Sociétés de crédit : le financement se poursuit mais le rendement baisse

• L’encours moyen s’améliore de 3,5% alors que le PNB recule de 2,5%.
• L’activité propre ne rapporte plus autant depuis quelques années.
• Le matelas de provisions a explosé au 1er semestre.

Une activité commerciale gravement affectée par la crise sanitaire durant le premier semestre 2020, des marges et un PNB en baisse, une montée en flèche du risque, et un résultat net global déficitaire. Telle est la situation des sociétés de financement qui n’était pas des meilleures depuis quelques années déjà. La crise sanitaire a plombé les indicateurs globaux. En détails, , le PNB agrégé des sociétés de financement, à fin juin de cette année (Wafasalaf, Eqdom, Sofac, Vivalis, Salafin, Axa, et RCI) a atteint 1,6 milliard de DH, en baisse de 2,5% par rapport à la même période de l’année dernière, alors que l’encours moyen, lui, est en amélioration de 3,5% à 41,5 milliards de DH, tiré principalement par les financements des exercices antérieurs. Autrement dit, l’activité de distribution de crédits se porte bien ; les sociétés octroient davantage de crédits mais, en face, les rendements, les marges et la rentabilité diminuent. En cause, «cette guerre sur les prix (taux d’intérêt) à laquelle se livrent les principaux players de la place pour conserver leurs parts de marché respectives au détriment de la rentabilité. Cela, ajouté à la concurrence des établissements bancaires en particulier sur le segment du crédit personnel, qui ne fait qu’aggraver davantage la situation», explique un responsable d’une société de financement. Avec la baisse continue des revenus de l’intermédiation sous la pression concurrentielle et l’augmentation du risque, l’activité fee-business des sociétés prend progressivement de la place. Les revenus qui en découlent ne sont pas négligeables. «Les sociétés s’orientent davantage et malgré elles vers d’autres activités génératrices de revenus en proposant notamment des services de traitement des dossiers de crédit et de recouvrement pour leur maison mère respective ou à d’autres tiers. A long terme, le modèle économique ne viendrait-il pas à changer et l’activité de ces sociétés se transformerait en sociétés de service ?», se questionne notre source. D’ailleurs, ce même PNB est plus tiré par les autres produits que par la marge d’intermédiation, qui, elle, est supposée y représenter une part prépondérante. En effet, elle ressort en baisse de 0,6% à 1 milliard de DH, contre une augmentation de la marge sur les opérations LOA de 22% à près de 160 MDH et des opérations de marché de 83% à 12,3 MDH. Il faut savoir que des dégâts ont été constatés sur le produit LOA sur les 4 dernières années. En effet, alors que les encours LOA se sont nettement appréciés (x 2 presque entre 2015 et 2020), les rendements et les marges, eux, se sont détériorés de manière significative sur cette période, particulièrement sous l’effet de la commercialisation, depuis 2015/2016, du produit LOA Gratuit (Arrêté en avril 2019). Pourtant, les sociétés de financement continuent, à ce jour, de se livrer à cette bataille sur ce segment peu profitable. Une seule raison les anime : préserver leur taille et leur part de marché, même au détriment de la rentabilité.
En tout cas, les derniers mois de confinement ont permis aux sociétés de financement de rationaliser leurs charges courantes. Elles ontPrincipaux indicateurs des sociétés de financement à fin juin ainsi affiché un recul de 6,06% à 645 MDH. Cela dit, l’impact de la pandémie sur les revenus des ménages et sur leur solvabilité a sérieusement affecté les sociétés de crédit, les poussant à constituer des provisions conséquentes. En effet, les dotations aux provisions du secteur ont grimpé à prés 600 MDH, contre 292 MDH, une année auparavant, soit plus du double. A ces provisions, se sont ajoutées des provisions pour risques généraux de l’ordre de 255 MDH pour le premier semestre de l’année. C’est dire que la casse que subit le secteur est plus importante que jamais et que les résultats de l’exercice 2020 risquent également d’être affectés de manière considérable. Cela, notamment au niveau des prêts personnels, puisqu’ils ne sont pas adossés à un actif garanti, contrairement aux crédits affectés. Conséquence: le coût du risque qui tournait autour de 1,2%, s’est hissé à plus de 4,5% au S1 2020. Dans les mêmes proportions, le résultat courant a nettement diminué, pour se situer à 176 MDH contre 735 MDH une année auparavant.
Au final, le résultat net des sociétés de financement de la place ressort déficitaire avec -9 MDH, alors qu’il avait totalisé 463 MDH, soit une perte de 472 MDH. Les résultats annuels devraient s’inscrire dans la continuité de ce qui a été observé au 1er semestre. En effet, l’activité commerciale devrait bien se tenir, notamment les crédits affectés et ce, grâce à la reprise affichée du secteur automobile depuis le mois de juillet. D’ailleurs, les ventes de voitures neuves ont augmenté de 10,7% en ce mois, de 12,8% en août et de 11,3% en septembre à 85 994 véhicules. Toutefois, tant que la concurrence restera acharnée avec des taux tirés vers le bas, les marges devraient poursuivre leur érosion et le résultat serait porté par les services fournis aux banques mères et les opérations de marché, cela conjugué à une poursuite des efforts dans l’optimisation des charges.