Tourisme : comment sera gérée la Vision 2020

Les missions et rôles de l’Office national marocain du tourisme et de la Société marocaine d’ingénierie touristique seront redéfinis. Une Haute autorité du tourisme et huit Agences de développement régionales seront mises sur pied. De par sa composition, la HAT risque d’être une instance très lourde.

Deux ans après le lancement de la Vision 2020 pour le tourisme, les 11e Assises du tourisme programmées le 4 décembre prochain devraient normalement être consacrées à l’état d’avancement des chantiers. Mais personne ne se fait d’illusions sur les résultats. Dans les milieux professionnels, on annonce que cette manifestation placée sous le thème de la  «Gouvernance de la Vision 2020» sera plutôt l’occasion pour le ministère de tutelle d’exposer l’architecture de cette nouvelle gouvernance et, dans la foulée, de signer les deux premiers contrats programmes régionaux avec les deux destinations principales que sont Marrakech et Agadir. Autrement dit, deux ans ont été perdus.

Pour le moment, l’échafaudage qui a été dessiné par le ministère est tout à fait séduisant,  du moins sur le papier. Mais pour la mise en œuvre, il faudra du temps pour construire progressivement ces instances ainsi que les dispositifs d’exécution et de pilotage pour assurer l’exécution et le suivi de cette stratégie 2020.

La nouvelle architecture institutionnelle suppose d’emblée la redéfinition des rôles et des missions des instances nationales telles que l’Office national marocain du tourisme (ONMT) et la Société marocaine d’ingénierie touristique (SMIT) qui devront dans leurs nouveaux habits «appuyer les relais régionaux (…) et leur assurer le transfert des compétences en fonction de la maturité de leur territoire». Autrement dit, les Agences de développement régionales (ADT) qui seront créées au niveau des huit «territoires touristiques» délimités par le contrat programme national seront opérationnelles progressivement.

La nouvelle architecture prévoit aussi la création de la Haute autorité du tourisme (HAT), prévue dans le cadre du contrat programme, pour en faire une instance nationale de pilotage regroupant l’Etat, le secteur privé et les régions. L’objectif visé est de faire de cette institution un instrument de suivi, d’ajustement et d’arbitrage de la Vision 2020.

Deux commissions pour le tourisme durable et la formation

De par sa composition, la HAT apparaît déjà comme une structure centrale lourde : y siègent, au niveau du secteur public, outre le ministre du tourisme et les instances de son département (ONMT, SMIT et FMDT), une dizaine d’autres ministres (Finances, Intérieur, Enseignement, Emploi, etc.) ainsi que le wali de Bank Al-Maghrib.

Du côté du secteur privé, on y trouve les présidents de la Confédération générale des entreprises du Maroc (CGEM), du Groupement professionnel des banques du Maroc (GPBM) et de la Fédération nationale du tourisme (FNT), en plus de 5 représentants du secteur privé désignés par cette dernière fédération. Et en fonction de la nécessité et du sujet traité, le président de la HAT pourra faire appel à des personnes compétentes, experts ou autres, pour participer aux réunions et s’exprimer à titre consultatif.

Cette HAT disposera de deux commissions : une dédiée au tourisme durable, un des piliers de la Vision 2020, et une autre pour les ressources humaines et la formation car il s’agit de remédier aux insuffisances constatées depuis plus de 10 ans.

La commission dite durabilité a pour mission de proposer les orientations en matière de tourisme durable, de sensibiliser les opérateurs à cette problématique et d’assurer la coordination entre les acteurs privés et publics. Elle est composée de représentants du ministère du tourisme, de la SMIT, de l’ONMT et des ministères et organismes concernés par cette question (département de l’environnement, Agence de développement des énergies renouvelables, Haut commissariat aux eaux et forêts, etc., et, pour le privé, de la CGEM et la FNT ainsi que de membres de la société civile comme la Fondation Mohammed VI pour la protection de l’environnement).

La commission formation, quant à elle, sera chargée de fixer les objectifs en fonction des besoins au niveau régional. Sont sollicités cette fois-ci les départements de l’emploi, de l’enseignement supérieur et de l’éducation ainsi que l’Office de la formation professionnelle et de la promotion du travail (OFPPT), l’Agence nationale de promotion des emplois et des compétences (ANAPEC) …

La HAT va s’avérer, au vu de sa composition et de ses missions, comme un instrument au niveau central qui devra non seulement élaborer les politiques et les piloter, mais aussi leur trouver une application au niveau des territoires touristiques. Et c’est là que réside la difficulté.

Les Agences de développement touristique auront le statut d’établissement public

Si, en effet, la solution est connue depuis longtemps et consiste en la création d’Agences de développement touristique (ADT) au niveau de chaque région ou territoire, ces dernières ont fait l’objet de polémiques bien avant leur création, les professionnels du secteur ayant à maintes reprises exprimé leur crainte de se retrouver marginalisés dans les structures régionales chargées de l’aménagement touristique territorial. Car il s’agit bien d’aménager 8 territoires, avec tout ce que cela suppose comme infrastructures hôtelières et de liaison pour construire des offres régionales cohérentes.
Le voile est aujourd’hui levé sur la nature de ces agences : elles auront le statut d’établissements publics, sous tutelle du ministère du tourisme, qui seront pilotés par un conseil d’administration composé des représentants des secteurs publics et privé et des élus. Par conséquent, ces ADT devront remplacer les Conseils régionaux et provinciaux du tourisme (CRT et CPT) et absorberont les délégations régionales et provinciales du ministère du tourisme. C’est à elles que reviendra la charge de mettre en place une offre touristique au niveau du territoire, d’orienter les investissements, de veiller à la qualité et à la compétitivité du territoire tout en contribuant à la promotion et à la commercialisation de la destination locale. En outre, les ADT disposeront de plusieurs comités de travail qui se réuniront à dates fixes, à leur tête le comité exécutif, présidé par le wali (voir encadré).

Au départ, les ADT des territoires dits mâtures (Marrakech et Agadir) bénéficieront d’un financement conjoint de l’Etat et de la Région, celles des territoires moins mâtures seront financées à 100% par l’Etat.
Ces huit ADT seront créées progressivement tout au long de l’année 2013, et les deux premiers contrats programmes régionaux, Marrakech et Agadir, devraient être signés durant le 2e semestre 2013. Les 6 autres le seront entre 2014 et 2018.

On comprend les professionnels qui font un peu grise mine, car ils ne pèsent pas lourd au niveau de ces structures. Mais c’est à prendre ou à laisser !