Tomate : la production de saison arrive, les prix en légère baisse

La hausse des prix des derniers mois due à  un sous-approvisionnement du marché par la tomate de saison produite en plein champ.
La production de la campagne 2009-2010 devrait totaliser 800 000 tonnes.
Les prix à  l’export dépendront de la production espagnole et de l’ampleur des effets de la Tuta absoluta.

Ce n’était pas seulement à cause du Ramadan. Quelques semaines après l’Aïd, les prix de la tomate sont restés à un niveau très élevé. A Casablanca, le kilo a même atteint 14 DH sur certains marchés. Selon des grossistes, ces prix étaient dus au sous-approvisionnement du marché par la tomate de saison produite en plein champ. Mais depuis peu, une tendance à la baisse des prix est amorcée avec la production de la tomate de primeur qui a commencé aux environs du 1er octobre. Selon les lieux d’approvisionnement, le kilo est vendu entre 8 et 10 DH. Cependant, il faut souligner que cette production précoce est encore trop faible pour ramener les prix à un niveau plus abordable, autour de 5 DH. En effet, un décalage de la production dû à la vague de chaleur estivale a provoqué la perte de 2 bouquets sur les plantes les plus précoces et un retard de plantation dans le reste des champs. Le gros de cette production est consacré par les producteurs à satisfaire le marché local et une partie à honorer les contrats à l’export. Cependant, les prévisions de production pour la campagne à venir ne devraient pas souffrir de ce retard.
Allal Chibane, responsable au ministère de l’agriculture, estime que le tonnage attendu devrait être identique à celui de la campagne précédente, 800 000 t environ.

Les quantités exportées vont se stabiliser
Cette production est assurée par des superficies sous abri quasi identiques à la campagne précédente (4 400 ha) et un plein champ de primeur en baisse, et qui arrive difficilement à 1 000 ha contre
1 600 la campagne précédente, suite à l’abandon progressif de cette culture en raison des nombreuses difficultés rencontrées. Concernant l’export, limité par les quotas, plusieurs scénarios sont possibles, dont le plus optimiste est une campagne identique à la précédente qui a dépassé, selon les chiffres de l’Etablissement autonome de contrôle et de coordination des exportations (EACCE), un peu plus de 420 000 t avec une augmentation de 22,5% par rapport à la campagne 2007-2008.
Selon Serghini Laraiss, directeur de l’Association des producteurs et exportateurs de fruits et légumes (Apefel), les résultats commerciaux prévisionnels dépendront des performances de l’Espagne dont les dates d’entrée en production, les tonnages seront, entre autres, les principaux facteurs de détermination des prix. Une autre inconnue risque d’avoir un effet direct sur la production et sur les prix : les attaques de Tuta absoluta. En effet, ce fléau concerne tout le bassin méditerranéen et cause des dégâts signalés partout. A signaler que les Espagnols ont, dans ce domaine, l’avantage de la proximité du marché européen puisque les attaques sur fruit n’ont pas le temps d’apparaître entre le champ et la consommation. Au contraire, la production marocaine souffre des délais  de transport (48 à 72 h) et, si le ravageur persiste, malgré les efforts des producteurs, les dégâts seront bien visibles sur les fruits.

Le marché intérieur perturbé par le circuit de distribution
En attendant, les producteurs essaient de tirer des enseignements de la campagne  2008-2009. A les en croire, elle s’est déroulée dans des conditions climatiques favorables tout au long de la saison, et qui ont permis l’obtention de bonnes moyennes de rendement par hectare.
Notons que les volumes exportés ont été élevés en raison de la baisse significative de la production espagnole, qui a entraîné une demande supplémentaire, principalement dans les pays de l’Europe de l’Est et en Russie. Ce supplément de demande a permis un dépassement des quotas qui a été exporté avec un dédouanement GATT (la valeur en douane repose uniquement  sur la valeur transactionnelle des marchandises importées ; il n’y a pas de barrières tarifaires) provoquant le mécontentement des Espagnols.
Sur le marché intérieur, les producteurs rappellent que le secteur des fruits et légumes souffre de la structure du circuit commercial du marché local qui gagnerait à être assaini. En effet, le coût de production d’un kilo de tomate arrive actuellement à 2,75 ou 3,00 DH départ exploitation et la cascade d’intermédiaires multiplie les prix par 2 voire plus. Ils estiment aussi que, tant que la production de plein champ se poursuit dans l’état actuel, les problèmes vont persister et se refléter même sur les cultures abritées. Dès lors, l’Etat est invité à appuyer davantage les producteurs par l’investissement et l’encadrement, pour leur permettre de rehausser le niveau de technicité des petits et moyens agriculteurs et leur permettre d’offrir une production de qualité.
A ce titre, M. Chibane indique que pour la tomate de saison, semée en février-mars pour une production de mai à septembre, des mesures de sensibilisation, encadrement et interdiction de transport entre provinces de plants attaqués par le ravageur (bien que difficiles à appliquer sur le terrain) ont été déjà adoptées. Par ailleurs, une aide financière pour l’acquisition de produits de lutte biologique (phéromones) et de l’achat de filets de protection est en cours de préparation.