive mais handicapée par une insécurité notamment dans la Médina et la présence de faux guides touristiques qui gênent les touristes. «Pour ce faire, il faut résoudre les problèmes sociaux de la ville et offrir du travail aux jeunes. Fès, qui compte 1,2 million d’habitants, est encerclée d’une périphérie très pauvre avec un taux de criminalité élevé. Il est nécessaire de créer des projets économiques pour résorber le chômage», déplore un acteur associatif de la ville. Le tourisme et l’artisanat sont d’importants leviers de développement notamment dans la région.

Bien qu’elle soit moins bien lotie que Fès au niveau touristique, Meknès a bénéficié d’un bond de 13% en nombre de nuitées entre janvier et mars 2017 par rapport à la même période en 2016 pour atteindre un taux d’occupation de 25%. Elle fait également partie d’un circuit touristique, mais n’a pas encore bénéficié de son plan d’action dédié. Toutefois, la région Fès-Meknès a élaboré deux programmes touristiques dont la convention est en cours de signature. Le premier, Mdinti, vise à développer le tourisme urbain à travers des actions telles que la création de produits touristiques attractifs, la création de circuits touristiques dans les villes impériales et la réhabilitation des monuments historiques…

Le second, appelé Qariati, vise à développer le tourisme rural et de nature. Des projets spécifiques au milieu rural seront mis en œuvre. Et ce, à travers des partenariats entre les acteurs régionaux sans omettre l’adhésion de la population locale. L’arrière-pays de la région fera pour sa part l’objet d’un grand projet porté par la SMIT (société marocaine d’investissement touristique) qui le mettra en exergue à travers les produits du terroir: fromage de chèvre, foie gras, truffes, safran, truite d’Azrou…

L’objectif est de développer la région grâce aux produits du terroir. «Le développement du tourisme rural est déployé par la SMIT. Il y a une clientèle friande des fermes d’hôtes. Nous en avons déjà deux dans la région. Des projets similaires sont en train d’essaimer», déclare M. Faceh.

Enfin, Ifrane, la perle touristique de la région est incontournable pour les visiteurs. Attractive l’hiver pour ses sommets enneigés et l’été pour sa fraîcheur, le secteur hôtelier y affiche de bonnes performances durant plusieurs mois de l’année. Sa quiétude et sa propreté sont très recherchées par les touristes locaux et étrangers.