Stratégie d’assistance : ce que la Banque mondiale propose au Maroc

Le CAS (Country assistance strategy) concernant le Maroc a été approuvé tout récemment ; il vise à stimuler une croissance durable, créatrice d’emplois et à réduire la pauvreté.
Au cœur de la stratégie, la bonne gouvernance.
L’enveloppe allouée à ce programme oscille entre 250 et 350 millions de dollars par an.

La Stratégie de coopération de la Banque mondiale avec le Maroc, appelée communément CAS (Country assistance strategy) et couvrant la période 2005-2009, a été approuvée le 19 mai dernier. Fruit d’une large concertation avec l’ensemble des acteurs socio-économiques du pays (publics et privés, décideurs et société civile), le CAS ambitionne d’aider le Maroc à réaliser un objectif à double dimension : une dimension économique à travers une croissance durable et créatrice d’emplois, et une dimension sociale par le biais de la réduction de la pauvreté et de la marginalisation. En cela, souligne Férid Belhaj, chef du Bureau de la Banque mondiale à Rabat, le CAS 2005-2009 (après le CAS 1999-2004) s’articule positivement avec la vision du Souverain, déclinée comme on sait dans l’Initiative nationale pour le développement humain (INDH), lancée il y a quelques jours.
Pour le financement de ce programme, la Banque mondiale met à la disposition du Maroc entre 250 et 350 millions de dollars par an.
Mais au-delà du financement – le Maroc pouvant de toute façon accéder à d’autres sources-, ce que la Banque mondiale estime nécessaire pour atteindre l’objectif d’une croissance durable, créatrice d’emplois et d’une réduction de la pauvreté, c’est surtout de lancer une série de réformes institutionnelles qui, toutes, devraient être frappées du sceau de la bonne gouvernance. Certes, l’expression paraît quelque peu galvaudée, elle n’en a pas moins un sens concret, insiste M. Belhaj : rationaliser la dépense publique, de sorte que tout dirham investi corresponde à un besoin bien précis et, surtout, se traduise par des résultats chiffrés, mesurables. Autrement dit, il ne s’agit pas forcément de dépenser moins, mais de dépenser mieux. Et en général, quand on dépense mieux, on dépense moins.

Le social est aujourd’hui considéré comme un facteur de croissance
L’Education nationale fournit à cet égard l’illustration parfaite de dépenses généreuses avec des résultats pour le moins mitigés : chaque année, en effet, l’Etat affecte quelque 26 % de son budget à ce secteur, et pourtant l’analphabétisme touche encore 40 % de la population (âgée de 10 ans et plus), selon une indication récente du premier ministre, Driss Jettou. C’est bien pour cette raison que la Banque mondiale considère que « la bonne gouvernance est (…) un thème sous-jacent très important de la stratégie » déployée dans le CAS.
Comment atteindre l’objectif général de croissance durable et de réduction de la pauvreté ? La Banque mondiale propose quatre grands axes (voir encadré). Comme on peut le constater, pratiquement tous contiennent une forte teneur sociale. Et pour cause, la Banque mondiale, depuis l’avènement du désormais ex-patron de cette institution, James Wolfensohn, a introduit une inflexion majeure dans sa politique à l’égard des pays membres : une plus grande attention accordée au développement social. Cela ne procède évidemment pas d’une vision philanthropique ou de quelque souci de sacrifier à la charité chrétienne (en l’occurrence musulmane), mais bien d’une conscience que la croissance à elle seule, aussi élevée qu’elle puisse être, ne fait pas le bonheur des peuples. Mieux, le social est aujourd’hui considéré comme un facteur de croissance. Mais on l’aura compris, il ne s’agit pas de faire du social comme on a l’habitude de le faire, mais de garantir la participation des plus vulnérables à la dynamique de création de richesses de manière à ce qu’ils en tirent eux-mêmes les bénéfices. Et cela est encore plus vrai s’agissant du Maroc : la Banque mondiale reconnaît que le pays a accompli des progrès substantiels ces dernières années, mais estime que des défis importants restent à relever. Et parmi ces derniers, le faible niveau des indicateurs sociaux. «Si la croissance économique ne s’accélère pas et si de nouveaux emplois ne sont pas créés au cours de la prochaine décennie, la pauvreté et l’exclusion se propageront vraisemblablement à des niveaux qui pourraient générer des tensions sociales difficiles à gérer», prévient la Banque mondiale. Il est significatif à cet égard que la volonté du gouvernement à relever ces défis est retenue par la Banque mondiale comme un critère de réussite du CAS.

Les quatre grands axes du CAS

Pour que le Maroc puisse atteindre l’objectif d’une croissance durable et de réduction de la pauvreté, le CAS propose d’améliorer :
– La compétitivité et le climat de l’investissement : cela passe par la garantie de la stabilité macroéconomique, c’est-à-dire, en gros, la maîtrise du déficit budgétaire ; l’accroissement de l’efficacité de l’administration (les départs volontaires et le projet de mise en place de contrats à durée déterminée en sont une facette); la création d’emplois dans le secteur privé ; le renforcement du rôle du secteur financier dans la «croissance orientée» (développer la bancarisation, passer des règles Bâle 1 aux règles Bâle 2 en matière de supervision bancaire, entre autres) ; et, gros chantier, le développement de la compétitivité du secteur agricole à travers notamment la mise en place de projets intégrés, la réforme du système de compensation et le traitement de la problématique du foncier.
– Les conditions de vie des populations pauvres et vulnérables : l’intervention de la BM sur ce chapitre concernera tout particulièrement la résorption des bidonvilles et l’action au logement pour les couches les plus pauvres de la population et le développement d’opportunités économiques dans les poches de pauvreté.
– L’efficacité du sytème éducatif : là, ce qui est recherché, c’est bien sûr d’assurer un plus grand accès à l’éducation mais surtout d’améliorer les taux de succès et d’insertion dans l’enseignement secondaire, universitaire et de la formation professionnelle.
– Les services de l’eau et de l’assainissement : la réalisation de cet objectif requiert d’améliorer le cadre juridique et institutionnel du secteur, ses mécanismes de financement et la performance financière des opérateurs