Sodea-Sogeta : comment seront cédés 45 000 ha

La seconde phase de cession des terres Sodea-Sogeta sera lancée en octobre.
Les régions du Gharb, Meknès-Fès, Berkane et Beni-Mellal
concernées.
Souss-Massa-Drà¢a et Haouz exclus.
Les 31 exploitations non cédées lors de la première tranche,
remises en vente.
Nouveauté : de grandes exploitations à  céder à  travers
des appels à  manifestation d’intérêt.

La commission interministérielle chargée du suivi du processus de cession des terres de Sodea-Sogeta, présidée par le Premier ministre, devra se réunir dans les jours qui viennent. Au menu, la validation du scénario établi pour la seconde phase de cette opération de partenariat public-privé. «Une seconde phase qui devrait être lancée avec le début de cette campagne agricole en octobre prochain», précise Mohand Laenser, ministre de l’agriculture, du développement rural et des pêches maritimes, joint au téléphone par La Vie éco. Et d’ajouter que «le schéma proposé ainsi que les différentes modalités sont pratiquement bouclés». Si le responsable gouvernemental ne cache pas son satisfecit quant au déroulement de la première tranche de cette opération de cession des terres agricoles de l’Etat et affiche son optimisme pour cette seconde phase qui concernera quelque 45 000 ha d’exploitations, il refusera d’en dire plus. Toutefois, La Vie éco a pu disposer, auprès de sources proches du dossier, de l’essentiel des détails de cette seconde phase, très attendue par les investisseurs nationaux. Mais rappelons d’abord que lors de la dernière réunion de la commission, tenue le 3 mai 2006, trois objectifs avaient alors été tracés par Driss Jettou. Primo, il faudra assurer la satisfaction des besoins du pays en semences, notamment sélectionnées, ainsi qu’en plants. Secundo, les besoins de Cellulose du Maroc en bois, pour la fabrication de pâte à  papier, ont été mis en exergue. Troisième point sur lequel le Premier ministre a insisté : la nécessité de réserver des parcelles de terre à  l’aménagement du territoire et à  l’externalisation des villes. C’est ainsi que sur les 45 000 ha réservés à  l’exploitation agricole, 5 000 seront réservés à  la culture de semences (Sodea et Sogeta produisent entre 20 et 30 % des semences sélectionnées disponibles sur le marché national) et 5 000 autres ha seront dédiés à  la satisfaction des besoins de Cellulose du Maroc, sachant que pour les terres réservées à  l’urbanisation un réservoir de 4 000 ha (hormis les 45 000) est déjà  dédié en attente d’affectation.

Investissement attendu : 5 milliards de DH
«Le schéma finalisé sera soumis à  la commission interministérielle pour validation», explique une source bien informées. Que contient donc ce plan ? 35 000 ha de terres à  céder aux investisseurs dans le cadre de partenariat public-privé basé sur des contrats de location de 40 années. Ces exploitations agricoles étatiques seront soumises à  deux types de procédures de cessions. Les plus grands projets, d’une superficie de près de 3 000 ha chacun, feront l’objet d’un appel à  manifestation d’intérêt. Et c’est, là , une première nouveauté par rapport à  la procédure de cession adoptée pour la première tranche. Pourquoi changer une méthode qui, pourtant, de l’avis des responsables de l’opération, était bien rôdée ? Selon la même source, cette nouvelle procédure permettra de juger, dans une première sélection, des garanties financières et des références techniques de l’investisseur. Toutefois, « cette première étape de la sélection ne prend en aucun cas acte de la nature du projet à  soumettre», précise-t-on. Ce n’est que lors d’une seconde sélection que les projets des soumissionnaires seront réellement passés au crible et analysés. Le reste des terres Sodea-Sogeta à  céder, généralement des exploitations de petites et moyennes superficies, feront quant à  elles l’objet d’appels d’offres comme cela a été le cas lors de la première phase. A terme, l’Etat table sur près de 5 milliards DH d’investissements, c’est-à -dire autant que ce qui a été drainé par la première tranche de cession. Cette deuxième fournée, tout comme la première d’ailleurs, sera ouverte aux investisseurs étrangers. S’ils ont représenté 14 % du total des investisseurs qui ont repris les 44 000 ha de la première tranche, on s’attend du côté du ministère de tuelle à  ce qu’ils soient beaucoup plus intéressés pour cette seconde, et ce pour de nombreuses raisons. «Il s’agit d’abord de la nature des partenariats offerts et qui devrait fortement intéresser de grands groupes de l’agro-industrie ainsi que les grands semenciers. Différentes facilités sont également proposées pour les inciter à  investir dans ces terres», explique un haut cadre du ministère de l’agriculture qui cite comme exemple l’engouement que les informations sur cette deuxième tranche a rencontré auprès d’investisseurs russes ayant accompagné le président Vladimir Poutine lors de sa visite début septembre au Maroc.

Les filières les plus concernées : semences céréalières, agrumes et oliviers.
D’ailleurs, l’équipe travaillant sur le dossier a, d’emblée, privilégié une approche par grandes exploitations, allant jusqu’à  5 000 ha, pour encourager les grands groupes agricoles à  investir dans ces terres. Cette approche permettrait d’optimiser l’installation d’une industrie agro-alimentaire viable ainsi que la généralisation des nouvelles technologies en matière d’activité agricole. Ce sera d’autant plus bénéfique que la seconde phase concerne plusieurs cultures jugées très stratégiques pour l’agriculture nationale. C’est ainsi que l’essentiel des terres à  céder est dédié à  la multiplication des semences céréalières sélectionnées. Arrivent par la suite les agrumes, l’olivier ainsi que le maraà®chage (culture des légumes). Outre la cession des terres, ce projet partenariat public-privé s’assigne cinq objectifs principaux allant dans le sens de la mise à  niveau de l’agriculture nationale, toutes filières confondues. Il s’agit d’assurer une meilleure valorisation du patrimoine foncier géré par la Sodea et la Sogeta, de permettre la mobilisation de capitaux privés nationaux et étrangers, de contribuer à  la mise à  niveau des principales filières agricoles (agrumes, vigne, olivier…), de favoriser la création de complexes agro-industriels et, enfin, de sauvegarder les emplois existants et d’en créer d’autres. Pour ce qui est de la répartition des terres à  céder par région, figure en tête de liste la région du Gharb. Arrivent par la suite les régions de Meknès, Fès, Berkane et Béni-Mellal. En revanche, d’autres régions comme El Haouz et Souss-Massa-Draa ne font plus partie de cette opération de cession. Et pour cause, les terres de la Sodea ou de la Sogeta qui y figuraient ont d’ores et déjà  été cédées à  l’occasion de la première tranche de cette opération. Par ailleurs, la seconde phase de la cession de ces terres agricoles comprendra par la même occasion les 31 projets qui n’avaient pas trouvé acquéreur lors de la première tranche. «Nous avons essayé de revoir notre offre pour ce qui est de ces projets afin de les rendre les plus attractifs possible», explique-t-on au ministère de l’agriculture.

Il est à  rappeler que cette opération de privatisation fait partie d’un large programme de liquidation des deux sociétés étatiques d’exploitation agricole en marge duquel Sodea et Sogeta ont entamé, entre autres, un dispositif de départs volontaires.

Synopsis
La 2e tranche en chiffres

Superficie concernée : 45 000 ha dont 5 000 ha réservés à  la culture de semences sélectionnées et 5 000 ha à  l’exploitation forestière au profit de Cellulose du Maroc.
Sociétés concernées : Sodea-Sogeta et SNDE (Société nationale de développement de l’élevage).
Investissements à  drainer : 5 milliards de DH.
Filières prioritaires : semences céréalières, agrumes, olivier et maraà®chage.
Régions concernées : Gharb, Meknès, Fès, Chaouia-Ourdigha, Berkane et Béni-Mellal.
Début du processus de la cession : octobre 2006.
Début de l’exploitation : campagne agricole 2007-2008.