Situation économique en 2018 : le bilan peu reluisant dressé par Bank Al-Maghrib

L’institut d’émission s’inquiète de l’atonie des activités non agricoles depuis 2013. La main-d’œuvre peu préparée à la révolution digitale aura plus de mal à accéder à l’emploi. Le gouverneur insiste sur la nécessité de poursuivre les réformes avec plus d’efficacité.

La performance de l’économie nationale reste insuffisante pour répondre aux attentes sociales croissantes. C’est l’un des messages clés du rapport annuel de Bank Al-Maghrib (BAM) au titre de l’année 2018, présenté au Souverain le 29 juillet. Dans sa présentation, Abdellatif Jouahri, wali de la Banque centrale, indique que «l’atonie des activités non agricoles depuis 2013 commence à devenir préoccupante. La progression de leur valeur ajoutée oscille autour de 2,3% contre 4,6% entre 2000 et 2012 et la croissance globale reste rythmée par l’alternance de bonnes et mauvaises campagnes agricoles, avec un taux annuel moyen limité à 3,3%».

En 2018, dans un environnement international incertain, l’économie nationale a enregistré un taux de croissance de 3%, impactée en particulier par la lente reprise des secteurs non agricoles, soulignant toutefois que le taux de chômage a reculé à 9,8%, tout en restant élevé parmi les jeunes, notamment dans les villes. Pour l’institut d’émission, si cette situation perdure, l’ambition de l’émergence serait difficile à concrétiser. «Et ce même sur un horizon lointain», avertit le gouverneur de BAM.
En matière d’emploi, le wali note que la révolution digitale est en train de rehausser de manière radicale les exigences du marché du travail, rendant l’accès à l’emploi plus difficile pour des pans entiers de la main-d’œuvre peu préparée aux métiers de demain. «L’attractivité exercée par les économies avancées sur les compétences des pays émergents et en développement» se traduit par «l’exode de cohortes de diplômés qui se voient offrir de meilleures conditions de travail», indique M.Jouahri.

Maintien d’une politique monétaire accommodante

Au niveau des finances publiques, le rapport de Bank Al-Maghrib fait état d’un ralentissement temporaire de la consolidation budgétaire qui peut paraître, pour certains, un choix approprié dans un contexte de décélération de la croissance et de besoins sociaux pressants. «Toutefois, il ne faudrait pas que cela occulte le niveau élevé de l’endettement public, qui appelle à une vigilance accrue», relève-t-on auprès de BAM. Dans le même registre, le wali a précisé que la consolidation budgétaire a connu un certain ralentissement, le déficit s’étant accentué à 3,7% du PIB. En parallèle, le déficit du compte courant s’est aggravé à 5,5% du PIB, malgré la poursuite d’une performance notable des exportations.

«En outre, les afflux d’investissements directs étrangers ont atteint 47,4 milliards de DH et les réserves internationales nettes se sont établies à un niveau équivalent à un peu plus de 5 mois d’importations de biens et services», rapporte le gouverneur de Bank Al-Maghrib, notant que dans ce contexte, l’inflation a affiché une légère hausse à 1,9%, tirée en grande partie par le renchérissement des produits alimentaires à prix volatils.
Au regard de ces évolutions, Bank Al-Maghrib a maintenu l’orientation accommodante de sa politique monétaire, ce qui s’est traduit par une baisse des taux débiteurs qui a bénéficié notamment aux entreprises, selon le rapport de la Banque centrale.

Un tissu économique fragmenté et affaibli par l’informel

Pour M. Jouahri, cette atonie de la croissance et de l’emploi est une conséquence directe du manque d’investissement privé et ce, malgré de nombreuses incitations accordées et un système financier largement développé par rapport aux économies de niveaux similaires. «Malgré les efforts déployés en faveur du système productif, force est de constater que son état aujourd’hui reste encore préoccupant», notent les analystes de BAM. Les données collectées par la Banque centrale montrent un tissu économique fragmenté, fragile et affaibli par l’informel, les pratiques déloyales, la corruption et l’allongement des délais de paiement.

Ainsi, au regard des défis auxquels font face les entreprises pâtissant des vulnérabilités structurelles, le wali a appelé à ce que la politique publique inscrive parmi ses priorités la création d’un environnement propice au développement de l’entreprise marocaine et au renforcement de sa compétitivité. Pour cela, il est impératif, à son avis, d’accélérer la mise en œuvre de la réforme du système de l’éducation et de la formation, qui a souffert des calculs politiques, à un moment où les exigences du marché du travail sont de plus en plus élevées en relation en particulier avec les implications de la révolution digitale.
Aussi, pour renouer avec la croissance, BAM recommande la poursuite des réformes structurantes, «mais avec une plus grande exigence en termes d’efficacité et de rendement et une meilleure prise en compte de cet environnement international incertain», affirme le wali. Pour lui, cela nécessite un suivi rigoureux et des évaluations objectives, indépendantes et régulières pour opérer les ajustements nécessaires et optimiser les choix futurs. Dans cet élan, M. Jouahri estime que la refonte en cours de la politique sociale, basée sur le ciblage des ménages et les aides directes, paraît une démarche prometteuse, dont la finalisation à temps requiert une mobilisation continue. «Ce qui faciliterait par ailleurs la réforme de la compensation et permettrait de dégager une marge de manœuvre pour l’investissement économique et social», note le gouverneur. Il a également rappelé, dans ce cadre, qu’il est urgent de faire aboutir le chantier de la réforme de la retraite pour la pérennité de l’ensemble des régimes.

Au terme de l’exercice 2018, le résultat net de la Banque centrale ressort à 985 MDH, contre 1 milliard de DH en 2017. Cette baisse est due à la hausse des charges générales d’exploitation. La situation financière de Bank Al-Maghrib, telle que rapportée dans le rapport annuel, fait état d’un accroissement de 18% du revenu net des opérations de gestion des réserves de change qui atteint 1,68 milliard de DH, attribuable à l’augmentation des taux de rendement des actifs en dollar, mais également à un recul de 30% à 1,34 milliard de DH des charges liées aux placements en devises.
Les opérations de politique monétaire affichent quant à elles une forte progression (+51%) à 1,38 milliard de DH, en lien avec le relèvement du volume des interventions de la banque sur le marché monétaire. A l’opposé, le résultat des autres opérations s’est replié de 40% à 548 MDH suite à la baisse des commissions de change et de la marge d’intermédiation.