Souss Massa, future capitale de l’aquaculture

La planification nationale aquacole a pu définir un potentiel de production global de plus de 300 000 tonnes dans le Royaume, dont environ 20 % prévus dans le Souss-Massa, d’une estimation de 62 655 tonnes. Le Conseil régional a mobilisé un montant de 20 millions de DH pour le développement des projets aquacoles portés par les jeunes entrepreneurs et les coopératives.

Un nombre de 290 projets aquacoles opérationnels à moyen terme, ciblant une production de 195375 tonnes pour un investissement de plus de 6,76 milliards de DH générant plus de 4 300 emplois, la filière de l’aquaculture est porteuse de grandes opportunités au Maroc. Dans la région de Dakhla Oued Eddhab, comme dans le Souss Massa ou encore à Guelmim Oued Noun et en Méditerranée, des noyaux de clusters aquacoles sont en émergence. Sur les 23 000 ha d’espaces favorables à l’aquaculture, un pourcentage de 35% des espaces sont octroyés. C’est ce qui a été indiqué lors de la 2e édition du forum de l’aquaculture. La rencontre s’est tenue en début de semaine à Agadir, sous le thème «L’aquaculture au Maroc, un levier de développement de clusters côtiers». La rencontre constitue une importance pour accompagner ce secteur émergent à travers le Maroc. L’activité prend son élan à travers plusieurs régions et nécessite une consolidation des actions initiées. Aussi, en organisant ce forum, l’Agence nationale pour le développement de l’aquaculture (ANDA), renouvelle son engagement pour promouvoir ce secteur et vulgariser les meilleures pratiques du domaine à travers le monde.

Dans la région Souss Massa, le potentiel aquacole à développer est grand. Selon les experts, le Souss Massa constitue l’une des régions les plus riches et les plus prolifiques dans le domaine aquacole. La région dispose, en effet, de potentialités et d’atouts importants qui la prédestinent à jouer un rôle majeur dans le développement durable de l’aquaculture au Maroc. A cet effet, l’ANDA a mis en place un plan d’aménagement spécifique à la région, de manière à optimiser la production et la valorisation de ce potentiel.

 

 

A noter que sur le plan production, le potentiel régional qui couvre une superficie de 4 110 ha, est estimé à 81 000 tonnes. Il y est précisé que ce sont 2 265 ha qui sont répartis en 151 unités de production aptes à la réalisation de projets de fermes aquacoles, y compris la conchyliculture et l’algoculture. Dans le cadre de la mise en œuvre du plan d’aménagement de la région, 43 projets ont été retenus, dont 23 projets déjà autorisés et en cours d’installation et 20 nouveaux autres consolideront la spécialisation régionale autour de l’élevage de la moule. Parmi les projets en cours d’installation, trois sont initiés par trois groupements de jeunes entrepreneurs originaires du Souss Massa. Trois autres projets sont portés par des coopératives de marins pêcheurs.

L’ensemble des projets au programme, estimés à 481 millions de DH, ciblent l’exploitation de 1 368 ha et une production annuelle de 58 000 tonnes, avec à la clé également la création de 1 142 emplois.

Pour la coopérative aquacole Souss Massa, c’est une histoire qui a commencé en 2019, marquée par l’innovation. Abderrahmane Sarroud, son président, indique comment l’entité a innové dans l’installation en mer de six filières d’essais en conjuguant plusieurs concepts en la matière pour une rentabilité optimum. Et aujourd’hui, ces installations donnent déjà leurs fruits. Occupant 195 ha, les fermes de la coopérative génèrent pour l’heure un volume de 5 200 tonnes par an de très bonne qualité organoleptique, selon le président. De son avis, l’activité reste cependant confrontée à des contraintes de foncier pour l’aménagement de bases à terre à proximité des fermes aquacoles.

Outre son activité dans la production de moules à travers 13 fermes, la coopérative aquacole Souss Massa dispose d’une unité industrielle de valorisation dans la zone de Tassila au stade d’autorisation par l’ONSSA pour l’obtention de l’agrément de production. La coopérative a aussi investi dans une filière pilote de production d’algues, à Tifnit, qui est aujourd’hui au stade de la conception. Un projet dans la pisciculture est pour sa part en attente de signature de convention avec la tutelle. Selon M. Sarroud, la région du Souss Massa, en raison de ses atouts en matière aquacole, tels qu’une main-d’œuvre qualifiée, une zone favorable à l’élevage, le tout conjugué à une forte demande du produit, devrait attirer beaucoup d’investisseurs. Un investissement hollandais d’un milliard de DH serait justement en perspective dans la région. Et il ne devrait sûrement pas être le seul à se manifester. L’aquaculture est un axe majeur de la sécurité alimentaire à travers le monde. Elle représente la moitié des produits à base de poissons qui sont consommés à travers la planète. Aussi, c’est un secteur en plein essor qui affiche une croissance soutenue à l’échelle internationale. Son caractère social et inclusif fait également de l’aquaculture un apport important qui contribue «au recul de la pauvreté, aux moyens de subsistance des communautés rurales, à la création d’emplois et de sources de revenus», est-il exposé dans un rapport de la FAO sur «l’etat de l’aquaculture dans le monde».

Au Maroc, la stratégie Halieutis a accordé une place prioritaire au développement de l’aquaculture. Et ce en raison du potentiel de ses segments et de son caractère inclusif. Intervenant lors du forum d’Agadir, le ministre de l’agriculture, de la pêche maritime, de développement rural et des eaux et forêts, Mohammed Sadiki, a souligné que parmi les 290 projets retenus, 109 sont portés par 552 jeunes entrepreneurs et 11 projets par des coopératives locales de pêche artisanale. Il a rappelé dans ce contexte la mise en œuvre d’un programme structurant visant l’appui financier de ces projets aquacoles à caractère social. «Il porte, pour la seule région de Souss-Massa, sur la mobilisation par le Département de la pêche maritime d’une enveloppe de 12 millions de dirhams», a précisé le ministre. Ces jeunes entrepreneurs bénéficient en plus d’un appui substantiel du Conseil de la région de Souss-Massa qui a mobilisé un montant de 20 millions de DH pour le développement des projets aquacoles.

A noter que de nouvelles régions seront très bientôt associées à cette dynamique aquacole. Des appels à manifestation d’intérêt seront lancés incessamment pour le développement de l’activité aquacole dans les régions de Marrakech-Safi, Casablanca-Settat, Guelmim-Oued Noun, Laayoun-Sakia El Hamra et la lagune de la Marchica. Il s’agit en effet aujourd’hui de renforcer un écosystème économique aquacole durable.