Tourisme : querelles et malaise au sein de la profession

La légitimité des présidents de certaines instances est vivement contestée.
Les conflits de compétence deviennent récurrents.

Les professionnels du tourisme sont catégoriques : leur secteur est en proie à un inquiétant malaise. Cet état n’est pas dû aux statistiques relatives aux arrivées, nuitées et devises drainées, qui semblent évoluer selon un bon rythme. Il résulte du fait que les acteurs n’arrivent pas à accorder leurs violons pour jouer cette belle partition, bien couchée sur papier, nommée Vision 2010. Derrière cette cacophonie, il y a, bien sûr, des divergences d’intérêts, mais aussi des querelles d’hommes aux styles parfois très éloignés.

Les derniers mois ont ainsi vu plusieurs événements perturber la sphère tourisme. Il y a eu, récemment, l’élection constitutive, sur fond de polémique, de la Fédération régionale du tourisme de Casablanca. C’était le 20 décembre 2006. La décision des professionnels du tourisme de la capitale économique n’a pas été du goût du président de la FNT (Fédération nationale du tourisme), Jalil Bennabès Taarji, qui a fortement critiqué cette initiative, estimant qu’elle aurait dû avoir lieu sous l’égide de la fédération. Ce qui a fait réagir les professionnels du tourisme qui estiment, quant à eux, qu’ils n’ont plus d’instance pour les défendre, la fédération nationale épousant, pour reprendre certains d’entre eux, «entièrement la politique et les décisions du ministère de tutelle, oubliant son rôle premier qui est de défendre les intérêts des professions qui la composent». Ceci d’autant plus qu’au niveau d’une autre instance régionale, le CRT (Conseil régional du tourisme), ils se disent marginalisés par les autorités locales, le wali de Casablanca ayant, par exemple, pesé de tout son poids, selon eux, pour que la présidence du CRT soit confiée à Amine Alamy, un des concepteurs de la Vision 2010 et rédacteur de l’accord-cadre.

En effet, le renouvellement des instances du CRT de Casablanca s’était aussi déroulé dans une ambiance très polémique, et les professionnels du tourisme de la ville avaient présenté leur propre candidat avant que celui-ci ne se retire de la course.

Les 9 et 10 décembre 2006, les Assises nationales du tourisme se sont déroulées à Agadir également dans un climat tendu. Le clash entre la fédération nationale, organisatrice de l’événement, et les autorités locales a été évité de justesse. Aujourd’hui encore, à quelques semaines des Assises internationales du tourisme, qui se tiendront à Fès à la fin mars 2007, les esprits sont encore loin de s’être calmés, ce qui est dommageable au secteur, cet événement étant conçu pour montrer aux décideurs et investisseurs étrangers un visage rassurant du tourisme national.

Le président de la FNT a provoqué la colère de ses confrères
Mais, dès à présent, on sait que certains professionnels veulent convoquer, juste après les assises internationales, une assemblée générale extraordinaire de la FNT pour en découdre avec l’actuel président qui ne fait plus l’unanimité auprès de ses collègues du secteur du tourisme.

Il faut dire que M. Taarji a tout fait pour provoquer l’ire de certains de ses confrères : attaques verbales contre le président du CRT de Marrakech, Abdellatif Kabbaj, et l’ex-président du CRT d’Agadir, Said Sqali, ces derniers ayant osé exprimer leur avis dans La Vie éco sur certains aspects de la politique du ministère du tourisme, et particulièrement sur le rôle qui revient aux CRT dans le pilotage de la Vision 2010. «Le ministère, qui a les moyens de répondre aux critiques qui lui sont adressées, a trouvé un avocat bénévole en la personne du président de la FNT», explique un professionnel.

Au lendemain de la constitution de la FRTC (Fédération régionale du tourisme de Casablanca), qui a porté à sa tête Othman Chérif Alami, c’est dans une interview accordée à un quotidien de la place que le président de la FNT a essayé de régler ses comptes en des termes peu élégants à l’adresse des professionnels de Casablanca.

Et pour ne rien arranger, la réunion de la FNT tenue le 23 janvier, au siège de la CGEM, s’est terminée en queue de poisson puisque les participants ne se sont mis d’accord ni sur les nouveaux statuts de la fédération en vue de son externalisation de la CGEM, décidée de longue date et tant attendue, ni sur l’opportunité de la création des fédérations régionales du tourisme. Certains estiment que de telles instances étaient prématurées, d’autres se référent à l’article 56 de l’accord-cadre où il est spécifié que ces instances devaient être constituées avant la fin de juin 2002. Mais d’où viennent tous ces problèmes qui, il faut le dire, ne donnent pas une très bonne image de la profession ?

Le manque de moyens attise les tensions
Au-delà des conflits de personnes et des calculs comptables, car il faut bien se rendre à l’évidence que c’est dans les périodes creuses pour le tourisme que surgissent les polémiques, il y a manifestement un problème d’instances et de moyens. Les régions ont des unions régionales CGEM, des CRT, et aspirent à avoir des FRT, et toutes ces belles instances fonctionnent avec des ressources insuffisantes et grâce au bénévolat, ce qui les rend peu opérationnelles. Seules les régions qui ont initié un PDR (Plan de développement régional) sont en train d’émerger plus ou moins du lot en termes de moyens. Mais dans ces conditions, d’autres problèmes surgissent. Car, de par leur composition (administration, élus et professionnels), les CRT se retrouvent tiraillés entre trois approches : politique pour les élus, sociale pour l’autorité et économique, voire corporatiste, pour les professionnels. D’où le fait que, souvent, sinon dans tous les cas, l’élection du président du CRT est cousue de fil blanc. L’homme doit plaire à ses pairs et aux autorités locales, et de tels oiseaux sont rares.