Santé : La réforme déjà en marche

Formations de médecins et personnel de la santé en nombre, un nouveau cadre légal pour l’exercice de la profession, des infrastructures au niveau et la digitalisation du système de santé. Ce sont les grandes lignes de la réforme que le gouvernement compte mettre en œuvre dans quelques mois.

A partir de la rentrée prochaine, le nombre d’ étudiants des facultés de médecine sera augmenté de 20%. D’ici la fin du mandat du gouvernement, ce nombre aura tout simplement doublé. C’est un premier volet dont la mise en œuvre démarre dans quelques mois. Ainsi formés, ces médecins et infirmiers cadres de la santé doivent aussi être motivés. On sait le peu d’attractivité que présentent nos hôpitaux, surtout dans les régions éloignées du centre. C’est pour cela que le gouvernement planche également sur l’amélioration du cadre et des conditions de travail. Pour réaliser ce double challenge, le gouvernement a élaboré un plan ambitieux visant à accroître le nombre des étudiants en médecine. D’après le Chef du gouvernement qui vient d’annoncer la mise en œuvre de ce programme à compter de la prochaine rentrée universitaire, cette initiative rentre dans le cadre des efforts visant à combler le déficit en ressources humaines accusé dans le secteur de la santé dans sa globalité.

Tel qu’il a été conçu par l’Exécutif, ce plan prévoit, en effet, l’augmentation du nombre des sièges pédagogiques destinés aux étudiants des facultés de médecine, de pharmacie et de médecine dentaire, ainsi que l’extension des cadres des stages pratiques afin qu’ils englobent les structures sanitaires régionales. Des moyens humains, un nouveau cadre légal et, bien sûr, des infrastructures. Sur ce dernier volet, le gouvernement compte faire doter chaque région d’un CHU.

Pour atteindre ces objectifs chiffrés que s’est fixé le gouvernement, ce dernier compte assurer les ressources humaines et les moyens financiers nécessaires. Autrement dit, l’équipe Akhannouch compte multiplier par deux le nombre de médecins lauréats des facultés et par trois celui des lauréats des écoles d’infirmiers. En conséquence, ce plan permettra, à moyen terme, soit à l’horizon 2025, de dépasser le taux d’encadrement de 23 cadres médicaux et paramédicaux pour 10 000 habitants.

C’est d’ailleurs le minimum fixé par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) pour répondre aux besoins de la population. Bien au-delà de cet objectif, qui reste intermédiaire, le plan gouvernemental vise à atteindre les objectifs chiffrés du Nouveau modèle de développement à l’horizon 2035, ce qui revient à assurer un nombre de 45 médecins pour 10 000 habitants.

Nul besoin de rappeler, et c’est d’ailleurs une question sur laquelle le gouvernement insiste, le rôle central des ressources humaines dans la réussite de toute réforme du secteur de la santé. Déjà dans une situation normale, la question est cruciale. Elle devient pour ainsi dire problématique dans un contexte qui est le nôtre et qui est marqué par une hausse de la migration des médecins marocains, le phénomène touche entre 30 et 40% des lauréats des facultés de médecine marocaine, la faible attractivité des concours de recrutement dans le secteur public, le déséquilibre de la répartition territoriale du personnel médical et la non-concrétisation de l’objectif de formation de 3 300 médecins par an à l’horizon 2020.

Ce sont des facteurs d’aggravation qui constituent une problématique à laquelle il faut trouver solution. Bien sûr, le gouvernement est conscient de cette donne et surtout de l’effort qu’il faut déployer pour y faire face. Devant le Parlement, lundi dernier, le Chef du gouvernement a ainsi relevé que ces indicateurs peuvent entraîner une baisse du nombre de médecins et, par conséquent, menacer la capacité du pays à renforcer l’accès aux services de santé. Il a aussi affirmé que cette situation impose d’accorder l’intérêt qui se doit aux cadres du secteur de la santé. Et ce, aussi bien en garantissant la qualité de leur formation qu’en les qualifiant en matière d’accompagnement du progrès scientifique dans les domaines de traitement et de prévention.

Tout cela en œuvrant à dépasser le déficit chronique en plusieurs spécialités et métiers de la santé, à répondre à la demande croissante sur les services de santé, à prendre en considération l’équité territoriale dans la répartition géographique de ces ressources et à préparer les conditions adéquates pour le travail et motivation. Tout un chantier. Pour y arriver le gouvernement compte tout d’abord opérer une révision profonde et globale du cadre juridique relatif au système de santé et à l’offre de soins. En ce sens, la loi-cadre 34-09, qu’il est question de réformer, est considérée comme étant la base de la mise en œuvre des axes et principes modernes encadrant le système de santé. Dans ce cadre, le projet de loi sur les garanties essentielles des ressources humaines des métiers de la santé constitue un engagement clair de la majorité et une innovation gouvernementale tenant compte des spécificités de ces emplois.

Ce projet de loi, qui prendra en considération les spécificités des différentes catégories actives dans le secteur de la santé, veillera à renforcer les garanties de protection légale des fonctionnaires et à jeter les bases d’un nouveau mode de travail dans ce domaine. Cela, en adoptant un système incitatif additionnel lié au rendement et en consacrant l’obligation de prise en charge de la formation continue pour le personnel de ce secteur, de manière à contribuer à la motivation de l’élément humain et au renforcement de l’attractivité de la santé publique. A ce propos, le gouvernement veille à adopter une approche participative impliquant les différents partenaires sociaux avant la promulgation de cette loi. Bien sûr, cela va se faire en harmonie avec le principe d’écoute et de concertation adopté par le gouvernement, depuis le début de la législature, en rapport avec les différents dossiers et questions importants.

Par ailleurs, il ne faut pas oublier non plus qu’une réforme profonde et réelle du secteur de la santé est tributaire du développement des infrastructures, de manière à garantir la qualité des services des structures de santé et leur amélioration au profit des citoyens, ainsi que l’équité sociale et territoriale en matière d’accès aux soins. Le gouvernement, promet Aziz Akhannouch, œuvrera, dans ce sens, à la réhabilitation des structures sanitaires pour concrétiser les objectifs de cette réforme, à travers la construction d’un Centre hospitalier universitaire (CHU) dans chaque région afin qu’il soit la locomotive des structures sanitaires régionales. Cette démarche est une priorité du gouvernement pour améliorer les performances des infrastructures de soins aussi bien locales que provinciales et régionales. En plus, il sera procédé, en même temps, à la mise à niveau de 1 400 centres de santé de proximité. Pour ce faire, le gouvernement se donne un délai de 18 mois. Pour couronner le tout, le gouvernement compte numériser le système de santé et le rattacher au système informatique de la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS), dans le but de créer un système de la carte sanitaire numérique qui permet de suivre le processus de traitement du patient, du centre de santé de proximité jusqu’au CHU.

A l’heure actuelle, l’Exécutif est en train d’apporter les dernières retouches à ce projet numérique important qui permettra de doter les centres de santé et les hôpitaux d’un système informatisé. Lequel système contribuera à la simplification des procédures, à fluidifier l’accès des citoyens aux services de santé et à opérer un saut qualitatif en matière de soins à travers l’adoption d’un dossier médical pour chaque patient. Le gouvernement veillera également au développement du service des consultations médicales à distance, à travers l’ensemble du territoire national, notamment au niveau des provinces enclavées. C’est pour dire que cette réforme promise au début de son mandat est aujourd’hui déjà en marche.

Etat des lieux des ressources humaines

Un besoin impérieux en ressources humaines se fait sentir dans le secteur public, en tant qu’enjeu pour la réussite du chantier de la protection sociale.

Le manque en ressources humaines concerne les cadres médicaux et infirmiers. Le déficit en la matière atteint 32 000 pour le personnel médical et 65 000 pour le personnel infirmier.

Le secteur de la santé publique compte actuellement à peine 47 000 fonctionnaires en exercice. Le taux de féminisation dans le secteur est de 63%, alors que la moyenne d’âge est de 41 ans.

Afin de surmonter ce manque, le gouvernement a élaboré le programme que M. Akhannouch vient d’annoncer devant le Parlement et qui vise à réduire les années d’études en médecine et à généraliser les centres de formation (facultés de médecine et instituts d’infirmiers) à toutes les régions du Royaume sur la base de la carte sanitaire, en plus de la motivation des ressources humaines existantes.

Par ailleurs, le Plan national de promotion de la santé en milieu rural, lancé par l’Exécutif, concerne 2 088 établissements de santé, en plus de 423 maternités représentant 79% du total des maternités au niveau national. Ce plan vise à mobiliser d’importants investissements afin de rapprocher les services de santé des populations des zones rurales reculées, dans le but d’élargir la couverture sanitaire dans ces zones.

En gros, ce plan repose sur trois grands axes qui concernent la couverture santé mobile, l’appui à la couverture sanitaire fixe et la participation des communes dans le domaine de la santé. Dans ce cadre, il sera procédé à la réhabilitation d’un réseau d’établissements de soins de santé primaires, qui comprend 1 353 établissements dont plus de 60% se trouvent dans le monde rural, en plus de la mobilisation d’un budget de 850 MDH annuellement sur une période de deux ans.

Une Haute autorité de la santé, une Agence nationale des médicaments et une Agence marocaine du sang

La Haute autorité de la santé verra le jour prochainement dans le but de garantir la continuité et la qualité de la politique nationale en matière de santé. Cette institution stratégique œuvrera à la régulation de la couverture médicale obligatoire et à l’évaluation de l’efficacité des prestations dispensées par les différents intervenants des secteurs public et privé. La même structure se chargera de l’élaboration de guides de formation et de bonnes pratiques dans le domaine médical et veillera à la bonne utilisation et répartition des soins sur les usagers et les professionnels de la santé.

Cette instance est de nature à garantir une véritable continuité des politiques nationales en matière de santé et de pérenniser les plans et les grands chantiers, en plus d’assurer la convergence et la complémentarité entre la politique de santé et les orientations générales en matière de généralisation de la couverture médicale.

Par ailleurs, afin d’améliorer la gouvernance de la politique du médicament dans le Royaume, le gouvernement tend, dans le cadre de la réforme structurelle du système de santé, vers la création de l’Agence nationale des médicaments et des produits de santé qui sera dotée de l’autonomie financière et administrative.

Cette agence aura pour missions de chapeauter le processus de développement de la politique pharmaceutique nationale et de contribuer à sa mise en œuvre, en plus d’accompagner les transformations et les défis qui se posent dans ce domaine.

La consolidation de la souveraineté pharmaceutique du Royaume est de nature à renforcer la sécurité sanitaire et à garantir l’accès équitable aux médicaments et aux soins, a soutenu à ce propos le Chef du gouvernement, ajoutant qu’à travers l’appui à la production nationale et à la fabrication des génériques, les citoyens pourront accéder, à des prix abordables, aux médicaments de base. M. Akhannouch a affirmé la forte adhésion du gouvernement au projet de l’usine de fabrication des vaccins anti-Covid 19 et autres vaccins, un chantier qui permettra de «renforcer la souveraineté vaccinale du Royaume et de mettre des quantités de vaccins à la disposition de l’Afrique».

Par ailleurs, le gouvernement planche sur la mise en place de l’Agence marocaine du sang dans les plus brefs délais, le but étant de réaliser l’autosuffisance en produits sanguins nécessaires pour sauver des vies, eu égard aux difficultés rencontrées par les centres de transfusion sanguine au Maroc et à l’importance vitale que revêt cette question pour la santé des citoyens, à un moment où le stock stratégique de sang couvre à peine quelques jours. Cette agence aura pour attributions l’élaboration et la mise en œuvre d’une stratégie nationale pour la mise à disposition du sang et des produits sanguins, la délivrance d’autorisations pour la constitution de stocks de sang dans les unités hospitalières relevant des groupements régionaux de santé et le développement des activités de diagnostic et de traitement, de même qu’elle se chargera de faire respecter les normes relatives à la vigilance lors de la collecte du sang auprès des donneurs.