Textile : des entreprises de tissage et de filature menacent de quitter l’Amith

Les frondeurs contestent la vision des dirigeants de l’association.
Pour eux, la réforme tarifaire ne servirait que les intérêts d’une partie des membres.
Le bureau de l’Amith se défend et assume pleinement ses choix stratégiques.

L’Association marocaine des industries de textile et de l’habillement (Amith), groupement professionnel réputé depuis toujours pour son dynamisme et son organisation, vit sa première crise. L’actuel bureau, dirigé depuis juin 2009 par Mustapha Sajid, est pointé du doigt par un groupe d’entreprises membres, qui envisagent réellement de faire bande à part. «La réflexion est sérieusement engagée pour créer une autre association qui défendrait mieux le secteur. Une pétition circule et elle est signée par les opérateurs mécontents», souligne un opérateur du groupe qui, dit-il, «compte plus d’une centaine d’entreprises» . Avant d’en arriver là, ce groupe a rencontré, au moins quatre fois, les représentants de l’Amith dans le cadre de réunions qualifiées de houleuses. N’étant apparemment pas convaincues par les dirigeants de l’Amith, les entreprises ont pris rendez- vous, le 27 octobre, avec le ministre du commerce et de l’industrie, Ahmed Chami, pour, disent-ils, «le sensibiliser et lui exposer leurs arguments».  
Les contestataires, en majorité des filateurs et des tisseurs, dénoncent «l’existence de deux projets contradictoires au sein de l’Amith» . Le premier est celui défendu par l’actuel bureau et porte sur la baisse des droits de douane à l’importation appliquée aux intrants, notamment les fils et les tissus. «En soutenant cette diminution des tarifs douaniers, les dirigeants de l’Amith défendent leurs propres intérêts en oubliant ceux d’un large pan des membres de l’association. Pour nous, et c’est le deuxième projet, il faut tenir compte des intérêts de toutes les filières du secteur en protégeant les branches qui en ont besoin et de lutter contre les importations illégales», explique-t-on.
En gros, ils s’opposent à la réforme tarifaire prévue dans le cadre du Pacte Emergence et dénoncent le mutisme de l’Amith face au phénomène de la sous-déclaration et de la sous-facturation devenues «une pratique courante chez plusieurs importateurs». Ils avancent même que les importations de tissus ont augmenté de 26% depuis le début de l’année grâce à la sous-facturation. Et d’ajouter qu’«aujourd’hui le tissu est déclaré à 1 euro alors que tout le monde sait qu’il coûte pas moins de 6 euros !».

L’Amith a décidé de reprendre la guerre contre la sous-facturation
«Il s’agit d’une polémique que nous ne voulons pas alimenter. Ces entreprises, une quinzaine environ, ne sont pas représentatives de la profession», se défendent les responsables de l’association. Cependant, elle tient à préciser qu’il y a une «vision globale qui concerne l’ensemble du secteur et qui a pour objectif d’accompagner les opérateurs du secteur pour la mutation vers une économie de marché. Et pour opérer ce passage, il a fallu mettre en place des mesures dont la réforme tarifaire aujourd’hui contestée par ces entreprises». Une contestation que ne comprend pas l’Amith dans la mesure où le démantèlement des droits de douane, entamé en mars 2009, permet de protéger la valeur ajoutée marocaine existante qui permettra aux entreprises d’améliorer leur compétitivité.
Par ailleurs, le bureau de l’Amith se dit conscient de l’importance de la sous-facturation et des fausses déclarations et pour y remédier, l’association, qui travaille conjointement avec l’administration des douanes, a élaboré une étude (qui est en cours de finalisation) pour évaluer le phénomène. Les résultats définitifs ne sont donc pas encore disponibles, mais l’Amith souligne, en effet, une tendance haussière de cette pratique et avance qu’aujourd’hui les importateurs sous-facturent jusqu’à 70% de la valeur des produits.
Des mesures devront être mises en place, selon l’association, pour remédier à ces pratiques frauduleuses et aussi pour instaurer un minutieux contrôle de qualité des importations.
L’Amith dit s’inscrire dans une logique d’économie de marché et assumer la vision globale qu’elle a adoptée en début de mandat. Elle continuera également, dit-on, à représenter et à défendre l’ensemble du secteur.
Pour l’heure, donc, les responsables de l’association semblent ne pas vouloir faire enfler la polémique. Cela dit, certains observateurs mettent en garde car si rien n’est fait pour calmer les esprits, ce mouvement auquel l’Amith ne souhaite pas accorder trop d’importance peut la prendre de court et aboutir à une véritable scission. Ce serait un coup dur pas seulement pour l’association mais pour le secteur en entier.